mardi, décembre 05, 2006









EXCLUSIF !
LE PÈRE FOUETTARD : “JE SERAI UN GRAND-PAPA GÂTEAU.”


A.C. : Père Fouettard, bonjour. À la veille de la Saint-Nicolas, vous avez accepté de faire une halte dans nos studios pour vous adresser à nos lecteurs.
Père Fouettard : À vos lecteurs et au monde entier. Ce que je vais annoncer ici est de la plus haute importance.
A.C. : Voulez-vous faire allusion au fait qu’après des années de vaches maigres, vos affaires ont repris ?
Père Fouettard : Non. En fait, j’ai tout simplement décidé d’arrêter. Demain, ce sera ma dernière tournée. Fini. Basta. Terminé. Je raccroche mon fouet.
A.C. : Père Fouettard, cette décision a certainement été mûrement réfléchie : quelles sont les raisons qui vous poussent aujourd’hui à mettre le martinet sous la porte ?
Père Fouettard : Elles sont multiples. La plus importante est sans doute celle-ci : vous n’êtes pas sans savoir que mon fils Jean-Balthazar a épousé la petite Marie, la fille du Père Noël. Cela signifie que je ne saurais tarder à devenir grand-père. Et je ne veux pas que mes petits-enfants, quand on leur posera la question “Que fait ton grand-père ?”, aient à répondre “C’est le Père Fouettard”. Non, non et non.
A.C. : Ne craignez-vous pas que votre absence se fasse encore plus cruellement sentir que votre présence ?
Père Fouettard : C’est une bonne question, mais ce n’est pas à moi d’y répondre. Vous voyez, dans les pays scandinaves, depuis que la fessée est interdite par la loi, je suis attendu chaque année, si je puis me permettre, comme le Messie ! Les parents me préparent des listes longues comme le bras répertoriant toutes les bêtises de leur marmaille pendant les douze derniers mois. Et je suis censé user de ma dérogation pour rattraper toutes les fessées perdues ! Mais ce n’est pas ma conception du métier : je suis un artisan, je refuse ce genre de travail à la chaîne.
A.C. : Père Fouettard, sauf votre respect, n’est-ce pas de votre part une sorte d’abandon de poste ? Ou tout simplement, ne cédez-vous pas à la pression du politiquement correct ?
Père Fouettard : Céder au politiquement correct, certainement pas. Mais je serais malhonnête si je niais un certain découragement. Je l’avoue, je suis un peu perdu, un peu désemparé. C’est que, voyez-vous, les enfants n’ont plus vraiment peur de moi. Autrefois, il suffisait d’un coup de martinet symbolique sur les mollets d’un chenapan, ou d’une ou deux claques bien appliquées sur les fesses d’une chipie, et le tour était joué : la sérénité revenait dans les foyers. On me respectait. En un mot comme en cent : on croyait en moi. Mais aujourd’hui... Et puis comment voulez-vous que je fasse sérieusement mon travail avec des garçons qui se promènent avec un pantalon déjà à moitié baissé ? Quant aux filles... Non seulement elles n’ont pas peur de mes fessées, mais certaines m'en redemandent ! J’ai appris pas plus tard que la semaine dernière que mes “groupies” avaient créé un “Fan Club”, qu’elles “tchataient” à mon propos sur des “forums”. Celles qui sont le plus “accros” sont les “gothiques”, parce-que, paraît-il, les fesses rouges sont “trop top” avec leurs vêtements noirs. Non, vraiment, il faut l’admettre, je suis dépassé. Il faut savoir tourner la page, ou plutôt, si j'ose dire, passer la main.
A.C. : La retraite, donc. N’avez-vous pas peur de vous ennuyer ?
Père Fouettard : M’ennuyer ? Vous voulez rire ? Je vais d’abord aller passer quelques semaines sur une plage où il y a des cocotiers. Pour la suite, je vais enfin pouvoir me consacrer à mes rosiers, à mes coudriers, à mes orties. Je vais écrire mes mémoires, et je vous garantis qu’elles ne manqueront pas de sel. Et surtout, comme je vous l’ai dit, je compte bien cultiver l’art d’être grand-père, et un grand-papa gâteau s’il vous plaît. Je vais enfin connaître le plaisir d’être indulgent, laxiste, permissif.
A.C. : Père Fouettard, au nom de tous les sales gosses et de tous les parents dépassés par les événements, je ne peux pas ne pas vous poser cette question : votre relève est-elle assurée ?
Père Fouettard : C’est une question légitime. J’ai peut-être quelqu’un en vue. Quelqu’un qui apportera du sang neuf. Je crois que ce sera une sacrée surprise. On peut même dire que ce sera révolutionnaire.
A.C. : Doit-on comprendre que, conformément à l’air du temps, le candidat à votre relève est une candidate ?
Père Fouettard (souriant avec un air entendu) : Je ne vous en dirai pas plus.
A.C. : Une dernière question : Père Fouettard, serez-vous candidat aux présidentielles de 2007 ?
Père Fouettard : Vous le saurez en temps utile.
A.C. : Père Fouettard, merci pour cet entretien.

2 commentaires:

Kochris a dit…

Ce reporter est décidemment un sacré phénomène !!!
Attendons donc la succession du Père Fouettard..

amourcuisant a dit…

Coquine comme vous l'êtes, soyez assurée que vous serez toujours sur la liste :-)