mercredi, juin 28, 2006

















Pas d'habit vert pour le dico rouge !

Mélie et moi espérions gagner l'habit vert : c'est un bonnet d'âne que nous a apporté le facteur.
Mais ne soyez pas jaloux, vous en aurez un vous aussi. Pour cela, asseyez-vous au fond de la classe, près de la fenêtre ouverte sur la cour et ses marronniers, et à la place de vos devoirs, griffonnez des définitions dans votre cahier. Arrangez vous pour vous faire pincer, et le tour sera joué.
Voici donc la fin, provisoire, du dico. N'oubliez pas que les autres définitions sont chez Mélie : www.meliemelo.net.

martinet : n.m. - oiseau de rouge augure.

pentatonique : adj. - qualifie une gamme ou une mélodie, ou tout autre composition musicale obtenue en combinant les sons élémentaires produits par chacun des cinq doigts de la main : "Par la fenêtre ouverte lui parvinrent les éclats de voix d'une remontrance, suivis d'un bruit de pas précipités, de chaises que l'on bouscule et qui rigolent (les chaises) : sans doute une poursuite. Puis vint un silence entrecoupé de supplications, et enfin l'écho caractéristique d'une retentissante fessée pentatonique."
(Promenades d'un rêveur solitaire - Anonyme - 1952).

périfesse de sécurité : espace entre le fesseur et sa victime. La température monte si l'espace se réduit :
«Haa je t'avais prévenue ! Tu as franchi le périfesse de sécurité. Gare à toi ingénue ! Paf ! » (Règles de bienséance en société fessière - A paraître aux Ed. 'Paint Fesses').

professé(e) : adj. - promis(e) à la fessée.

profession : n.f. - promesse de fessée.

prolifessation : n. f. (du latin proles, descendance) : multiplication, foisonnement de touchés colorants (notion de générosité).
""Ô capitaine, mon capitaine, prolifessez nous encore". (Cercle des fessées apparues).
Par ext : prolifesseur, prolixfesseur.

remontée de bretelles (loc.) - du temps des pinces crocodiles, s'obtenait en quatre petits clics, et était généralement suivie d'un baisser de pantalon.

sitôt dit, sitôt fesse : express. pop - se dit de ceux qui se laissent mener par leurs mains (cf. "La main plutôt que la fesse. Forme classique"). Dès qu'une idée leur vient, ils doivent la mettre en pratique. On les appelle aussi les pistoleros de la gafesse.

solfesse : n.m. - art de fesser en rythme : "Pour la leçon de solfesse de demain, n'oubliez pas de passer une culotte facile à baisser."

spécifessique : ce qui relève la fessée, ce qui lui est particulier.
"Ceci n'a rien à voir, Maître ! Il serait bon que vous feuilletiez le dossier de l'accusée, il est spécifessique." (Minutes du procès de l'affaire "Fesson" - 2003).
par ext : spécifessial(e) : "Je te jure... Il m'a offert une rose très spécifessiale. J'en fus toute retournée" (Le petit livre rouge).

sujet qui fesse : expr pop. - "Ne pas confondre sujet qui fâche et sujet qui fesse : Le premier tend, le second détend" (S.N.C.F ; Société Nationale de la Chatoyante Fessée : Cours magistral du jeudi, amphithéâtre 218, Théorie de 9h30 à 9h50 - Travaux pratiques de 10h à 16h)

tartifesse n.f. : spécialité savoyarde riche en calories : "Chérie, aujourd'hui je t'emmène faire une grande randonnée dans la montagne. Ce soir, étape au Refuge des Jumelles, et là, je te le promets : tartifesse!"

thé fesse : variété rouge du thé vert, obtenue par caloréfaction naturelle. Très typé, au point de désorienter l'amateur non averti, d'où la mise en garde que l'on trouve souvent sur l'emballage : "Gare à thé fesse!". La grande difficulté de sa préparation réside dans le fait que la théière ne doit pas être culottée, mais déculottée. Le thé fesse est réputé faciliter le dialogue intergénérationnel, voire parfois à le remplacer et ça commence parfois par : "Quand ton père va voir ce carnet de notes... Tu peux préparer thé fesse." jusqu'au : - Tu as vu ce champ de lin ? regarde-donc ces coquelicots et fais encore cette tête, je te parie qu'ils pourront rougir de jalousie en voyant ta peau, tes cloques, et mon licot (Le Livre de l'Amateur de Thé Fesse - Traduit du mandarin par Clémentine Sanguine).

