mercredi, mars 14, 2007

Où y a pas d'gégène, y a pas d'plaisir :
De Tintin en Amérique à Torquemada au Pays de l'Ordre Nouveau


Ayant découvert il y peu l'existence de l'agent Jack Bauer, je dois reconnaître que, comme beaucoup semble-t-il, j'ai dévoré les petites galettes DVD avec une indéniable gourmandise.
Et pourtant, à mesure que passaient les "Saisons", le malaise est allé grandissant.
Au Printemps, Jack est un gentil garçon confronté à des représentants sans scrupules de l'Axe du Mal, avec pour compliquer un peu la situation quelques jeux de pouvoirs au sommet de l'état et des traîtres qui parlent américain comme s'ils avaient toujours mâché du chewing-gum et pas des rahat loukoums. Jack leur colle des baffes et ça leur remet les idées en place. C'est un peu Tintin qui aurait piqué la potion magique d'Astérix. Il y a bien une petite scène de torture, mais on comprend que c'est vraiment passqu'on peut pas faire autrement et de toute façon la saison est bientôt finie.
En Été, Jack est un garçon qui a perdu son rasoir. Cette fois il est confronté à des représentants sans scrupules de l'Axe du Mal, avec pour compliquer un peu la situation quelques jeux de pouvoirs au sommet de l'état et des traîtres qui parlent américain comme s'ils avaient toujours mâché du chewing-gum et pas des rahat loukoums. Tintin peut aller se rhabiller. Astérix, ta potion magique, tu peux te la garder, on a la recette de l'Agace Chakhra et du Penthotal au Curare, c'est 'ach'ment plus rigolo.
En Automne, Jack ne quitte plus ses lunettes de soleil et décide de continuer à être mal rasé. Il est confronté à des représentants sans scrupules de l'Axe du Mal, avec pour compliquer un peu la situation quelques jeux de pouvoirs au sommet de l'état et des traîtres qui parlent américain comme s'ils avaient toujours mâché du chewing-gum et pas des rahat loukoums. Il roule en 4x4 surélevé ou en Hummer, et merde à Kyoto. Il tire avant de causer, ce qui lui fait gagner un temps précieux. Et quand lui ou un de ses copains décident d'employer la torture, plus personne ne vient faire de chichis. Nan mais, on n'est pas des lavettes !
En Hiver, Jack devient franchement impoli. Il ne tient plus la porte aux dames et on voit bien qu'il n'hésiterait pas longtemps avant de se moucher dans sa manche. Il est confronté à des représentants sans scrupules de l'Axe du Mal, avec pour compliquer un peu la situation quelques jeux de pouvoirs au sommet de l'état et des traîtres qui parlent américain comme s'ils avaient toujours mâché du chewing-gum et pas des rahat loukoums. Désormais, afin de ne plus perdre de temps en bavardages inutiles, la torture est non seulement normale, admise par tous, mais utilisée de façon systématique, à peu près à chaque épisode. Elle fait partie du "job". Elle est même utilisée, rationalisme oblige, de manière préventive : "On va la torturer, comme ça on verra bien si elle a quelque chose à dire." Les personnes torturées alors qu'elles étaient innocentes ne mouftent pas après coup(s), comme si se faire électriser et arracher les dents à vif par ses collègues de bureau était la chose la plus naturelle au monde. On comprend que Nietzsche Prisunic n'est pas
loin : "Quand tu vas au renseignement, n'oublie pas ta gégène." À moins que ce ne soit "Torture le suspect : si tu ne sais pas pourquoi, lui le sait." On assiste même à cette scène merveilleuse de Patriot Actisme : un ministre du gouvernement américain demande que son fils soit torturé pour être sûr qu'il ne fait pas de la rétention d'information. Édifiant. Ce n'est plus Tintin au Nouveau Monde, c'est Torquemada au Pays de l'Ordre Nouveau.
Bon, tout compte fait, je me demande si ne je vais pas revenir à "Ma Sorcière Bien Aimée". Ou "Belle et Sébastien" ?

Eh, monsieur Zimmerman, chante nous une chanson
Dis-nous que t'inquiète la sombre forêt où s'enfonce ton pays.

3 commentaires:

AURORA a dit…

Et encore, mon bon Monsieur, je ne vous dis pas ce qu'ils ont fait de la bataille des Thermopyles et de Léonidas à travers le film à sortir mercredi "300" pour lequel j'ai eu une avant-première et la mauvaise idée d'amener mon Petitou!
Gens dépecés, éventrées, têtes qui volent, sang qui gicle...Et un cri en ritournelle horrible à entendre " This is Spartaaaaaaahhhhhhhhh".
Bon, d'accord, on est sortis avant la fin.
Mais je crois que nous n'avons rien perdu.
Et dire que c'est la représentation d'Eros qui est menacée d'être interdite aux mineurs!

AURORA a dit…

"éventrés" au masculin: il s'agit, bien sûr, des guerriers...

amourcuisant a dit…

Aurora, c'est à ses tabous que l'on peut aussi juger une société. De toute évidence, la représentation de la violence extrême, de la barbarie et de la cruauté ne sont pas des tabous dans notre société. Et pourtant, cette représentation n'est-elle pas éminemment pornographique, au sens de l'avilissement qu'elle banalise et qu'elle impose à peu près quotidiennement au (télé)spectateur ?