jeudi, décembre 06, 2007

Éloge de l'éloge

En ce jour de Saint-Nicolas, le débat fait rage sur les ondes et dans les journaux de France : pour ou contre la fessée ? On peut dire que l’Union des familles en Europe a bien choisi son jour pour publier son étude. Le Père Fouettard va être tellement occupé à faire sa revue de presse qu’il va en oublier d’aller distribuer ses coups de martinet. C’est toujours ça de gagné !
Mais ce n’est pas de cette fessée-là que je veux parler. Je veux bien sûr parler de l’autre, celle dont un jour Jacques Serguine a fait l’éloge. J’ai lu à propos de son livre une intéressante critique chez
  • Écrits Pourpres.
  • Intéressante, mais me semble-t-il bien sévère. Vous me direz que c'est la moindre des choses d'être sévère lorsque l'on critique l'éloge de la fessée. Tout de même, j'ai eu envie d’y répondre par quelques commentaires. Après tout, le jour semble bien choisi. La première fois que j’ai entrevu le livre “Éloge de la fessée”, c’était sur un tourniquet de librairie de gare, il y a bien longtemps. J’étais fort jeune à l’époque. Il s’agissait de l’édition de poche, celle qui a en couverture la très belle photo de Walter Carone. Je n’en ai pas cru mes yeux. Est-ce que j’avais bien lu le titre ? Je savais qu’il existait un “Éloge de la folie”, mais de la fessée ? Il faut dire que, n’en déplaise aux pycho-quelque-chose de tout poil et de tout acabit, et tant pis pour la bien-pensance, j’ai cette fascination pour la fessée en moi depuis l’enfance. Et que depuis l’enfance j’éprouve un trouble délicieux à la croiser dans un livre, au détour d’une page. Bon, à cette époque, je n’étais plus un enfant, je vous rassure. J’étais étudiant. Et jusqu’à ce jour, je n’avais fait avec la fessée littéraire que des rencontres très fortuites et très limitées. Je m’étais promis mille délices de la lecture de Sade et de Pauline Réage : je me suis vite rendu compte que j’avais frappé à la mauvaise porte en ouvrant leurs livres, lesquels me sont rapidement tombés des mains. Non, je ne cherchais pas de donjons, de chaînes ou de fouets. Je ne cherchais qu’un retroussis de jupes et un joli derrière rosissant sous quelques claques sonores et joyeuses. Mais il fallait bien se rendre à l’évidence : il était plus facile de trouver dans la littérature l’ombre des donjons et le cuir des fouets que l’éclat printanier d’une fessée champêtre. Tout simplement, je ne cherchais pas au bon endroit, mais cela évidemment, je ne le savais pas encore. Bref. Donc, l’Éloge de la fessée. J’ai fini bien sûr par oser l’acheter. Et cette fois, le livre ne m’est pas tombé des mains. Certes, l’auteur a ses côtés agaçants, et je n’ai jamais partagé son goût de la systématisation de la fessée. J’aime trop la fessée improvisation, la fessée jazz, pour admettre que la fessée devrait avoir son jour, comme le poisson. Mais il n’empêche. Ce livre contient quelques passages admirables. La fessée nocturne de Michèle en est un, sans doute mon préféré. Plus loin, les considérations gourmandes sur le déculottage sont un régal : ce pantalon qui évoque “une pâtisserie, mélange indécis et imprécis de sorbet et de tarte couverte à l’italienne.” Le pantalon sera baissé, la culotte aussi, et à la fin, le derrière de Michèle aura pris “la couleur émue, veloutée et brûlante d’une framboise claire dans le soleil.” Non, je n'ai pas adopté la méthode proposée. Mais oui, j’ai pris un très grand plaisir à sa lecture. Serguine a beaucoup écrit, et parmi ses érotiques, les deux derniers parus me semblent pour le moins sujets à polémique, puisque s’y court-circuitent deux univers qui n’étaient pas destinés à se rejoindre, celui justement de l’Éloge, et celui de fantasmes sans doute venus de fort loin (peut-être de fort lointaines blessures ?), et qui avaient été exprimés avec talent dans “Cruelle Zélande” ou dans “Délit du corps”. Mais c’est là une autre histoire.
    Et puis, ne doit-on pas être reconnaissant à Serguine de s’être mouillé le premier ? Car à l’époque, la fessée littéraire n’était pas encore à la mode, loin s’en faut. Elle était reléguée sous le manteau, et Pierre Mac Orlan n’a pas été le seul à en parler avec art, mais sous pseudo. Pour Joë Bousquet, combien a-t-il fallu attendre avant que ne soit enfin publié “Le cahier noir”, pourtant un texte magnifique, mais qui semble-t-il était entaché pour les ayants droit d’une suspicion de... De quoi au fait ? De ridicule ? D’infantile ? D’inadmissible ? D’innocence trop manifeste pour être littérairement bien portée ? Alors oui, on peut être reconnaissant à Serguine de s’être mouillé, de s’être livré aussi intimement. D’avoir réussi à publier un livre qui porte un si joli titre. Et lui être reconnaissant aussi de l’objet lui-même, car avant même d’être ouvert, ce livre est une curiosité qu’il m’enchante toujours autant d’entrevoir dans un rayon de librairie, sous l'un de ses trois habits.

    7 commentaires:

    Elle a dit…

    Plus qu'honorable votre défense de l'Eloge, Monsieur amourcuisant, on se prêterait à penser que nous n'avons pas lu le même ouvrage tant vous en soulignez les passages les plus alléchants. Mais l'oeuvre est loooongue et quand mon D. m'en fit la lecture à haute voix (une forme de partage au goût d'enfance que nous aimons bien), je dois confesser que je la trouvais plutôt rébarbative. Qu'est-ce à dire ? Peut être simplement que l'écriture de cet Eloge ne supporte pas le temps.... vieillie ? Oui peut être... et la nostalgie ne peut la sauver toujours.... Mais vous, vous êtes parfait en hérault ! sourire

    Aquarelle a dit…

    Bonjour cher Amour Cuisant
    Je suis heureuse d'avoir trouvé le lien qui m'a de nouveau amenée chez vous , sur votre joli site ...
    Je vois que vous êtes toujours un passionné , j'en suis ravie et je vous remercie de nous faire partager votre amour de la fessée

    amourcuisant a dit…

    Elle, je vous imagine bien partageant cette lecture, et peut-être du pain et du chocolat. Bien cachés sous les couvertures, éclairés par une lampe de poche :-)

    amourcuisant a dit…

    Aquarelle, quelle bonne surprise ! Il faudra que vous me passiez des idées de recettes pimentées pour le réveillon :-)

    sarahh a dit…

    Aquarelle a toujours pleins d'idées derrière la tête et derrière les.....euh..fesses.
    Sinon, pour le réveillon, nous avons opté pour une fessée au champagne rythmée sur les douze coups de minuit.

    un bonjour à Aqua et à vous même monsieur

    amourcuisant a dit…

    Sarahh, et si partout, en s'inspirant de vous, à minuit, sous le gui, au lieu de baisers, on échangeait des fessées ? Le réveillon serait autrement plus pittoresque :-)

    sarahh a dit…

    tout à fait d'accord, et puis le rouge va à merveille en cette période.
    pour parler du livre "éloge de la fessée", je ne peux donner mon avis car pas encore lu, mais en curieuse que je suis je vais essayer de me le procurer .