dimanche, juin 25, 2006









Càlati giuncu
Ca passa la china


Jonc, courbe-toi

Il faut que passe la crue


Proverbe sicilien

samedi, juin 24, 2006


Comment ne pas être reçu à l'Académie

Il y a de cela quelques mois, madame Mélie, qui habite ici : www.meliemelo.net, et votre serviteur nous sommes dits : et si que on faisait un dico ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Quelques instants après (enfin un tout petit peu plus mais pas beaucoup), nous nous présentions tout guillerets à l’Académie Française et proposions :
- Voulez-vous accueillir notre dico en votre sein prestigieux ?
Deux vieillards aigrotants et vêtus de vert nous répondirent sur le pas de la porte :
- Nous ne faisons pas ce genre de métier, allez voir à côté!
Et nous voici.
Ce dico est ouvert à toutes les suggestions, il ne demande qu’à être enrichi. En voici la deuxième partie, et notez bien que la première est chez Mélie.

DEF

délicafesse : n.f. - "être en délicafesse", se trouver dans une situation délicate et dont on pourrait bien avoir à rougir.
«Je suis en délicafesse avec Monsieur. Il m'en a promis des vertes et des très mûres. Mais pourquoi donc. Ah mais pourquoi ?».
(Journal anonyme, Ed. Coquelicot)

Empire Fesse Building : rêve de fesseur.

épifesserie : n.f. - commerce de proximité favorisant le commerce de proximité : “Je m'en vais chercher le journal et des cerises à l'épifesserie. Nous les partagerons tout à l’heure.”

face-à-fesse : n.m. Le face-à-fesse est un instrument de musique (main, martinet, ceinture etc...) destiné aux fesses. "Madame, cette insolence vous vaudra un face-à-face entre vos fesses et mon face-à-fesses dont vous vous souviendrez".

fessade : n.f. - énergétique et revigorante spécialité du Sud de la France : "Elle avait retiré tout à fait son maillot de bain et, allongée, à demi-assoupie sur la petite plage déserte, rêvait d'une baignade rafraîchissante suivie d'une bonne fessade."

faisselle : n.f. - dessert désuet : “si tu ne finis pas ta soupe, je vais te donner une faisselle”.

fesse-à-main : n.f. - jolie femme trop consciente de sa beauté : "C'est une vraie pimbêche, une vraie fesse-à-main."

fesse-apens : n.m. - piège. Fig : machination : "Elle se croyait impunissable, ou innocente, elle était bravache et bavarde. Lorsqu'elle fut surprise en flagrant délire, elle comprit qu'elle était tombée dans un fesse-apens."

fessemblanc : adj. - comme le papier réactif des chimistes, cet adjectif a l'amusante particularité de changer d'apparence en fonction des circonstances : "fessemblanc d’être sage se transforme ainsi rapidement en fessenrouge."

fesserise : n.f. - petit dessin. Par ext : signature ou petite trace laissée sur un derrière après un travail manuel : Que m'avez-vous fait là ? Mais une jolie fesserise ma chère.." (Mémoires du Maréchal Fessant).

fessificateur : n.m. - monsieur qui prend note puis vérifie la validité de sa mémoire sur un support mouvant et émouvant.
«Le ministère fera contrôler votre innocence par un fessificateur assermenté".

fessination : n.f. - admiration sidérante : "Invité à goûter chez sa voisine, il trouva la porte ouverte, se dirigea vers la cuisine : quelle ne fut pas sa surprise d'y découvrir le spectacle de sa petite amie, coupable de quelque bêtise, jupe troussée et culotte baissée, couchée en travers des cuisses maternelles et sur le point de recevoir la fessée. Toujours, il se rappellerait avec fessination la provocante image de la chair nue et rebondie, bientôt rougie par quelques gifles sonores."

fessonnerie : n.f. - art manuel de travailler les fesses nues en les portant au rouge tout en les chauffant à blanc (Les Métiers Oubliés, collectif, Ed. Bayard Même Pas Peur, 1958).

fessopriote : n.m. - fervent partisan de la fessée.
"Les fessopriotes ? Juste des militants, des passionnés, des amoureux" (Pérennité d'un parti utopiste, Interv de Chr. Ockrent).

