dimanche, mai 28, 2006


SIESTA
à la Jardinère Mystérieuse


- Tu viens avec moi ? Je vais marcher au bord de l’eau ?
- Non, il fait trop chaud. Et puis je garde les affaires.
- Alors, à tout à l’heure.
Puis, en souriant :
- J’ai l’impression que le Marchand de Sable ne va pas tarder.
Elle ouvrit les yeux, regarda son mari s’éloigner. Elle était bien. Elle regarda à gauche : un groupe d’adolescents chahutaient, les garçons parlaient trop fort, les filles échangeaient des secrets à voix basse. Elle regarda à droite. Un couple de retraités s’étaient installés avec parasol, sièges pliant, glacière. Un minuscule caniche haletait en rêvant sans doute de fraîcheur. Madame faisait du tricot. Monsieur des mots croisés. Elle pensa : ils n’ont pas vu que la plage était interdite aux chiens durant la saison estivale ? Ou plutôt ils ont fait semblant de ne pas voir le panneau. Il est vrai qu’il est si petit. Un peu plus bas, en direction de la mer, un jeune couple et un petit enfant. Le père dormait. La mère lisait un livre tout en surveillant l’enfant. Celui-ci, nu à l’exception d’un bob blanc qui le protégeait du soleil, s’occupait gravement avec un seau et une pelle de plastique aux couleurs vives, creusant le sable pour y découvrir, ô merveille, de l’eau. Elle soupira. Quel bonheur ce serait de pouvoir être nue au soleil en toute innocence, en toute insouciance. Au bord de l’eau, un maître-nageur faisait les cent pas en s’ennuyant. Elle pensa : beau gosse, j’en ferais bien mon quatre heures. Puis elle rit toute seule à son audace. Elle s’allongea, ferma les yeux, goûtant la caresse du soleil. Soudain, du mouvement. La jeune femme s’était levée, courait vers la mer en appelant. Le père, à moitié réveillé, s’était à demi redressé, en appui sur un coude. L’enfant, qui avait sans doute profité d’un passage plus captivant du livre maternel pour filer, marchait d’un bon pas vers l’eau. La mère le rattrapa en même temps que le maître-nageur. Celui-ci, rassuré, s’éloigna après avoir dit quelques mots. La femme saisit la main de l’enfant, le gronda en se penchant vers lui et en battant la mesure de l’index, puis, pliant les genoux pour se mettre à sa hauteur, conclut en lui donnant deux tapes sur les fesses. Après quoi, le tenant toujours par la main, elle ramena son fils vers le campement familial. L’enfant, après quelques pas, se mit soudain à pleurer, comme s’il prenait tout à coup conscience à la fois de la gravité de sa fugue manquée et de la cuisson de la fessée. Retrouvant son matériel, il oublia aussitôt ses pleurs et se remit au travail. Comme il lui tournait le dos, elle put distinguer sur sa peau les traces de la peur maternelle. Elle se dit qu’en toute logique c’est la jeune femme qui aurait mérité cette fessée, pour avoir relâché sa surveillance. En tout cas, la faute était partagée. Elle pensa : et si le maître-nageur l’avait punie, là, sur la plage, devant tout le monde ? Elle sourit à cette idée. La tête que feraient tous ces gens! Elle avait un peu soif. Elle s’endormit en pensant à son jardin. Est-ce qu’il ne manquait pas d’eau ? Elle rêva à ses pivoines, à leurs pétales en désordre rose. Puis elle rêva qu’elle allait à bicyclette au Bazar de la Plage. L’autre jour, elle y était allée faire un tour. Des ballons multicolores, des bouées en forme de dauphin ou de crocodile, des cerceaux, des matelas et des canots pneumatiques, des petits moulins à vent au bout de leur tige, des présentoirs peuplés de cadeaux souvenirs à deux sous, quelques rayons de vêtements sensés pouvoir affronter les tempêtes, et, soudain, au détour d’un rayon, accrochés au mur, au dessus d’un porte-parapluies abritant des fleurets et des épées en plastique, des martinets. Elle s’arrêta, surprise. Que faisaient là des martinets ? Il lui paraissaient incongrus, comme placés là par mégarde, des rescapés du temps de son enfance, comme les cerceaux. Et comme les cerceaux, l’époque leur avait accordé des couleurs. Qui pouvait bien acheter un martinet de nos jours ? Elle regarda autour d’elle. Personne ne lui prêtait attention. Elle se baissa, tendit la main pour en saisir un. Elle ne s’étonna pas que sa main lui ramène une pivoine. Elle remarqua, en son cœur un nuage rouge.
