mercredi, janvier 25, 2006

Les pages roses

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Le Larousse en ce temps-là, avait en son cœur un cahier central recélant lun florilège des citations latines essentielles, ou en tout cas de celles qui avaient vaillament franchi la barrière du temps pour faire partie de la langue courante. En voici quelques-unes, accompagnées de leur traduction libre.
Qui bene amat, bene castigat : si je t’aime, gare à tes fesses
Fluctuat nec mergitur : je t'ai déjà dit que je ne voulais pas de gros mots
Dura lex, sed lex : cette fois, c’est la fessée !
Coram populo : et devant tout le monde !
Noli me tangere : tu vas voir si je vais me gêner
Volens nolens : je la baisserai que tu le veuilles ou non
Vae victis : celle-là, tu ne l’as pas volée
Rosa, rosae, rosis rosissent : le résultat ne se fait pas attendre
Ad libitum : applaudissements nourris
Ite, missa est : maintenant file au coin
Bis repetitam : et que je ne t'y reprenne pas !

©
Amour Cuisant 2006

dimanche, janvier 22, 2006

Alchimie : une curieuse réaction

Tous les mots vous le diront : la vie dans un dictionnaire n’est pas très folichonne. “Fessée”, comme les autres, eut tôt fait de s’en émanciper pour courir les œuvres littéraires, et connut vite un certain succès. Et contrairement à des mots comme “palimpseste”, certes fort respectable et respecté, mais qui a quelque difficulté à sortir de son pré carré, “fessée” sut s’imposer discrètement, mais partout ou peu s’en faut. On le trouva bientôt dans des œuvres classiques, dans des œuvres légères, dans des pièces de théâtre, dans de très sérieuses études de sociologie ou de psychologie, dans la littérature enfantine, dans la poésie, et même, foin de l’hypocrisie, dans bien des œuvres du troisième rayon. Sans oublier les magazines de tout poil, qui apprirent à compter sur lui, bien en place sur la couverture, pour fouetter leurs ventes ! Et dans tous ces cas, “fessée” savait s’adapter à la situation et y apporter sa touche, tel un grand acteur passant avec aisance d’un personnage à l’autre.
Prenons par exemple cette histoire. Une réunion de famille dominicale, un peu ennuyeuse, comme le sont souvent les réunions de famille dominicales. Profitant de la torpeur de l’après-dessert, le jeune héros entraîne sa jolie cousine dans sa chambre. Pour l’impressionner, il fait appel à ses talents de petit chimiste. Le feu d’artifice est réussi, même au delà de ses espérances. L’incendie est évité de peu, grâce à l’intervention parentale. Mais cette dernière ne se limite pas à l’extinction d’un feu : elle va en créer deux autres, ce qui est quelque peu injuste si l’on songe que la jolie cousine est en tout point innocente. il s’en suit une scène sur laquelle, par égard envers la pudeur de nos deux infortunés héros, nous ne nous étendrons pas, sinon pour dire que l’inconfort de la situation a pour compensation quelques aperçus inespérés. Notre chimiste en herbe et sa jolie cousine peuvent de visu constater une réaction autrement plus intéressante que le virage d’un papier réactif : en présence d’une fessée, les fesses virent aux fesses.

jeudi, janvier 19, 2006

Étymologie : aux origines de la fessée

Au commencement était le mot “fesse”. Reconnaissons-le, ce n’est pas un mot très élégant. Il est un peu maladroit, un peu balourd. Or, un jour que le mot “fesse” dormait tranquillement à l’abri des pages d’un dictionnaire oublié, il advint ceci : la lettre “é” s’en approcha. Il faut savoir que la lettre “é” a toujours été un peu rebelle, et pour tout dire pas très facile à apprivoiser. À l’instar du chat qui s’en va tout seul, elle était coutumière de ces promenades en solitaire. Donc, la voici qui s’approche du mot “fesse”. Allez savoir ce qui lui passa par la tête, elle se pelotonna à ses côtés, et s’endormit. Voici comment naquit le mot “fesseé”. Ce mot n’eut qu’une brève existence. Le mot “fesse” à son réveil, découvrit l’intruse endormie. La réveilla. “Tu peux rester”, lui dit-il, “mais à une condition. Donne-moi ton accent aigu. J’ai toujours rêvé d’en avoir un, mais il est réservé à mon cousin qui fait office de participe passé, un prétentieux qui est toujours à gloser sur un dénommé Candide. Cela lui rabattra son caquet.” Le marché fut conclu, l’accent aigu s’en alla coiffer crânement “fesse”, “é” décoiffée décida de rester, et ainsi naquit le mot
“fessée”.

© Amour Cuisant 2006