fessouiller : v.t. - fesser sans conviction, ou en ayant l'esprit ailleurs : "Il la fessouilla quelques instants, les yeux dans le vague, mais le coeur n'y était pas."

fessoter : v.t. - donner une petite fessée pour faire comme si.

fessotier : n.m. - qui donne ses fessées en douce : "Tu crois que je ne t'ai pas vu, espèce de petit fessotier ?"

fessouillard(e) : n.m. ou n.f. - Se dit d'une personne qui fait semblant de craindre une fessée.

fessouillettes : n.f.pl. - jolies fesses fessouillables : "Il la trouva couchée à plat-ventre sur son lit. Elle portait en tout et pour tout une courte veste de pyjama. Il eut soudain envie de claqueter ses fessouillettes."

fruits verts : doivent rougir pour arriver à maturité.

mercredi, juin 21, 2006

C'était la fille du Père Noël
J'étais le fils du Père Fouettard
Elle s'appelait Marie-Noëlle
Je m'appelais Jean-Balthazar
Jacques Lanzmann - La fille du Père Noël
















Ouvrez donc les lumières

Puisque le clown est mort
Ouvrez donc les lumières
Puisque le clown est mort
Et vous, applaudissez
Admirez son effort
Et vous, applaudissez
Admirez son effort
Giani Esposito - Les clowns

dimanche, juin 18, 2006













Le temps...


Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Jacques Plante - La bohème

Un, deux, trois
Nous irons au bois
Quatre, cinq, six
Cueillir...

Ce texte est une tentative, forcément imparfaite et forcément délicate, d’explorer un paysage d’émotions intérieures et personnelles il y a longtemps disparu. C’est à ce titre que je le publie, en espérant qu’il ne blessera aucune des personnes qui me feront le plaisir de le lire.
A.C.

