mercredi, février 21, 2007

4 Août ? Vous avez dit quat' roues ?

Au sortir du Jardin des Tuileries. Les piétons attendent le signal vert qui les autorisera à traverser la Place de la Concorde. Certains ont l'insouciance des promeneurs. D'autres ont l'air pressé et affairé que donne le retard pris à un rendez-vous. Des enfants se chamaillent. Le petit bonhomme se met au vert. Piétons, traversez. Chacun s'apprête à s'élancer. Quand soudain déboule en trombe une escorte de motards, entraînant dans son sillage la voiture d'une obscure ambassade. Attendez, piétons. Oui, mais le petit bonhomme est au vert. Piéton, le vert petit bonhomme n'a pas force de loi quand s'avancent de ce monde les puissants. Pour eux, point de feu rouge qui vaille. Et cela, souviens-t'en, ne vaut pas que sur la route.
Comme notre société est curieuse, qui par une nuit d'été a aboli les privilèges, pour dès le lendemain les redistribuer et en inventer d'autres. Car cette même scène aurait pu avoir lieu il y trois siècles, cavaliers en tête et carrosse à pleine allure, éclaboussant de boue la gueuserie ébahie sur le bord de la route. Et bien heureux s'ils n'ont pas du bâton.
Alors oui, décidément, La Fontaine est encore à la page, qui sait si bien nous parler des paradoxes et des vanités de notre tout petit monde.
Lucchini sait être être prodigieusement exaspérant, quand il cabotine à l'excès par exemple, ou quand il se lance dans son panégyrique littéralement obsessionnel et totalement délirant du sinistre Destouches. Mais là, il faut le reconnaître, l'écouter est un bonheur. Les mots de La Fontaine sont dans sa bouche comme autant de bonbons acidulés dans la bouche d'un môme gourmand, tellement gourmand qu'il les avale parfois un peu trop vite, mais qu'importe, on lui pardonnera cette impatience vénielle. Il est évident qu'il y prend du plaisir. Et il sait nous le faire partager.

jeudi, février 15, 2007



Une question de méthode

Le piano a la Méthode Rose.
La pensée a le Discours de Descartes.

Mais la fessée ? Existe-t-il une méthode ou un discours qui pourrait servir de référence au débutant, au non-initié ? Car il faut bien le constater : au moment de lever la main, beaucoup sont désemparés. Citons cet extrait d'une lettre d'Ambroise : "Ma fiancée est très taquine. Elle ne cesse de me provoquer par de petites piques. Cela n'est jamais méchant, mais je ne sais comment répondre à ses provocations. Un jour, elle m'a lancé : "Mais qu'attends-tu pour me fesser ?" Je l'avoue, j'en ai eu le souffle coupé. Comment pouvait-elle me demander, à moi, son tendre amour, de la frapper ? Et puis, en lisant vos textes ainsi que quelques autres de la même eau, je pense avoir compris que la fessée dont elle rêve n'a rien à voir avec la violence, et qu'elle n'est en rien en contradiction avec l'amour que je lui porte. Tout de même, je me sens parfaitement incapable de la prendre au mot. Je crains d'être ridicule, maladroit."
Geneviève, elle, nous écrit : "Depuis quelques mois, j'héberge mon jeune neveu. Ses parents sont pour deux ans hors de France, et je suis censée non seulement lui offrir le gîte et le couvert, mais encore l'aider à ne pas gâcher tout à fait ses études, ce qui n'est pas une mince affaire. Moi qui était habituée à vivre en bonne intelligence avec ma solitude, me voilà confrontée à une véritable mine de paresse et de laisser-aller. Sans compter que le chenapan a un sens de la répartie qui frise l'insolence et cela me défrise. N'allez pas croire que je n'aime pas ce garçon : c'est tout le contraire. Je l'adore. Et c'est justement pourquoi j'enrage de le voir dériver ainsi. L'autre jour, il m'avait une fois de plus poussée à bout et je l'ai menacé... d'une fessée ! Croyez-moi si vous voulez, mais pour la première fois, si vous me passez l'expression, je lui ai coupé la chique ! Cela, bien sûr, m'a laissé pensive. Je me suis dit "Ma vieille, ce n'est pas le tout de menacer, si tu veux rester crédible, il te faudra bien passer à l'acte." Je vous en prie, ne vous moquez pas de moi : je ne sais tout simplement pas comment l'on s'y prend ! Monsieur, vous qui avez l'air versé dans cet art, enseignez m'en je vous en prie la manière
. Bien à vous, etc." (Merci, Geneviève, mais autant vous l'avouer : je n'ai rien d'un expert).
Théodore, lui, rêve de "devenir un virtuose de la fessée internationalement reconnu", "un Maître en matière d'improvisation, le Keith Jarrett (sic) de la fessée. "Mais", s'interroge-t-il, "par où commencer ?"

