jeudi, mars 09, 2006

On connaît la chanson... mais t'as pas intérêt à la copier

Hier, la Grande Trouille avait un temps pris le masque du Chemin de Fer, qui était un danger manifeste pour la santé de l’être humain et des Charolaises, et qu’il fallait interdire. Ensuite ce furent la radio et les microsillons, qui allaient sonner le glas de la musique vivante, et qu’il fallait interdire. Puis vint le tour de la radio, qui signifiait la fin du monde pour le théâtre, le cabaret, les chanteurs, et qu’il fallait interdire. Ne parlons pas de la télévision, qui mettait un terme au cinéma à la vie conjugale, et qu’il fallait interdire. Ni des cassettes audio, qui allaient faire chuter pour de bon les ventes de disques et qu’il fallait interdire. Ni du magnétoscope, qui, cette fois c’est sûr, allait entraîner la fermeture des dernières salles de cinéma survivantes, et qu’il fallait interdire. Bon, dans tous les cas cités, on a peut-être un tout petit peu exagéré. Mais là, aujourd’hui, juré craché (pfouit), c’est pour de bon. L’Apocalypse. Le Point de Non Retour. Charles (le Petit, pas le Grand) oublie pour un instant la Suisse et trouve même le chemin du Parlement pour aller protester. Ils sont venus, ils sont tous là. Les jeujeunes de Kyo ont paraît-il trouvé une solution simple et élégante : il n’y a qu’à faire comme en Chine. Supprimer les sites de téléchargement à l’échelle du pays. Non mais des fois. Tiens, y a qu’à supprimer l’électricité, c’est encore plus radical. Même l’anar chevelu qui autrefois s’envoyait en l’air avec le fille du coupeur de joints vient lui aussi de découvrir les charmes de la Loi. D’ici qu’il ne s’achète une paire de chaussettes à clous, il n’y pas loin. Haro sur le téléchargement. Bon, j’avoue que je n’ai pas les compétences économiques pour porter un jugement de fond sur l’affaire. Mais il n’empêche, ça fait tout drôle de voir Thiéfaine transformé en Garde Champêtre chassant les voleurs de poules du Net. D’autant que tous ces braves gens font un contresens absolu s’ils s’imaginent que le nombre de téléchargements faits par les gamins sur le net = le nombre de disques qu’ils auraient vendu si seulement on avait interdit le téléchargement (et la radio, et la télé, et le chemin de fer, etc...). Et ça fait tout drôle de voir des chansons verrouillées comme des portes de coffres-forts. Bref, les essences enivrantes du Copyright ont fait tourner la tête même des libertaires : ils ont mis une ceinture de chasteté à leurs chansons.
Tiens, moi j’ai une idée : il ne faut pas seulement tout verrouiller à triple tour, en plus il faut faire des disques qui s’autodétruiront après la première écoute. Comme ça y verront ces p’tits cons. Nan mais des fois.
Bruant réveille-toi, ils sont devenus adeptes du Libéralisme Purédur.

2 commentaires:

Australopithèque a dit…

C'est pas parce que j'ai un abonnement internet et un graveur que je suis un voleur !
Moi, j'ai pas envie qu'on me taxe sur des choses que je ne télécharge pas : je vais chez mon disquaire.
Et c'est pas parce qu'il y a des gens qui ne respectent pas le travail des auteurs qu'on doit pondre une loi pour légaliser leur incivilité.
Je suis écrivain : je préfère être rémunéré en fonction du succès de mon roman plutôt que de recevoir une ration calculée par on ne sait quelle règle arbitraire.

Demain j'arrête d'écrire des bouquins, mes potes arrêtent de composer des musiques ou d'écrire des chansons, puisque ce n'est plus le talent qui est retenu, mais on sait quel quota.

Après demain, on se passera en boucle là millionnième reprise de Petit Papa Noël sur la musique de My Way.

Il faut regarder plus loin que le bout de son nez. Les auteurs et compositeurs qui ne vont pas écrire de nouvelles chansons ou de nouvelles musiques sont encore à l'école et n'ont pas encore choisi leur orientation (heureusement pour eux, s'ils savaient...)

amourcuisant a dit…

Vous avez tout à fait raison. Il reste que, comme aurait dit Charles (le Grand), il faut prendre le monde tel qu’il est. Mais après tout, les radios diffusent des chasnons, les télés des clips et des films, les médiathèques prêtent des livres, des CD et des DVD, et tout cela en tenant compte du droit des auteurs. Quant aux “majors”, elles méprisent le public et n’ont qu’un seul objectif : faire du pognon (cf. par exemple les éditions de compilations, ou d’une nouvelle version du disque que vous avez acheté il y a trois mois, et comprenant un inédit, un seul, si vous le voulez, rachetez les 39 autres chansons avec, ça, c’est de l’honnêteté!). Les artistes se tirent une balle dans le pied en se laissant manipuler par ce genre de maquignons. De toute façon, ils ont eu gain de cause. Exit le forfait global, un système d’amendes est mis en place. Résultat : le téléchargement va rapporter beaucoup d’argent... au Trésor.