Il avait terminé de placer les capsules de plastique coloré entre les rayons. Des vertes, des rouges, des bleues, des jaunes, qui enjolivaient les roues. il ne restait plus qu’à fixer le bout de bristol qui, en frottant contre les rayons quand la roue tournerait, ferait un bruit de moteur. À quoi bon acheter une mobylette ? Elle sortit de la maison à ce point de ses réflexions.
- Comme c’est beau, dit-elle en souriant. Elle l’embrassa sur les deux joues. Puis :
- J’ai lancé le clafoutis. Je vais en vitesse à l’épicerie acheter de la limonade. Je te confie la maison. Quand je reviendrai, nous irons encore cueillir, sinon les étourneaux nous devanceront.
Elle poussa le vélo jusqu’à la porte du jardin. Une fois dans la rue, elle maintint sa robe d’une main et s’assit sur la selle. Il répondit à son signe.
- À tout à l’heure.
Il repensa à ses mots : lancer le clafoutis. C’était toujours comme ça avec elle. Elle lançait ceci, mettait cela en route. Il l’imagina en train de lancer le gâteau contre le mur de la cuisine et rit tout seul.
“Toute façon t’es bête et pis t’es amoureux de la voisine” : c’est par ces mots, qui contenaient un fond de vérité, que s’était un jour vengée sa petite sœur d’un refus de prêt de billes caractérisé.
Être “amoureux” de la voisine à dix ans, c’est banal. Ce qui l’est moins, c’est quand la voisine en a plus de trente. Quel âge avait-elle au juste, d’ailleurs ? Elle lui avait dit une fois, il ne s’en souvenait pas. En tout cas, ils s’étaient pris d’affection l’un pour l’autre, peut-être parce-que tous les deux un peu solitaires, et une semaine ne passait pas sans qu’il s’invitât chez elle une ou deux fois.
- Vous êtes sûre qu’il ne vous dérange pas ? avait demandé un matin sa mère lors d’une rencontre fortuite au marché.
- Mais non, au contraire. J’aime beaucoup ses visites. Il est toujours de bonne humeur.
- Au moins, quand il est chez vous, on est sûr qu’il ne fait pas de bêtises. Mais s’il vous embête, mettez le dehors.
- Il ne m’a jamais embêtée.
Un jour, il lui avait demandé :
- Tu n’as pas de mari ?
Elle avait répondu :
- J’en ai eu un. Je te raconterai un jour.
Un jour, il lui avait demandé :
- Tu n’as pas d’enfants ?
Elle lui avait répondu :
- Toutes les femmes ne peuvent pas devenir maman.
Il alla au verger, derrière la maison. Une échelle était encore en place sous un des cerisiers, et à son pied le grand panier d’osier, ainsi que la passoire de plastique vert qu’il était chargé de tenir tandis que, juchée sur l’échelle, elle y jetait les cerises. Elle appelait cela un chinois. Un jour, il avait chipé à sa sœur (la grande, cette fois) le 45-tours de Sylvie Vartan où il y avait la chanson “Mon chinois vert” et le lui avait fait écouter. Depuis, l’instruction était :
- Voilà, comme ça. Tiens bien le Chinois Vert par les oreilles.
Quand le Chinois Vert était plein, il en transvasait le contenu dans le panier. Au verger, il y avait un chêne qui surveillait tout le petit monde des arbres fruitiers. Il aimait y grimper. Plusieurs fois, elle le lui avait interdit. Encore la semaine passée :
- Et si tu tombes ? Si tu te casses la jambe ? Descends tout de suite, et je ne veux plus te voir dans cet arbre.
Il avait obéi. Elle l’avait accueilli au bas de l’arbre par un :
- C’est la dernière fois que je te le dis. Si tu recommences, je me fâche pour de bon.
Elle avait dit cela très sérieusement, l’avait laissé digéré les mots, puis avait éclaté de rire en voyant sa mine déconfite. Elle avait passé la main dans ses cheveux, l’ébouriffant :
- Cette fois, on dirait que j’ai réussi l’exploit de te faire peur.
Il hésita un instant. Puis grimpa dans le chêne. De toute façon, le temps qu’elle aille à l’épicerie, il avait le temps. Un jour, elle lui avait fait écouter une chanson qui s’appelait “Le temps des cerises”. Le chanteur s’appelait Yves Montand. Le plus intéressant était la pochette du disque. Elle représentait la prise de la Bastille. Des canons tiraient, une maison était en flammes, des soldats armés de piques dans la rue, d’autres armés de fusils sur les remparts de la forteresse. Dans la chanson, il était question d’un merle moqueur. Est-ce que les merles mangent les cerises ? Il avait reposé la pochette, s’était tourné vers elle. il voulait lui demander si il pouvait écouter la chanson sur la Bastille. Elle pleurait doucement. Il en fut infiniment triste. Il s’était approché et avait déposé un baiser sur sa joue. Elle avait sourit. Il l’avait guérie.
- Qu’est-ce que tu fais là haut ? Descends immédiatement!