Que leur répondre ? Quel conseil leur donner ? Doit-on considérer que la fessée peut être abordée sans préparation aucune, en se fiant seulement aux capacités innées de chacune ou de chacun ? Mais Brassens ne chantait-il pas que "sans technique, un don n'est rien qu'une sale manie ?" Alors doit-on au contraire poser comme préalable à toute fessée une longue formation théorique et technique au sein de Conservatoires qui seraient dédiés à cet Art de la Paume, préparation sanctionnée par un Diplôme de Fin d'Études et de Capacité ? La réponse est sans doute, comme bien souvent, dans un juste milieu. Et si méthode il y a, elle ne doit pas être pour la spontanéité une barrière, mais un tremplin.

Aussi dirons-nous à Ambroise qu'il ne doit pas hésiter à répondre aux avances de sa fiancée. Qu'il la fesse amoureusement sans plus tergiverser, et s'il est maladroit, ils en riront tous les deux : la belle affaire !
Aussi dirons-nous à Geneviève qu'elle se fie à son instinct. Et que si d'aventure son neveu, bravant les menaces, la pousse à franchir ce Rubicon, qu'elle le fasse guidée par son affection envers lui, avec naturel et simplicité.
Et à Théodore, nous dirons qu'il doit apprendre à tempérer son ardeur, à apprendre la patience. En un mot, qu'il lui faut accepter de commencer... par le commencement !
Mais justement, me direz-vous, comment aborder ce commencement ?

Il nous faut ici revenir à la Méthode Rose. Bien peu de gens savent qu'initialement, elle a été conçue pour apprendre non pas à jouer du piano, si louable que soit ce passe-temps, mais à fesser. D'où son nom, d'ailleurs. Mais l'éditeur de monsieur Van de Velde, craignant que le public visé ne constitue une niche par trop réduite, convainquit son auteur de l'adapter à l'art pianistique. On connaît la suite : le détournement fut une réussite, et le succès fut au rendez-vous.

Or il existe, tout au fond d'un corridor sombre de la Bibliothèque Nationale (je parle bien sûr des bâtiments de la rue Richelieu), une petite porte dérobée. Cette porte ouvre sur une salle exiguë, poussiéreuse, avec pour tout éclairage une simple lucarne voilée de toiles d'araignées bibliophiles. Bref, une salle qui a tout d'un débarras. C'est sans doute pour cela que son contenu fut tout simplement oublié lors du Grand Déménagement de 1994. Il se trouve que nous nous sommes il ya peu trouvés devant cette porte. Il se trouve que nous l'avons ouverte, et que nous sommes entrés dans cette salle. Il se trouve que nous y avons trouvé des trésors.

Parmi ces trésors, le manuscrit original de la "Méthode Rose - Première Année de Fessée."
La grande fragilité de ce document nous a interdit de le manipuler plus que nécessaire, et il ne nous a pas été possible d'en réaliser des photostats. Mais nous avons obtenu des araignées bibliophiles l'autorisation de le consulter à loisir. Nous en avons recueilli la substantifique moelle, et au cours des semaines à venir, ici même, nous en transmettrons l'essentiel à notre lectorat avide de savoir. En espérant que ce travail sera de quelque utilité à tous les Ambroise, toutes les Geneviève, et tous les Théodore de France, de Navarre, et d'ailleurs.

© Amour Cuisant 2007

jeudi, février 01, 2007

Actualité heureuse : le télésiège chauffant de Madame Paule

Aux Karellis, le vieux télésiège de Porte Brune a été démonté l’année dernière. Il était dépassé. Les remontées mécaniques d’antan font place à des télésièges chauffants, comme les manèges de chevaux de bois laissent la place aux attractions à sensations fortes. Mais il y a un “mais”, car sans le télésiège de Porte Brune, fini l’accès facile aux Faysses ! J’en vois au moins deux qui semblent croire que je galèje. Vous n’avez qu’à aller vérifier vous-même ici :

http://www.ski-karellis.net/rm/tsf/8-telesiege-de-porte-brune-.html


Heureusement, il n’y pas lieu de se décourager : madame Paule Hisson a décidé de sauver la situation. Nous sommes allés l’interroger.


