jeudi, mars 23, 2006



Légère et court vêtue : ce que Perrette n'a pas dit...



Me promenant un jour de Juin
Je croisai Perrette sur mon chemin
Légère et court vêtue au marché elle se rendait
Portant sur sa tête un pot au lait
Elle marchait en rêvassant
Ou plutôt rêvassait en marchant
En me croisant elle trébucha
Le pot au lait lui échappa
À mes pieds vint se briser
Mes chausses et mon pourpoint
En furent tout éclaboussés
J’aidai la pauvrette à se relever
Mais la voici soudain qui me tint
Extravagant discours en agitant les mains
Il y était question de veaux et de vaches
De cochons et de couvées
Toutes choses perdues, disait-elle, désolée
Sans doute la chute lui avait mis la raison à l’envers
La remettre à l’endroit lui serait salutaire
Saisissant l’étourdie à la chemise
Sans lui laisser le temps de la surprise
Sous mon bras gauche je la courbai
Et dans l’instant je la troussai
Je sus dès lors que la coquine
Ne jugeait point le pantalon utile
Mais si charmant le tableau ainsi mis à nu
Et si suppliante ma Perrette, qui croyait menacée sa vertu
Je ne me laissai attendrir ni par l’ouïe ni par la vue
Et l’éclat de ma main sur son envers joli
Eut bientôt raison du désordre de son esprit
Puis la belle s’étant redressée
Regard de braise et joues en feu
Des deux mains tenant son cotillon haut sur ses reins
Se déhanchant, dessus l’épaule cherchant des yeux
La voilà qui parvint
À apercevoir de mes doigts le dessin
Oh, s’écrie-t-elle, comme est jolie cette couleur
Et comme est drôle cette chaleur
Au diable les veaux et les vaches
Les cochons et les couvées
J’aime bien mieux votre fessée

Imprudente, gardez-vous bien
Si Monsieur de La Fontaine jamais vous croisez
D’aller par trop lui en conter
Ce que la fable en pittoresque gagnerait
En notoriété elle le perdrait
Car croyez-vous qu’encore aux écoliers on l’apprendrait ?

Chaque fable a son verso
Ceux qui l’ignorent sont des sots

© Amour Cuisant 2006

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