© Amour Cuisant 2006
...des cerises

Sept, huit, neuf
Dans mon panier neuf
Dix, onze, douze

Elles seront toutes rouges

Il sursauta. Il ne l’avait pas entendue arriver. Si seulement il avait eu le temps de finir la mobylette. Il sortit de sa rêverie, commença à descendre, glissa, faillit dégringoler pour tout de bon, se rattrapa de peu. Il entendit son cri de frayeur. Quand il fut au sol, elle le toisa, brillante de colère.
- Est-ce que tu te rends compte que tu aurais pu te tuer ? Regarde ton genou, tu saignes. Et ton short, tu l’as déchiré. Tu es donc complètement inconscient ? Bon, suis-moi, je ne peux pas te laisser rentrer dans cet état.
Il y eut une première étape au salon où, d’autorité, elle déboutonna son short, le lui retira et le déposa sur le dossier d’une chaise. Puis, le prenant par la main, elle l’entraîna à la salle de bain tandis qu’il se posait la question de sa dignité d’être ainsi en sous-vêtement sous ses yeux. Elle s’empara d’une serviette, en mouilla un coin et lui nettoya le genou.
- Le mercurochrome à présent.
- Ah non, ça pique.
Instinctivement, il esquiva le bâtonnet rouge qui le menaçait comme un insecte agressif. Cela lui valu une tape sèche sur le haut de la cuisse.
- Tiens-toi tranquille ou sinon...
Et, soulignant ses mots d’un mouvement de sa main ouverte :
- Si tu étais mon fils...
De retour au salon, elle le conduisit jusqu’au mur, près de la porte menant à la cuisine, et le mit le nez face au papier peint.
- Tu ne bouges pas d’ici pendant que je répare les dégâts. Et tu réfléchis à tes bêtises.
Il la regardait à la dérobée. Elle avait sorti une petite boîte à ouvrages, avait enfilé un dé à coudre, et s’affairait à raccommoder l’accroc. Il était en colère. En colère contre lui-même. En colère contre elle. Il sentait le dessin de ses doigts brûler sa cuisse. Il était vexé, et en même temps éprouvait un sentiment d’incomplétude. “Si tu étais mon fils.”
- Viens ici.
Il se retourna. Elle avait terminé. Elle écarta un peu sa chaise de la table et lui présenta le short reprisé.
- Viens. Je vais t’aider à te rhabiller. Dépêche-toi, espèce de lambin.
Il s’approcha. Il lui dit, en détachant bien les mots :
- De toute façon, si je suis tombé, c’est de ta faute.
Un ange passa. À moins que ce ne fût un petit diable.
- Ah, ça! C’est trop fort, dit-elle dans un souffle.
Elle posa le short sur la table.
Dans “La vie des animaux”, une des émissions qu’il avait le droit de regarder à la télévision, en un éclair les mangoustes s’emparaient des serpents, les lionnes fondaient sur les gazelles. Ce fut aussi rapide. Il se retrouva basculé à plat ventre en travers des cuisses de sa couseuse offensée, le nez à deux doigts du parquet. Il sentit soudain l’air sur sa peau alors qu’elle le dénudait largement, essaya de l’en empêcher en protestant, eut droit à une tape sur la main, puis se sentit saisi au poignet.
- Il fallait réfléchir avant.
Elle le fessa.
Vigoureusement.
Il pensa aux pétarades des pistolets en papier qu’il trouvait parfois dans les pochettes surprises. Il pensa à une bouillotte trop chaude tapie au fond de son lit, sur laquelle il s’était brûlé les pieds un soir d’hiver. Mais cette fois la flambée l’envahissait tout entier. Il lui dit d’arrêter, ça faisait mal. Elle lui dit :
- Tu croyais peut-être que j’allais te donner une fessée pour rire ?
Il retint ses larmes, sentit pourtant un goût de sel dans sa bouche.
Elle l’avait redressé. Elle respirait plus vite, comme si elle avait couru, les yeux encore brillants de colère, les joues un peu rougies d’y avoir finalement cédé. Elle lui dit, l’index levé :
- Celle-là, elle te pendait au nez.
Tu parles d’une excuse, faillit-il dire. Il se retint.
Elle le rhabilla en quelques gestes rapides, puis le ramena à son poste, le nez au papier peint.
- Tu attends là.
Elle disparut dans la cuisine. Il la détestait, elle et ses mains pires qu’un essaim d’abeilles sauvages dont on a heurté le nid! Il entendit la radio qu’elle allumait. Des grésillements, une voix, de la musique. “Elle te pendait au nez, alors je l’ai mise en route et je l’ai lancée.” Il sourit en chassant une larme de sa joue d’un revers de main agacé. Il entendit la porte du four qui s’ouvrait et se refermait. De bruits de vaisselle. La brûlure était toujours là, mais comme apaisée. Il ne savait plus s’il était en colère ou s’il avait envie de goûter. Elle réapparut à la porte :
- Allons, viens. C’est prêt.
Il s’approcha, l’air boudeur.
Elle se pencha, lui prit le menton entre ses doigts, le força à la regarder dans les yeux :
- Et maintenant on fait la paix.
Il hésita. Puis :
- On fait la paix.
- Et tu ne monteras plus jamais dans ce chêne ?
- Plus jamais.
Elle lui embrassa les deux joues. Il la fit attendre un petit peu. Tout de même lui embrassa les deux joues. Ils se rendirent à la table de la cuisine. Le clafoutis était servi, ainsi que deux verres de limonade.
- Attention, c’est encore chaud.
- Pour être encore chaud, c’est encore chaud, dit-il en se tortillant sur sa chaise avec une grimace calculée.
Elle éclata de rire.
Lui aussi après tout.
- Après on retournera cueillir des cerises ?
- On goûte et on y va.
Elle leva son verre. Il l’imita. Elle dit :
- Au temps des cerises!
Il répéta :
- Au temps des cerises!
Ils trinquèrent. Il fut pour dire “cul sec”, et finalement osa :
- Cul nu!
Elle parvint à garder son sérieux :
- Cul nu!
Ils burent d’un trait, jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à en avoir des larmes dans les yeux.
- C’est des larmes de limonade, lui assura-t-il.
- Ce sont celles que je préfère.
Ils attaquèrent le clafoutis.

