jeudi, février 15, 2007



Une question de méthode

Le piano a la Méthode Rose.
La pensée a le Discours de Descartes.

Mais la fessée ? Existe-t-il une méthode ou un discours qui pourrait servir de référence au débutant, au non-initié ? Car il faut bien le constater : au moment de lever la main, beaucoup sont désemparés. Citons cet extrait d'une lettre d'Ambroise : "Ma fiancée est très taquine. Elle ne cesse de me provoquer par de petites piques. Cela n'est jamais méchant, mais je ne sais comment répondre à ses provocations. Un jour, elle m'a lancé : "Mais qu'attends-tu pour me fesser ?" Je l'avoue, j'en ai eu le souffle coupé. Comment pouvait-elle me demander, à moi, son tendre amour, de la frapper ? Et puis, en lisant vos textes ainsi que quelques autres de la même eau, je pense avoir compris que la fessée dont elle rêve n'a rien à voir avec la violence, et qu'elle n'est en rien en contradiction avec l'amour que je lui porte. Tout de même, je me sens parfaitement incapable de la prendre au mot. Je crains d'être ridicule, maladroit."
Geneviève, elle, nous écrit : "Depuis quelques mois, j'héberge mon jeune neveu. Ses parents sont pour deux ans hors de France, et je suis censée non seulement lui offrir le gîte et le couvert, mais encore l'aider à ne pas gâcher tout à fait ses études, ce qui n'est pas une mince affaire. Moi qui était habituée à vivre en bonne intelligence avec ma solitude, me voilà confrontée à une véritable mine de paresse et de laisser-aller. Sans compter que le chenapan a un sens de la répartie qui frise l'insolence et cela me défrise. N'allez pas croire que je n'aime pas ce garçon : c'est tout le contraire. Je l'adore. Et c'est justement pourquoi j'enrage de le voir dériver ainsi. L'autre jour, il m'avait une fois de plus poussée à bout et je l'ai menacé... d'une fessée ! Croyez-moi si vous voulez, mais pour la première fois, si vous me passez l'expression, je lui ai coupé la chique ! Cela, bien sûr, m'a laissé pensive. Je me suis dit "Ma vieille, ce n'est pas le tout de menacer, si tu veux rester crédible, il te faudra bien passer à l'acte." Je vous en prie, ne vous moquez pas de moi : je ne sais tout simplement pas comment l'on s'y prend ! Monsieur, vous qui avez l'air versé dans cet art, enseignez m'en je vous en prie la manière
. Bien à vous, etc." (Merci, Geneviève, mais autant vous l'avouer : je n'ai rien d'un expert).
Théodore, lui, rêve de "devenir un virtuose de la fessée internationalement reconnu", "un Maître en matière d'improvisation, le Keith Jarrett (sic) de la fessée. "Mais", s'interroge-t-il, "par où commencer ?"

Que leur répondre ? Quel conseil leur donner ? Doit-on considérer que la fessée peut être abordée sans préparation aucune, en se fiant seulement aux capacités innées de chacune ou de chacun ? Mais Brassens ne chantait-il pas que "sans technique, un don n'est rien qu'une sale manie ?" Alors doit-on au contraire poser comme préalable à toute fessée une longue formation théorique et technique au sein de Conservatoires qui seraient dédiés à cet Art de la Paume, préparation sanctionnée par un Diplôme de Fin d'Études et de Capacité ? La réponse est sans doute, comme bien souvent, dans un juste milieu. Et si méthode il y a, elle ne doit pas être pour la spontanéité une barrière, mais un tremplin.

Aussi dirons-nous à Ambroise qu'il ne doit pas hésiter à répondre aux avances de sa fiancée. Qu'il la fesse amoureusement sans plus tergiverser, et s'il est maladroit, ils en riront tous les deux : la belle affaire !
Aussi dirons-nous à Geneviève qu'elle se fie à son instinct. Et que si d'aventure son neveu, bravant les menaces, la pousse à franchir ce Rubicon, qu'elle le fasse guidée par son affection envers lui, avec naturel et simplicité.
Et à Théodore, nous dirons qu'il doit apprendre à tempérer son ardeur, à apprendre la patience. En un mot, qu'il lui faut accepter de commencer... par le commencement !
Mais justement, me direz-vous, comment aborder ce commencement ?

Il nous faut ici revenir à la Méthode Rose. Bien peu de gens savent qu'initialement, elle a été conçue pour apprendre non pas à jouer du piano, si louable que soit ce passe-temps, mais à fesser. D'où son nom, d'ailleurs. Mais l'éditeur de monsieur Van de Velde, craignant que le public visé ne constitue une niche par trop réduite, convainquit son auteur de l'adapter à l'art pianistique. On connaît la suite : le détournement fut une réussite, et le succès fut au rendez-vous.

Or il existe, tout au fond d'un corridor sombre de la Bibliothèque Nationale (je parle bien sûr des bâtiments de la rue Richelieu), une petite porte dérobée. Cette porte ouvre sur une salle exiguë, poussiéreuse, avec pour tout éclairage une simple lucarne voilée de toiles d'araignées bibliophiles. Bref, une salle qui a tout d'un débarras. C'est sans doute pour cela que son contenu fut tout simplement oublié lors du Grand Déménagement de 1994. Il se trouve que nous nous sommes il ya peu trouvés devant cette porte. Il se trouve que nous l'avons ouverte, et que nous sommes entrés dans cette salle. Il se trouve que nous y avons trouvé des trésors.

Parmi ces trésors, le manuscrit original de la "Méthode Rose - Première Année de Fessée."
La grande fragilité de ce document nous a interdit de le manipuler plus que nécessaire, et il ne nous a pas été possible d'en réaliser des photostats. Mais nous avons obtenu des araignées bibliophiles l'autorisation de le consulter à loisir. Nous en avons recueilli la substantifique moelle, et au cours des semaines à venir, ici même, nous en transmettrons l'essentiel à notre lectorat avide de savoir. En espérant que ce travail sera de quelque utilité à tous les Ambroise, toutes les Geneviève, et tous les Théodore de France, de Navarre, et d'ailleurs.

© Amour Cuisant 2007

4 commentaires:

Elle a dit…

Combien judicieux sont vos conseils ! On ne fesse bien qu'avec amour et l'essentiel est d'apprivoiser la méthode progressivement... on dirait du Saint-Ex !
Pour que le rose soit beau et bon, l'important n'est-il pas que l'instrumentiste et l'instrument s'accorde sur le "Là" qui leur appartienne en propre ?

amourcuisant a dit…

Merci à vous. Oui, il convient que la main comme l'instrument soient bien tempérés. Pour que le rose soit beau, bon, et flamboyant comme le pelage du renard.

Kate a dit…

J'attends avec impatience ...

amourcuisant a dit…

Kate, je vous promettrais bien de faire au plus vite, mais l'attente, vous le savez bien, est un préambule essentiel à notre brûlant sujet d'étude :-)