lundi, décembre 24, 2007

Le temps des bulles

"L'amour, mon vieux,
C'est tout comme

Du bubble, bubble gum."

Serge Gainsbourg

Voici venu le temps des bulles, et l'occasion de leur rendre hommage.
N'étant pas enclin à la fainéantise, enfin juste un peu, nous ne ferons que citer la bulle que l'on coince.
Nous laisserons la bulle phylactère aux férus de B.D., et la bulle papale aux dévots, vrais ou faux.
Nous en arrivons à la bulle de savon. Magique, elle naît d'un souffle. Elle apparaît, solitaire ou en chapelet, au bout d'un calumet de plastique coloré.
- Papa, j'y arrive pas...
- Donne-moi ça. Là, regarde. Il ne faut pas souffler trop fort.
- OUAHHH ! La belle ! Regarde, regarde, regarde ! Et là, toutes les petites !
Irisée, elle flotte comme une pensée joyeuse, elle fait le tour de la cuisine. On attend l'inévitable accident, le frisson, la rencontre avec l'iceberg qui la fera éclater. C'est un frisson gratuit. Nulle vaisselle ne sera cassée, et aussitôt on pourra recommencer. Et s'il fait beau, pourquoi ne pas aller dehors ? Dans le jardin, la bulle de savon s'échappe vers la liberté, comme un oiseau s'envole de la cage ouverte. Elle hésite, échappe aux épines du rosier, se laisse attirer par le bleu du ciel.
- Elle monte elle monte elle monte ! On la voit plus ! Elle est aussi haut que les avions ! À moi, donne !
- Attends, voyons ce que sait faire maman.
- OUAIS ! À toi m'man !
La bulle de savon est propice à l'harmonie familiale, aux jeux et aux ris. Bref, la bulle de savon, vous l'aurez compris, a toute notre sympathie.

Peut-on en dire autant de la bulle suivante ? J'ai nommé, la bulle de bubble gum. Celle-là, c'est un drôle de numéro. Elle est sans fioritures, pas question de nuances irisées dans son cas. Et pourtant, elle se mérite. Il faut en mâcher, des bubble gum, il faut en passer, du temps à faire de misérables petits pets du bout de la langue, avant d'arriver enfin à la PREMIÈRE BULLE RÉUSSIE. Cette première bulle a valeur initiatique. Il y a la vie avant et après la première bulle. Avant, on se dit, "coûte que coûte, j'y arriverai". Parfois on désespère, "il faut se rendre à l'évidence, c'est trop difficile." Jusqu'au jour, jusqu'au moment où enfin, ça marche ! Que dire de ce que l'on éprouve à ce moment-là ? Sans doute ce que l'apprenti sorcier éprouve lorsqu'il réussit son premier sortilège. On recommence, pour être sûr que l'on maîtrise vraiment enfin la chose. Pas de doute. Cette fois, on sait. Dès lors, nul besoin de pratiquer en permanence cet art nouvellement acquis. Il suffit de savoir que l'on sait, que l'on peut, le moment venu, faire une bulle. On sais, on peut, si les circonstances l'exigent, la faire gonfler comme la grenouille de la fable. Faire gonfler la grenouille rose jusqu'à éclatement : tel est notre nouveau pouvoir. Autre chose. On a bien remarqué que cet art suscitait la désapprobation de notre entourage. La bulle de bubble gum est une provocation. Elle est impertinente. On peut imaginer que si l'insolence décidait un jour de se faire bulle, nul doute, elle choisirait la bulle de bubble gum. Nous tenons là un moyen d'exprimer l'insoumission et la révolte. Un moyen beaucoup plus aisé à mettre en œuvre que le déploiement d'un encombrant drapeau rouge ou noir sur la marmite. Et attention, on ne plaisante pas ! On tient là une arme véritable. On n'est plus dans le monde du pistolet à bouchon : c'est de pistolet à plomb dont il s'agit. Car la bulle de bubble gum peut blesser. On apprend vite à quel point, bien utilisée, elle peut faire rapidement monter la pression. C'est un fleuret non moucheté. Il y a parfois danger à l'utiliser, et ce danger fait toute sa saveur, toute sa valeur. Il faut être subtil, savoir ne pas aller trop loin. Cela requiert la finesse et l'audace d'un pilote de Formule 1. Et gare à celle ou à celui qui appuiera trop sur le champignon, qui ne saura pas négocier le traître virage. La bulle de bubble gum, ronde pâleur rose. L'éclatement de trop, ce bruit de claque sur une peau nue. On a là tous les éléments susceptibles de suggérer, voire, fuyons s'il en est encore temps, de provoquer une réaction qui fera écho en tout point à l'action. Mais que serait la bravoure sans l'odeur de la poudre ? Quand on vous disait qu'on jouait là aux apprentis sorciers. Et bien plus tard, on saura rappeler à l'amoureuse les dangers du bubble gum. Des dangers, allez savoir comment, devenus délicieux.

Nous ne nous quitterons pas sans que je vous souhaite à toutes et tous une Joyeuse Fête de Noël, avec beaucoup de chaleur et d'amour. Soyez prudents si vous décidez d'utiliser malgré tout un bubble gum.
Et à présent, place aux bulles de nos vins de Champagne !

© Amour Cuisant 2007
Photographie : American Apparel

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