Ce soir-là, rentré chez lui, il courut à la salle de bain, tira le verrou. Il prit un tabouret, le posa devant le lavabo, grimpa dessus, et se dénuda pour s’observer dans la glace.
Les traces de la fessée étaient encore légèrement visibles.
Il en éprouva une certaine fierté.

© Amour Cuisant 2006
He's sixty-four today


Tout ça ne nous rajeunit pas.
Cheikh Abou Chabiiba - Mes vertes années

Many years from now is now.

Comte Zaroff - La chasse au temps perdu

Bon anniversaire, Paul!

samedi, juin 10, 2006


Au secours,
le foot revient!


Il paraît que de plus en plus de gens vivent à l'abri de tentes dressées sur les trottoirs ou sous les ponts de Paris. Des gens qui ont un travail, mais pas les moyens de se loger. Qu'importe! Sur la Planète Foot, ce qui compte, c'est vingt-deux grands ballots en culotte courte qui courent après un ballon. Télé, radio, journaux, vous n'y échapperez pas. Journalistes, politiciens, stars du show-biz, écrivains à la mode, ils sont tous amoureux fous du foot. Ils ne nous disent pas ce qui leur fait tourner la tête à ce point. Les matchs truqués ? Les salaires obscènes des joueurs, qui en plus doivent être complétés par des sommes au noir pour éviter que ces pauvres chéris ne fuient vers des pays mieux disants ? Les supporters abrutis d'alcool qui hurlent leur racisme et leur haine dans les tribunes en attendant d'en découdre pour de bon dans la rue après le match ? La valse des droits de retransmission qui interdit à partir de cette année aux habitants des pays les moins favoirisés de la planète de participer à cette "grande cérémonie de fraternisation mondiale (moi j'aurais dit interplanétaire)" ? Ou les prostituées qui vont accueillir dans des bordels de campagne géants tous ces vaillants guerriers - enfin, ceux qui ne seront pas à l'hosto - au bout de leur nuit de vinasse et de bagarres ? Il paraît que les politiques rêvent d'un trophée qui ferait oublier leurs turpitudes et leurs échecs. Un fin analyste politique a déclaré que Ségolène avait commis sa première erreur en osant dire qu'elle ne suivrait la Coupe du Monde que d'un œil. "Comment peut-elle afficher un tel mépris ?" s'étonne-t-il! Moi, je pense qu'elle a commis une erreur en ne disant pas qu'elle éteindrait la télé : "Allez François, viens, on va au restau et après on se fait une toile. C'est le moment, on est sûr qu'il n'y aura pas de bousculade."
En tout cas je vous le dis : le foot, je m'en balance et je m'en contrebalance. Je m'en fiche et je m'en contrefiche. Footez-nous la paix! Mais comme je suis de bonne composition, je regarderai un match le jour où les deux conditions suivantes seront remplies :
- remplacement des joueurs par des joueuses;
- remplacement des penalties par des fessées données directement sur la surface de réparation, laquelle méritera enfin son nom.

jeudi, juin 08, 2006

La liberté ou l'amour

Cet autre, engagé dans un pensionnat d’Angleterre, recueille la preuve de l’émoi d’une jeune pensionnaire quand, étant parvenue à la puberté sans que les maîtresses s’en soient aperçues, elle doit, pour une faute vénielle, recevoir, jupes retroussées et culotte basse, la fessée et les verges en présence de ses compagnes et peut-être d’un collégien, amené là par le hasard, dieu des joies amoureuses.

This other one, now part of some english public school’s board, happens to get evidence of a schoolgirl’s emotion, a girl grown up too fast for the teachers to notice, a girl who, following some minor offense, gets spanked and birched, skirts up and pants down, in front of her schoolmates, and maybe of some boy lead there by the god of love delights : chance.


Robert Desnos - La liberté ou l'amour
Traduction : A. Proximatyv
Photographie : China Hamilton








Et voir mes étincelles
Une fée c'est magique en soi
Mylène Farmer - L'histoire d'une fée, c'est...