- Madame, vous ne pouvez pas rester là.
Elle se réveilla en sursaut. Juste sous son nez, il y avait la pivoine dont le rose s’ouvrait sur le pistache des feuilles. Posée là, sur le sable. Elle tourna la tête vers sa gauche. Son regard remonta, des pieds nus, des jambes et des cuisses musclées et élancées de nageur, un maillot de bain bleu marine et un T-shirt blanc. L’homme mit un genou à terre. Il avait les cheveux courts, le regard masqué par des lunettes de soleil.
- Vous ne pouvez pas rester là, madame, pas dans cette tenue.
Elle réalisa soudain qu’elle était nue. Où était son maillot de bain ? Et même le sac de plage contenant ses vêtements avait disparu. Comment pouvait-elle l’avoir oublié ? Elle était parfois si étourdie.
- Mais, je ne comprends pas. Vous êtes le maître-nageur ?
- Non, madame. Je suis le Marchand de Sable.
Il dirigea son regard vers le sable devant elle. La pivoine avait disparu, remplacée par un des martinets du bazar.
- Madame, les martinets sont interdits sur cette plage de Mai à Septembre.
- Oh, vraiment, je ne sais pas ce qui...
- Madame, je vais vous faire un maillot de bain afin que vous puissiez rentrer chez vous sans vous faire remarquer. Mais à l’avenir, il vous faudra faire plus attention. Vous comprenez, c’est une plage familiale.
- Attendez, je vais vous expliquer, c’est une pivoine et...
Sans l’écouter, il plaça sa main gauche au bas de ses reins, la rivant au sol. Puis il se mit à la fesser. Une fessée sonore, à larges claques sans retenue qui l’enflammèrent aussitôt. Elle tenta vainement de se redresser, bouillante de honte. La brûlure était insupportable. Elle continua vainement à protester, ses yeux s’embuèrent de larmes. Elle entrevit les retraités. Ils avaient posé sur leurs genoux qui son magazine et qui son tricot. Lui regardait la scène par dessus ses lunettes, elle en plissant les yeux. Leurs visages exprimaient à la fois de la désapprobation pour son laisser-aller, et la satisfaction de voir ce laisser-aller justement rétribué. L’enfant la montrait du doigt. Le père, cette fois, était bien réveillé, et ne manquait pas une miette du spectacle. La jeune femme voulait détourner les yeux mais n’y parvenait pas, ses joues s’empourpraient, comme si elle savait que son tour viendrait juste après. De l’autre côté. Les adolescents avaient cessé leur chahut et regardaient, fascinés. La pivoine. Rose rouge. Elle se sentit s’ouvrir au cœur de l’intense brûlure. La fessée se termina enfin. Le Marchand de Sable vint s’agenouiller derrière elle. Elle accompagna son mouvement lorsque ses mains vinrent saisir ses hanches pour remonter son bassin. Elle s’ouvrit tout à fait. Quand il la pénétra, elle se mordit le poing de plaisir. Les petits moulins à vent tournaient à toute vitesse. Pivoine rose rouge. Elle cria son bonheur.
- Chérie ?
Elle sursauta.
- Oh, excuse-moi, je t’ai réveillée. Tu sais que tu es en train d’attraper un sacré coup de soleil ?
Les adolescents bavardaient par petits groupes, indifférents. Le retraité s’était endormi sur ses mots croisés. Sa femme le regardait avec tendresse par dessus son tricot. Le jeune couple et l’enfant étaient partis se baigner.
- Regarde ce que j’ai trouvé.
Il plaça une étoile de mer sur le sable devant elle, ocre sur le sable blanc.
- Merci. Comme elle est belle. On dirait une fleur. Une fleur que l’on aurait trouvée dans un rêve, et qu’on aurait eu le droit de garder.
- Tu t’es bien reposée ?
- Oui. Tu avais raison. Le Marchand de Sable est passé.

