mardi, juin 26, 2007

Fessées des Pyrénées : une cueillette mouvementée !
Exclusif : en direct de Bellelune.

La semaine dernière, Philopyge, en faisant une apparition aussi brève que remarquée, s’est rappelée au bon souvenir des habitants du petit village de Bellelune, au cœur du Parc Naturel des Pyrénées. Philopyge, rappelons-le, est une splendide fessée slovène qui a été introduite dans le Parc il y a quelques années dans le cadre du programme de réacclimatation des fessées dans les Pyrénées et le Mercantour. Pourquoi une fessée slovène ? Il paraît que ce sont les plus proches parentes de nos fessées françaises aujourd’hui et depuis longtemps disparues. Car après avoir été le sujet de mille contes et légendes, après avoir été admirées, vénérées pendant des siècles, les fessées de France ont été chassées
impitoyablement. Chassées au vrai sens du terme, mais aussi symboliquement chassées du piédestal qu’elles occupaient dans notre imaginaire par un autre animal au pelage roux, le goupil. On a pu encore les voir pendant un certain temps, triste spectacle, dans des cirques ambulants. Et lorsqu’elles eurent pour tout de bon disparues, l’on s’aperçut... qu’elles manquaient ! Et l’on alla chercher des fessées slovènes pour remédier à notre incurie.


Pour en revenir à l’incident de la semaine dernière, quand la nouvelle a été connue du grand public, les polémiques nées lors de la réintroduction des fessées ont flambé à nouveau :

- Inadmissible, c’est un retour d’un siècle en arrière, a notamment déclaré mademoiselle Pinça Sukre, la très active présidente de l’association “Arrêtons les fessées”.

- Cette attitude est absurde : les fessées ne peuvent en rien nuire à l’équilibre écologique, au contraire, elles lui sont indispensables, lui rétorque monsieur Aupinsec, président du collectif “Une Bonne Fessée N’a Jamais Fait de Mal à Personne”.

Et monsieur Hallaux, vice-président du même mouvement, d’ajouter :

- De toute façon, elles auraient un jour ou l’autre fait leur réapparition en passant par l’Italie. Nous n’avons fait qu’anticiper un mouvement de balancier naturel.

- Et on ne rappellera jamais assez qu’une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne, insiste monsieur Aupinsec avec conviction.


Une chose est sûre, beaucoup sont inquiets pour la sécurité de Philopyge, et certains parlent même d’albicocos empoisonnés au sucre glace qui auraient été placés ça et là sur le parcours des fessées. Une fessée qui tomberait dans le piège et mangerait l’albicoco serait immédiatement transformée en bisou. Il est vrai que les esprits sont surchauffés, surtout depuis l’incident de la semaine dernière. C’est monsieur Barbotin lui-même, le héros bien involontaire de cette aventure, qui nous raconte :

- Je me promenais. En fait, je suis botaniste, et je cherchais des Valeria Brunii, qui sont très belles en cette saison, afin de les photographier, puisque leur cueillette est interdite. À un moment, j’arrive dans une clairière, et là, au piquet contre un châtaignier, je vois un petit lapin qui avait le derrière rouge ! Au même moment, j’entends un bruit de branchages, je me retourne, et de l’autre côté de la clairière, apparaît une énorme fessée. Elle s’immobilise, mais elle m’avait vu. J’ai fait demi-tour et j’ai couru, couru comme un fou. Je n’osais pas me retourner, je l’entendais me poursuivre, j’entendais les battements de ses ailes qui se rapprochaient, se rapprochaient... La dernière fois que j’ai vécu cela, c’est en 1967, quand j’ai été surpris en train de dessiner des Sophia Lorensi au lieu de recopier ma leçon de morale.


