vendredi, juin 29, 2007

Pourtant, que la montagne est belle...
Exclusif : en direct de Bellelune.

Paraphrasant le poète, on pourrait oser :
"Pourtant, que la montagne est belle

Comment peut-on s'imaginer

En voyant un vol d'hirondelles

Que nous guette une fessée ?"

La semaine dernière, Philopyge, elle, a osé ! En faisant une apparition aussi brève que remarquée, elle s’est rappelée au bon souvenir des habitants du petit village de Bellelune, au cœur du Parc Naturel des Pyrénées. Philopyge, rappelons-le, est une splendide fessée slovène qui a été introduite dans le Parc il y a quelques années dans le cadre du programme de réacclimatation des fessées dans les Pyrénées et le Mercantour. Pourquoi une fessée slovène ? Il paraît que ce sont les plus proches parentes de nos fessées françaises aujourd'hui disparues.


Pour en revenir à l’incident de la semaine dernière, quand la nouvelle a été connue du grand public, les polémiques nées lors de la réintroduction des fessées ont flambé à nouveau :

- Inadmissible, c’est un retour d’un siècle en arrière, a notamment déclaré mademoiselle Pinsa Sukre, la très active présidente de l’association “Arrêtons les fessées”.
Comme on pouvait s'y attendre, la réaction de messieurs Aupinsec et Hallaux, du
mouvement “Une Bonne Fessée N’a Jamais Fait de Mal à Personne”, ne s'est pas faite attendre :
- Cette attitude est absurde : les fessées ne peuvent en rien nuire à l’équilibre écologique, au contraire, elles lui sont indispensables, rétorque monsieur Aupinsec.
Et monsieur Hallaux d’ajouter :

- De toute façon, elles auraient un jour ou l’autre fait leur réapparition en passant par l’Italie. Nous n’avons fait qu’anticiper un mouvement de balancier naturel.

- Et on ne rappellera jamais assez qu’une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne, insiste monsieur Aupinsec avec conviction.


Une chose est sûre, beaucoup sont inquiets pour la sécurité de Philopyge, et certains parlent même d’albicocos empoisonnés au sucre glace qui auraient été placés ça et là sur les sentiers fréquentés par les fessées. Une fessée qui tomberait dans le piège et mangerait un de ces albicocos serait immédiatement transformée en bisou. Il est vrai que les esprits sont surchauffés, surtout depuis le fameux incident. Monsieur Barbotin, qui en a été le héros bien involontaire, nous raconte :

- Je me promenais dans la montagne. En fait, je suis botaniste, et je cherchais des Valeria Brunii, qui sont très belles en cette saison, afin de les photographier, puisque leur cueillette est interdite. À un moment, je vois un vol d'hirondelles, et juste après j’arrive dans une clairière, et là, au piquet contre un châtaignier, je vois un petit lapin qui avait le derrière tout rouge ! Au même moment, j’entends un bruit de branchages, je me retourne, et de l’autre côté de la clairière, apparaît une énorme fessée. Elle s’immobilise, mais elle m’avait vu. J’ai fait demi-tour et j’ai couru, couru comme un fou. Je n’osais pas me retourner, je l’entendais me poursuivre, j’entendais les battements de ses ailes qui se rapprochaient, se rapprochaient... C'était terrible ! La dernière fois que j’ai vécu cela, c’est en 1967, quand j’ai été surpris en train de dessiner des Sophia Lorensi au lieu de recopier ma leçon de morale.


Monsieur Barbotin a finalement trouvé refuge... dans la maison du Maire de Bellelune ! Laissons le dernier mot à monsieur le Maire, en espérant que tout le monde saura entendre la voix de la raison :

- Il y a eu plus de peur que de mal. Je pense que cette fessée a seulement voulu faire peur à monsieur Barbotin, car si elle l’avait voulu, elle l’aurait rattrapé sans difficulté. Par ici, les gens sont un peu inquiets car on a vu à quelques reprises des fessées s’approcher des maisons. Mais il ne faut pas oublier qu’elles n’entrent jamais si elles n’y sont pas invitées.

Dont acte. Merci monsieur le Maire.

En direct de Bellelune, fin de ce reportage, à vous les stu... mais attendez, attendez un instant !

Attendez car voici une jeune fille qui semble vouloir nous dire quelque chose. Je lui tends le micro :

- Bonjour, jeune fille.
- Bonjour m'sieur.

- Tu veux nous dire quelque chose ? Tu as peur de la fessée, toi aussi ?

- Oui, enfin nan, mais une fois j’en ai vu une.

- Vraiment ? Veux-tu nous raconter cela ?

- Ben une fois, avec Boucle d’Or, Boucle d’Or c’est ma cousine, et pis eh ben j’suis allée avec elle dans la montagne.

- Tu es allée dans la montagne avec ta cousine ? Et pour quoi faire ?

- Passque Boucle d’Or elle voulait me montrer les Trois Ours !