Le Marchand de Sable apparaît avec l’aimable autorisation de Nounours.
Photographie d’illustration offerte par la Jardinère Mystérieuse. Merci à elle.

© Amour Cuisant 2006

vendredi, mai 26, 2006


Leçon de
géométrie : le compas dans l'œil








Le cercle est la première, la plus simple, la plus parfaite des figures.
Euclide
Illustration de Leone Frollo

dimanche, mai 21, 2006



Un tablier de sapeur, ma moustache! Pensez!...

Une belle étourdie sur le point d’allumer la mèche : cette jeune et jolie chanteuse est en train d’avouer que son rêve le plus fou serait de chanter “Mon légionnaire”, un 14 Juillet, perchée sur l’Arc de Triomphe. Dans un instant, emportée par son enthousiasme et par le jeu mystérieux des associations d’idées, elle va se tourner vers son voisin et oser la comparaison qui mettra le feu aux poudres. Et pas seulement aux poudres.

samedi, mai 20, 2006


d’api rouge







La belle on dit partout que vous avez des pommes

Des pommes de reinette dedans votre jardin


Permettez-moi la belle que j’y porte la main

jeudi, mai 18, 2006













À la passante

Je veux dédier ce poème
À toutes les femmes qu'on aime

Pendant quelques instants secrets

À celles qu'on connaît à peine

Qu'un destin différent entraîne

Et qu'on ne retrouve jamais

Antoine Pol - Les passantes

Il consulta sa liste. Les crèmes à la vanille, les petits suisses... Le lait!
Ne pas oublier le lait. Il laissa le chariot à l’entrée de l’allée, alla chercher un pack de six bouteilles blanches à capsule bleue. Revint le déposer dans le chariot. Les piles n’étaient pas sur la liste. Il les oublia. Il pensa au jus d’orange. Il se retourna pour aller en chercher une bouteille dans le rayon tout proche. Ce fut à ce moment qu’il la vit. Elle portait une robe noire très simple, boutonnée sur le devant, assez courte. Cheveux courts. Des lèvres bien dessinées. Les yeux bruns. Elle n’était pas très jeune. Sans doute épouse. Sans doute mère. Elle était arrêtée, à quelques pas de lui. Peut-être pour mieux réajuster le sac qu’elle portait à pleins bras, car elle croisa et leva sa jambe gauche devant elle pour le rehausser du genou, comme pour l’empêcher de glisser. Ce geste dévoila un peu sa cuisse. Elle avait la peau pâle. Elle n’avait pas les jambes sèches des modèles en vogue dans les magazines. Les siennes étaient... bien tournées. Voilà le mot. Bien tournées. Elle passa devant lui. Un peu après, à la pesée des fruits et légumes, ils se retrouvèrent face à face. Peut-on s’embrasser dans un sourire ? Peut-on se caresser dans un sourire ? Il lui dit, sans un mot, simplement par un sourire : “Je vous trouve très belle. J’aimerais vous prendre dans mes bras, caresser vos épaules, vous embrasser.” Elle lui répondit, sans un mot, d'un sourire : “Oui, j’ai compris. J’ai vu votre regard, tout à l’heure, vous savez ?” Et leurs sourires restèrent un instant comme entrelacés, enlacés. Plus tard encore, il l’entrevit à nouveau. Ils étaient comme deux radeaux au gré de lents courants de hasard. Il savait que bientôt, elle disparaîtrait pour de bon. Il savait qu’il ne la reverrait sans doute jamais. Il savait que dans sa voiture, il se dirait : “J’aurais dû lui parler, tout simplement. Lui dire.” Il savait qu’elle ne serait plus qu’une image, comme celles que poursuivent, désespérées, ces petites annonces paraissant parfois des jours durant dans certains journaux : “Gare du Nord. Lundi à 16h23. Relais H. Vous longs cheveux noirs, une cigarette non allumée entre les doigts, cherchiez carte postale. Vous ai souri. M’avez souri en retour. N’ai pas osé vous parler. Écrivez-moi à gdnrh@occasionsmanquées.com”, ou encore “TGV Paris-Nantes, jeudi dernier. Étions dans le même compartiment. Vous révisiez cours fac, moi Série Noire. Avons bavardé. N’ai pas osé vous demander votre n° de tél. Voici le mien : ##########. Appelez-moi.” Oui, quand il serait dans sa voiture, tout à l’heure, il serait vraiment trop tard. Alors, s’approcher ? S’arranger pour la croiser à nouveau ? “Excusez-moi, madame, mais... il me semble que nous nous connaissons ?” Une chanson lui revint en mémoire. Dutronc. Il est sympa. Le dragueur des supermarchés. Non, cela gâcherait tout. Il le savait. Cela gâcherait la courte magie de ce sourire, tout à l’heure. Il la revit une dernière fois en arrivant aux caisses. Elle venait de payer. Elle s’éloigna d’un pas pressé.
Ce sourire.

dimanche, mai 14, 2006


La jeune fille verte

“- Enfin, disait-il, à quoi pensez-vous de parler à votre mère sur ce ton ?
- Je pense à mon enfance, répondit la jeune fille avec une pointe d’amertume.
- Moi aussi, quand je vois un paquet d’idiots lorgner cette moitié de robe qui laisse voir vos... jarretelles. On dirait qu’on l’a fait faire déjà trop courte l’autre année, pour vous donner le fouet plus commodément.”

