jeudi, janvier 25, 2007
















Conte d'Hiver

J'ai besoin de cette lumière

Descendue droit du Labrador

Et qui fait neiger sur l'hiver

Des roses bleues, des roses d'or

Daniel Thibon -
Je reviendrai à Montréal


Le général Hiver est maussade. L'offensive qu'il avait si longuement
préparée, planifiée, peaufinée, la Grande Offensive du 24 Janvier, n'a finalement pas été le succès escompté. Les myriades de flocons de neige sont trop vite rentrés dans leurs casernements de nuages. Les congères n'ont barré les voies de communication que pour quelques heures. Le Froid n’a paralysé le pays que bien trop brièvement. Oui, il y a de quoi être maussade. Le général déboucle son ceinturon, pose son grand sabre stalactite d'apparat sur l'imposant bureau de glace. Il soupire, passe pensivement la main dans sa majestueuse barbe blanche. Le réchauffement de la planète ! Si on lui avait dit il y a seulement trois mille ans qu'une telle élucubration prétendrait un jour devenir réalité... Le réchauffement de la planète ! Et l'effet de serre ! Des serres, le général en a de très grandes. Il y cultive des roses du désert, ici, au cœur de l'immensité glacée. Mais quel rapport ont les serres avec le réchauffement de la planète ? Ah, décidément, les humains ne respectent plus rien. La bataille à la loyale n'est plus possible. Et les enfants ? Pensent-ils aux enfants ? Au petit garçon, dont la luge se morfond au garage depuis tant de saisons ? À la petite fille, qui n'a presque jamais le droit de sortir du placard le bonnet et l'écharpe colorés qu'elle aime tant arborer dans la cour de récré ? Non, les humains ne respectent plus rien. Le général soupire encore une fois. Il fronce le sourcil. Quel est ce raffut ? Cela vient du dortoir, à l'étage. Ma parole, mais que se passe-t-il ? Le dégel ? Déjà ? À moins que...
Ah oui, il faut vous dire ici que les trois filles du Père Noël passent chaque année le mois de janvier chez le général. Après la période des Fêtes et le Grand Inventaire qui lui fait suite, le Père Noël est tellement épuisé qu'il ne lui reste plus guère d’énergie pour veiller sur elles, et il les confie ainsi depuis des lustres à son vieil ami le général. Mais à une heure pareille, elles devraient dormir. À moins que... se dit le général en fronçant de plus belle le sourcil... À moins que les coquines ne soient en train de mener la sarabande ? Oseraient-elles lui désobéir et ne pas dormir ? Oui, se répond-il sans grande hésitation, les connaissant, elles oseraient. Et même, de toute évidence, à entendre le vacarme qu'elles font, elles osent !

C'en est trop. Le réchauffement de la planète, l'effet de serre, et à présent ces trois chipies qui n'en font qu'à leur tête et vont réveiller le Froid qui dort. Et ça, le général n'y tient pas du tout, parce-que le Froid, une fois réveillé, est capable de venir le trouver. Or il est terriblement ennuyeux, le Froid. Un triste sire. Il n'a rien à dire, aucun souvenir de bataille, pas la moindre notion de tactique, il est tout juste capable de vous geler les pieds. Non, il ne faut pas qu'il se réveille. Le général monte quatre à quatre le grand escalier.
Elles sont en train de sauter sur le grand lit, insouciantes de leur
nudité que ne voilent guère les courtes chemises de nuit rouges. Draps et couvertures sont au quatre coins de la pièce. Et... il neige ! Le général n'en croit pas ses yeux. Un sourire béat illumine son visage. Oui, il neige dans le dortoir ! Mais par quel miracle ? Un flocon, puis un autre, viennent lui frôler la barbe, se déposent sur le sol, ne fondent pas. Ne fondent pas ? Il se penche, ramasse un flocon. Oh douleur ! Ce n'est qu'un brin de duvet ! Et à mieux y regarder, les filles ne font pas que sauter, elles se battent, en riant, en criant, à grands coups d'oreillers, d'oreillers éventrés qui laissent s'échapper des bouffées de duvet blanc. C'est la plus jeune qui la première voit le général, debout, silencieux, immobile, sur le pas de la porte, un brin de duvet entre le pouce et l'index, l'air sombre. Elle s'immobilise. Ses deux sœurs regardent à leur tour vers la porte, s'immobilisent elles aussi. Puis toutes trois en
chœur :

- Tonton, te fâche pas, on l'a pas fait exprès.