- Et... vos parents vous ont laissées aller seules dans la montagne à la recherche de trois ours ?

- Ben oui, y nous ont laissées, passqu’on leur a pas dit qu’on y allait !

- Vous avez vu les ours ?

- Nan ! Y zétaient pas là. Mais on s’est assis dans leurs chaises, on a mangé leur soupe dans leurs bols, et pis on a dormi un peu dans leurs lits, et pis on est rentré tard à la maison
- Et dans la montagne, comme monsieur Barbotin, vous avez vu une fessée ?

- Nan, c’est le soir, à la maison, qu’on l’a vue.

- Vraiment ? Et peux-tu nous la décrire ?

- Ben y a ma mère qu’y m’appelle, alors j’vous raconterai une autre fois.
Et en effet, une dame appelle notre jeune interlocutrice depuis la fenêtre d’une maison voisine, lui rappelant que le dîner est servi, et la prévenant qu’elle va bientôt descendre la chercher, ce que notre jeune interlocutrice ne semble pas souhaiter. Nous n’en saurons donc pas plus pour l’instant sur cette intéressante anecdote.

En direct de Bellelune, à vous Cognacq-Jay.


En complément de ce reportage sur le vif, nous vous vous proposons le point de vue du Professeur Shoubidoua, spécialiste incontestable et incontesté du sujet :

A.C. : Professeur, sans langue de bois, les fessées sauvages en liberté dans le Mercantour et les Pyrénées représentent-elles un danger pour les promeneurs ?
Prof. Shoubidoua : J’ai envie de vous répondre : le requin n’attaque pas l’homme.

A.C. : Ne craignez-vous pas, à l’instar du Commandant Cousteau, de pécher par excès d’optimisme ?

Prof. Shoubidoua : Je voulais dire qu’à choisir entre une fessée, même sauvage, et un Grand Blanc...

A.C. : Vous auriez donc tendance à minimiser le risque. Iriez-vous jusqu’à approuver un mouvement tel que celui de messieurs Aupinsec et Hallaux ?

Prof. Shoubidoua : Certainement pas. Mon approche est celle du scientifique, de l’observateur, et je me refuse à entrer dans un débat de nature sociologique.

A.C. : Professeur, au jour d’aujourd’hui, pouvez-vous affirmer que c’est sans appréhension particulière que vous partiriez en randonnée sur les sentiers aux alentours de Bellelune ?

Prof. Shoubidoua : Dans la mesure où j’ai bien recopié ma leçon de morale, oui, j’irais sans appréhension aucune.

A.C. : Professeur, merci pour cet entretien.

© Amour Cuisant 2007

8 commentaires:

Meliemelo a dit…

Ben moi qui suis slovène d'origine j'en reste... baba.... mais quoi qu'il en soit vive la zadnjici !

amourcuisant a dit…

Mélie, pouvez-vous nous confirmer cet apparentement entre fessées slovènes et
françaises ?
La zadnjici... siouplaît, dites-nous ce que c'est ?
Et pas trop de rhum !

Meliemelo a dit…

C'est la fessée. Et on ne se moque pas !
(il y a même plusieurs mots d'ailleurs).
Je confirme. Votre récit est tout à ait juste, quasi scientifique et remarquablement documenté.
Du reste, j'ai ouï dire que certains avaient réussi à capturer un fessée, et même à lui faire très très mal aux ailes, tout en prétendant qu'ils s'étaent cru en danger en la voyant !
Comme si une fessée pouvait faire mal... Pfffff... Ce qu'il ne faut pas entendre !

(surtout les slovènes, elles sont très gentilles).
Il y aurait même eu une tout petite fessée qui est restée longtemps isolée, la pôôôvreu, voletant comme elle pouvait pour chercher des coquelicots, des fraises sauvages, enfin tous ces genres de trucs qui auraient pu la faire devenir grande et lui permettre de garder ses couleurs.
Il étai grand temps que quelqu'un réhabilite la fessée slovène afin qu'on la laisse tranquillement vivre en France. Merci !

amourcuisant a dit…

Nous nous garderons bien de nous moquer !
Ah, vous avez remarqué vous aussi que les fessées aimaient les fruits rouges :-)

Artemis a dit…

Dire que j'avais loupé cette ballade pyrénéenne ...
Il faudra quand même que cette demoiselle , cousine de Boucle d'or nous en dise davantage, vu qu'elle semble connaitre de près la zadnjici !!! Voilà bien que je vais appreendre le slovène moi ....

Elle a dit…

Alors mince ... je pars en Alsace juste au moment où l'on confirme la présence de fessée sauvage dans mon sud ??!!!
Orage (lointain), o des espoirs (me serait-il permis ?) que là-bas comme ici la fessée sorte enfin d'hibernation !?

amourcuisant a dit…

Artemis, si vous partez dans la montagne, n'oubliez pas votre cache-nez.

amourcuisant a dit…

Elle, l'écho lointain de l'orage n'est-il pas le plus beau des espoirs ?