Et il ajouta rageusement :

“Je donnerais deux sous pour que votre maman vous le donne encore.”

Guiche rougit un peu, et regarda Vitalis à travers la grille de ses longs cils, en observant avec un bizarre sourire :

“Ce n’est pas cher.”

Paul-Jean Toulet - La jeune fille verte

Das grüne Mädchen

“- Wie können Sie so frech mit der Frau Mutter sein ? Woran denken Sie denn ?
- Ich denke an mein Kindheit, antwortete das Mädchen mit einem Hauch von Bitterkeit.
- An Ihr Kindheit denke ich auch, wenn ich dieses halbes Rock sehe. Irgendein schamloses Gesindel kann Ihr Höschen erblicken. Dieses Rock war sicherlich schon letztes Jahr zu kurz geschaffen, vielleicht um Sie leichter bestrafen zu können.”
Und wütend fügter er hinzu :
“- Wenn nur Ihre Mutti Sie peitschen wollte. Ich würde gern fünfzig Pfennig dafür ausgeben.”
Errötend schaute Guiche durch ihren langen Wimpern Vitalis an. Seltsam lächelnd bemerkte sie :
“Das ist nicht teuer.”
Paul-Jean Toulet - Das grüne Mädchen

jeudi, mai 11, 2006



On the road again





A.C. :
Jack, le bruit a couru que vous aviez abandonné l’idée du Presidential Tour 2007 et que vous préfériez grimper au cocotier ? On dit même que vous seriez tombé ?
Jack : Fariboles! Je serai là et bien là. Les garçons ont besoin de moi pour le Tour. Le coup du cocotier était un coup monté. Trop haut. C’est pourquoi je suis tombé. Mais je suis en pleine forme.
A.C. : Depuis le temps que vous jouez avec Les Pierres Qui Roulent Pourvuksamouss, avez-vous connu des moments de doute ?
Jack : Jamais. Je suis le jour et la nuit tout à la fois. De quoi voulez-vous que je doute ?
A.C. : Jack, merci pour cet entretien. Vous n’avez pas perdu la tchatche. Votre public ne sera pas déçu.

mardi, mai 02, 2006



À la mode de chez nous : la Bretagne

Les guides de voyage sont déclinés sous de nombreuses formes. Mais aucun à ce jour ne s’est intéressé à la fessée régionale. Je vous propose de combler cette lacune avec aujourd’hui une première étape en Bretagne.
Les origines de la fessée bretonne sont controversées. Pour les uns, elle a fait son entrée par Saint-Malo, comme partie du butin d’un corsaire dont la course avait croisé le galion “Tonton Cristobal” de retour d’Amérique du Sud. Ainsi, la fessée bretonne serait en fait née aux confins du Brésil et de la Bolivie. Pour les autres, son origine est plutôt à rechercher du côté de la forêt de Brocéliande : la fessée bretonne serait une des mille manières imaginées par Merlin pour enchanter le monde.
Disons-le tout de suite, la fessée bretonne n’est pas à prendre à la légère. Elle peut en effet être caressante et légère, au point d’être qualifiée de Fessée Dentelle, mais elle peut tout aussi bien se déchaîner comme l’océan un jour de tempête.
Après avoir assisté au traditionnel “Fes Noz” (ce qui en breton signifie “fessons-nous”), danse où les couples simulent une fessée symbolique au rythme des tambours, cornemuses et bombardes, les touristes trouveront avantage à se rendre dans une fesserie, établissement typique au décors rustique, où ils pourront déguster une fessée bretonne préparée et servie sur place, accompagnée d’un verre de cidre. Les plus prudents se contenteront, au moins la première fois, d’une Fessée Dentelle. Les plus audacieux goûteront à la fameuse Fessée Flambée au Chouchen.
Ne quittez pas la Bretagne sans une fessée hugolienne à la Pointe du Raz, avec pour témoin la nature sauvage et indomptée.