A.C. : Madame Paule, bonjour. Vous avez donc décidé de préserver coûte que coûte l’accès aux Faysses ?

Madame Paule : Bonjour. Oh vous savez, je suis en retraite, et c’est pour moi l’occasion de m’occuper tout en me rendant utile.

A.C. : De la fenêtre auprès de laquelle nous sommes assis en train de bavarder en buvant une tasse de thé - et nous vous en remercions - nous apercevons votre remontée mécanique. Peut-on la qualifier de désuète ?

Madame Paule (en riant) : Désuète, c’est le mot. Vous pouvez même dire que c’est une antiquité. Je l’ai eue pour une bouchée de pain, et ce sont des amis, aidés par les gens du coin, qui m’ont aidée à l’installer.

A.C. : Je décris pour nos lecteurs : il s’agit d’une remontée mécanique comptant cinq pylônes, et qui amène les sièges en haut des Faysses. Ces sièges, justement, risquent de surprendre les vacanciers habitués au confort des remontées les plus modernes. Pas de banquette rembourrée, mais de simples lattes de bois. À l’heure des télésièges chauffants, ne craignez-vous pas de décourager les skieurs avec un régime aussi spartiate ?

Madame Paule : Mais cher monsieur, détrompez-vous. Mon télésiège est chauffant. Et comme vous pouvez le voir, le public ne le boude pas.

A.C. : En effet, il y a une queue impressionnante.

Madame Paule : Et je peux vous assurer que la plupart de ces skieurs vont tellement apprécier les Faysses qu’ils vont redescendre illico ici pour un autre passage. Certains ont même renoncé aux forfaits habituels pour ne plus skier qu’ici !

A.C. : Cela paraît à peine croyable, mais force est de constater qu’en effet, la foule est au rendez-vous. On voit des familles, des gens un peu plus âgés, mais aussi, et c’est plus surprenant, des skieurs à l’air chevronné, et des skieuses qui ne dépareraient pas les pages "mode" des grands magazines. Au fait, les Faysses sont classées à quel niveau de difficulté ?
Madame Paule : C'est une piste blanche, avec quelques passages rouges.
A.C. :
Je crois vous avoir entendu dire que votre télésiège est chauffant ? Là, vraiment, on ne voit pas quel dispositif pourrait permettre de...
Madame Paule : Oui, oui, vous avez raison, “chauffant” n’est pas le terme exact. J’aurais dû parler plutôt de préchauffage.

A.C. : De préchauffage ? Expliquez-nous cela ?

Madame Paule : Oh c’est très simple. Comme vous le voyez, je procède à la vente et au contrôle des tickets et des cartes ici même, dans cette pièce, bien au chaud.

A.C. : Mais encore ?

Madame Paule : Eh bien, c’est très simple : toute personne qui achète un ticket ou une carte a droit à un préchauffage, renouvelable à chaque passage sans aucun supplément.

A.C. : Ah ça, madame Paule, mais comment donc procédez-vous ?

Madame Paule : Gros bêta que vous êtes ! De la façon la plus simple : à la main.

A.C. : Vous voulez dire que...

Madame Paule : Je veux dire exactement cela. Et je vous garantis que je sais y faire.

A.C. : Madame Paule, tout de même, doit-on comprendre que pour mener à bien ce préchauffage vous allez jusqu’à...

Madame Paule : Mais bien sûr ! Qu’alliez-vous imaginer ? Que je préchauffais par dessus ces combinaisons isothermiques ? Cela ne marcherait pas, voyons. Il faut bien entendu la retirer en partie, et la remettre en place aussitôt le préchauffage effectué. Ainsi l’isothermie remplit pleinement son rôle en en préservant le bénéfice pour un temps couvrant largement la montée, attente comprise. Oh et puis vous savez, ici, pas de chichis, pas de fausse pudeur. C’est à la bonne franquette. À présent mon ami, je vais être obligée de vous mettre à la porte, car sinon nous allons faire des impatients. Et j’espère bien vous voir prochainement les skis aux pieds : je vous offre une remontée, à vous et à tous les membres de votre équipe.

A.C. : Madame Paule, nous nous faisons par avance une joie de répondre à cette généreuse invitation. Merci de nous avoir reçus.