Oui, c'est ainsi, les filles du Père Noël appellent le général "tonton". Mais je vous en prie, gardez cela pour vous.

La suite de cette histoire risque de froisser quelques âmes sensibles, partisanes du pardon des offenses, même lorsque les offenses ont éventré les oreillers.

Mais que voulez-vous ? Le général est de la vieille école. Très vieille même. On ne se refait pas. Il a ses conceptions de l'éducation, il n'y a pas à revenir là-dessus.

Voilà pourquoi le général est à présent assis sur une chaise à haut
dossier. Voilà pourquoi la plus jeune fille du Père Noël est étendue dans le giron du général, sa courte chemise de nuit haut relevée, dans la position sans équivoque d'une chipie qui a désobéi et éventré son oreiller, et qui va pour cela être fessée cul nu. Voilà pourquoi ses deux sœurs attendent leur tour, debout, le front piteusement baissé, mais sans perdre une miette du spectacle qui s'improvise sous leurs yeux.
Oh mais ne craignez rien. Le général n'est pas méchant, même s'il fait un peu peur, avec son air terrible, en train de maugréer :

- Je vais te la réchauffer moi, la planète, tu vas voir, pas besoin d'effet de serre... Une bonne fessée, il n’y a rien de tel pour la réchauffer, la planète.


Oui, il fait un peu peur, mais il prend bien soin de ne pas être trop sévère. D'ailleurs il n'a pas son pareil pour donner une fessée qui retentit comme une pétarade de pistolets d'arçons, mais qui ne laisse pour toute blessure qu'une courte cuisson rouge vite estompée. Et puis les trois chipies savent bien qu'il leur suffit de crier quelques "Ouille" et quelques "Aïe" pour que la punition s'arrête bien vite. Elles le savent toutes les trois, mais curieusement, la cadette ne semble pas vouloir abuser de ce stratagème. Alors que la plus jeune, après une courte fessée, s’écarte avec une moue boudeuse en oubliant de réajuster sa chemise, celle-ci s’approche, se trousse et adopte à son tour la position requise. Mais contrairement à sa jeune sœur, elle le fait sans rechigner. Le général, d’une main sûre, officie sans plus tarder. Mais il n’obtient pas une plainte, pas une protestation. Le général se met à douter : serait-il trop indulgent ? À contrecœur, il se décide à augmenter quelque peu le rythme et l’intensité des gifles dont il gratifie l’insolent postérieur, tout à la fois tendre et nerveux, rond et élancé, semblant appeler sa main comme aux premiers temps du monde les collines blanches des primes neiges appelaient la main de l’ange qui les poudraient de rose. Car le général est poète à ses heures. Mais en attendant, toujours rien, si ce n’est une étrange ondulation de la punie, et un soupir. Puis un autre. Un autre encore, plus profond que les précédents, alors même que la pénitente se cabre un instant. Le général met sur le compte du stoïcisme cette remarquable maîtrise. La fessée a atteint son but, il en est convaincu, et c’est avec une certaine admiration qu’il aide ce brave petit soldat à se remettre debout. C’est l’expression qui lui est venue à l’esprit . “Un brave petit soldat”. Il ne se rend pas même compte qu’il la répète tout haut. Quant au brave petit soldat, ses joues sont enflammées et ses yeux si brillants... “Elle se retient de pleurer”, se dit le général. Puis encore une fois tout haut : “Un brave petit soldat”. Il finit pas la congédier d’une dernière tape, une tape légère, affectueuse, et se tourne vers l’aînée, en train de faire semblant de consoler sa petite sœur. Il lui commande de venir à l’instant. Elle tourne la tête de droite et de gauche, feignant de chercher à qui s’adresse cet ordre, finit par admettre que c’est à elle. Non qu’elle redoute la fessée. Mais elle trouve cela terriblement vexant. Elle essaie d'attendrir le général en lui envoyant une œillade de biche blessée et d’une pauvre petite voix :
- Tonton, je vous en prie, ne me punissez pas ainsi. Pourquoi ne pas plutôt me priver demain de bataille de boules de neige ?
En vain, car le général sait quand il le faut se montrer équitable et inflexible, et la grande fille n’a d’autre choix que de prendre place à son tour. Du coup, elle le fait précipitamment, en omettant de se trousser. Elle espère que lui sera épargné cet affront dans l’affront : non seulement être corrigée comme le sont les morveux du Père Fouettard (encore qu’elle en pince pour l’aîné desdits morveux, mais c’est une autre histoire, et là encore, je vous en prie, gardez cela pour vous), non seulement être ainsi corrigée, donc, mais en plus l’être fesses nues, et devant ses sœurs ? Non, vraiment, ce n’est pas possible. La voilà qui s’écrie :
- Tonton, je vous en prie, il fait si froid. Ne me dénudez pas plus que je ne le suis déjà, car je pourrais bien m’enrhumer.
Son appel à la mansuétude fait long feu : elle sent soudain que le pilou de sa chemise est ramené bien haut sur ses reins. Elle commet alors l’erreur de pousser un “Aïe” aussi sonore que prématuré, puisque la fessée n’a pas encore commencé. Mal lui en prend. La première claque est magistrale, comme pour justifier “a posteriori” cette protestation intempestive. La donzelle lance alors un cri de détresse outragée qui a le don d’exaspérer pour tout de bon le général, rétif à toute pusillanimité. “Princesse au petit pois, tu vas voir ce que tu vas voir”, s'écrie-t-il. Et s’ensuit une fessée crépitante et appliquée, comme on peut s’y attendre en la circonstance, manu militari. Pour ce qui est de voir, la grande fille ne voit rien, sinon le sol qui danse devant ses yeux, mais pour ce qui est de sentir... Un fer rouge, ma parole, c’est un fer rouge ! Oublieuse de toute dignité, elle se met à battre des jambes comme une nageuse en péril, s’égosille, essaie de se protéger d’une main maladroite et vaine, car toujours en retard sur celle du général, et ne doit finalement son salut qu’à l’intervention généreuse de sa cadette, qui dès le début de la correction s’est approchée au plus près de la scène, qui certes a contemplé (avec une insolite émotion) la fessée prendre largement son envol, mais qui maintenant se penche et chuchote à l’oreille du vénérable officier :
- Tonton, ça suffit. Regardez : c’est tout rouge.
Le main du général est stoppée net dans son élan. Il a l’air un peu égaré, comme tiré trop vite d'un rêve éveillé. Se serait-il laissé emporter ? S’il faut en juger au résultat qu’il a sous les yeux, la réponse est oui. Un rouge révolutionnaire, digne d’un drapeau à brandir sur les Barricades de Mai ! Il soupire, un peu gêné, aide délicatement la demoiselle, toute abasourdie par la vigueur inattendue du châtiment, à se relever, et, comme en dédommagement, lui octroie un maladroit baiser sur la joue (en fait un coup de nez, le général n’est pas très à l’aise dans les démonstrations de tendresse) en ronchonnant :
- Voilà, voilà, c’est fini, tout est pardonné. Et on ne pleure pas !
Rompez !

Et c'est une grande fille du Père Noël se frottant les fesses et reniflante qui repart enfin vers le grand lit défait. Qu'il va en plus falloir refaire. Et au carré, parce-que là dessus, le général ne plaisante pas. Les lits : au carré !

Les filles du Père Noël sont couchées, bien bordées.
La lumière est éteinte.
Le Froid n'a pas été réveillé.
Le général, rasséréné, se penche pour souhaiter par trois fois la
bonne nuit. Dans la pénombre on lui chuchote :
- Votre barbe me chatouille...
- Oh, mes fesses me brûlent...
- Demain, je pourrai faire la bataille de boules de neige ?
Le général, sur le point de quitter le dortoir à présent silencieux,
se retourne un instant :
- Mesdemoiselles, faites de beaux rêves.

Dehors, dans la nuit profonde, la neige s'est mise à tomber.

© Amour Cuisant 2007

dimanche, janvier 21, 2007

mardi, janvier 09, 2007

L'effet Ségolène :
sont-elles vraiment dissuasives ?

- Et si tu ne fais pas preuve d'un peu plus de bravitude, j'appelle Ségolène !

samedi, janvier 06, 2007

La leçon de natation

Que fait ce maître-nageur ? Tout simplement : il prépare son élève.
En effet, on croyait autrefois que l'apprentissage de la nage dite "indienne" imposait d'avoir la peau rouge.


vendredi, janvier 05, 2007

Dialectique de la correction
ou correction de la dialectique ?

Elle le doit.

Soit.

Mais sera-ce en vérité une punition ?

mardi, janvier 02, 2007

Bonne Année

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Merci à vous qui êtes passés par ici, depuis bientôt un an qu'existe ce blog, pour partager un sourire ou une émotion, et tout particulièrement à celles et ceux qui ont eu la gentillesse de laisser ici et là un petit message.