Monsieur Barbotin a finalement trouvé refuge... dans la maison du Maire de Bellelune ! Laissons le dernier mot à monsieur le Maire, en espérant que tout le monde saura entendre la voix de la raison :

- Il y a eu plus de peur que de mal. Je pense que cette fessée a seulement voulu faire peur à monsieur Barbotin, car si elle l’avait voulu, elle l’aurait rattrapé sans difficulté. Par ici, les gens sont un peu inquiets car on a vu à quelques reprises des fessées s’approcher des maisons. Mais il ne faut pas oublier qu’elles n’entrent jamais si elles n’y sont pas invitées.

Dont acte. Merci monsieur le Maire.

En direct de Bellelune, fin de ce reportage, à vous les stu... mais attendez !

Attendez car voici une très jeune fille qui semble vouloir nous dire quelque chose. Je vais lui tendre le micro :

- Comment t’appelles-tu, jeune fille ?

- J’m’appelle Boucle Brune.

- C’est un très joli nom. Et tu veux nous dire quelque chose, Boucle Brune ? Tu as peur de la fessée, toi aussi ?

- Oui, enfin nan, mais une fois j’en ai vu une.

- Vraiment ? Veux-tu nous raconter cela ?

- Ben c’est quand on est allé avec Boucle d’Or, Boucle d’Or c’est ma cousine, et pis j’suis allée avec elle dans la montagne.

- Tu es allée dans la montagne avec ta cousine ? Et pour quoi faire ?

- Passque Boucle d’Or elle voulait me montrer les trois ours !

- Et... vos parents vous ont laissées aller seules dans la montagne à la recherche de trois ours ?

- Ben oui, y nous ont laissées, passqu’on leur a pas dit qu’on y allait !

- Vous avez vu les ours ?

- Nan ! Y zétaient pas là. Mais on s’est assis dans leurs chaises, on a mangé leur soupe, et pis on a dormi un peu dans leurs lits, et pis on est rentré tard à la maison
- Et dans la montagne, comme monsieur Barbotin, vous avez vu une fessée ?

- Nan, c’est le soir, à la maison, qu’on l’a vue.

- Peux-tu nous la décrire ?

- Ben y a ma mère qu’y m’appelle, alors j’vous raconterai une autre fois.
Et en effet, une dame appelle notre jeune interlocutrice depuis la fenêtre d’une maison voisine, lui rappelant que le dîner est servi, et la prévenant qu’elle va bientôt descendre la chercher, ce que notre jeune interlocutrice ne semble pas souhaiter. Nous n’en saurons donc pas plus pour l’instant sur cette intéressante anecdote.

En direct de Bellelune, à vous Cognacq-Jay.


En complément de ce reportage sur le vif, une courte interview du Professeur Shoubidoua, spécialiste incontestable et incontesté du sujet :

A.C. : Professeur, sans langue de bois, les fessées sauvages en liberté dans le Mercantour et les Pyrénées représentent-elles un danger pour les promeneurs ?

Prof. Shoubidoua : J’ai envie de vous répondre : le requin n’attaque pas l’homme.

A.C. : Ne craignez-vous pas, à l’instar du Commandant Cousteau, de pécher par excès d’optimisme ?

Prof. Shoubidoua : Je voulais dire qu’à choisir entre une fessée, même sauvage, et un Grand Blanc...

A.C. : Vous auriez donc tendance à minimiser le risque. Iriez-vous jusqu’à approuver un mouvement tel que celui de messieurs Aupinsec et Hallaux ?

Prof. Shoubidoua : Certainement pas. Mon approche ne peut être que celui du scientifique, de l’observateur, et je me refuse à entrer dans un débat de nature sociologique.

A.C. : Professeur, au jour d’aujourd’hui, pouvez-vous affirmer que c’est sans appréhension particulière que vous partiriez en randonnée sur les sentiers aux alentours de Bellelune ?

Prof. Shoubidoua : Dans la mesure où j’ai bien recopié ma leçon de morale, oui, j’irais sans appréhension aucune.

A.C. : Professeur, merci pour cet entretien.

© Amour Cuisant 2007

Aucun commentaire: