samedi, avril 21, 2007


Rondeau


Elle l’avait invité pour le dimanche. Ses parents étaient partis pour la journée visiter une lointaine cousine, ce qui tombait bien. Le temps était magnifique, ce qui tombait doublement bien. Il était arrivé en fin de matinée, était entré presque timidement.

- Allons, n’aie pas peur, lui lança-t-elle, ils ne sont pas là. Aujourd'hui c’est répétition générale.

- Avec toi, je me méfie toujours.

Elle était pieds nus, vêtue d’un T-shirt blanc et d’un jean. Il s’embrassèrent longuement. Elle lui fit faire le tour du propriétaire, n’oubliant pas même le placard à balais. Elle en extirpa une boîte à chaussures remplie de photos de famille qu’elle lui présenta une à une après l’avoir entraîné au salon. Les portes-fenêtres du salon étaient ouvertes sur le jardin, laissant entrer le soleil et le chant des oiseaux. Lorsqu’elle lui tendit la photo de son père, il se leva, s’inclina et dit d’une voix grave :

- Monsieur, j’ai l’honneur de vous demander la main de mademoiselle votre fille.

Elle applaudit la performance.

- Cela mérite une récompense. Je vais t’emmener au saint des saints.

Elle l’entraîna dans sa chambre, qu’elle avait réservée pour la fin de la visite.

- Tu sais que rien n’a changé dans cette chambre depuis que j’ai neuf ou dix ans ? Enfin si, les posters au mur.

- J’ai toujours pensé que tes prétentions révolutionnaires cachaient un profond conservatisme.

- N’empêche, profite : tu vois le lit dans lequel j’ai dormi écolière, collégienne, lycéenne, et ce n’est pas donné à tout le monde.

- Tu oublies “étudiante”, car je suppose que quand tu reviens ici le week-end c’est toujours dans ce lit que tu dors ?

- Oui, tu as raison, j’ai oublié “étudiante”.

- Moi, ce qui m’impressionne le plus, c’est ce bureau où tu as planché écolière, collégienne et lycéenne.

Elle prit place au bureau, prit un crayon qu’elle se mit à suçoter, fit mine de réfléchir à un problème difficile. Puis déclara :

- En fait, je n’y restais pas longtemps. J’ai toujours été très efficace, mon travail est vite fait.

Elle ouvrit les tiroirs, sortit une vieille trousse, un cahier, le feuilleta.

- Tiens, un cahier de récitations. Dis donc, celui-là, il ne date pas d’hier.

- Tu étais bonne en récitation ?

Elle fit une petite moue, hésita :

- Je dois reconnaître que j’ai eu un zéro, une fois.

Elle fit tourner les pages, chercha. Chaque texte était agrémenté d’un dessin.

- Voilà, celle-ci.

Il regarda par dessus son épaule :

- Elle est pourtant facile ! Zéro ?

- Oui, je m’en souviens encore, parce-que ça m’a valu un savon.

- Figure-toi qu’il m’est arrivé la même mésaventure, mais en musique, avec un inepte morceau de pipeau, et comme j’ai osé déclarer que le pipeau de toute façon c’était du pipeau, j’ai eu un zéro de conduite en plus du zéro en musique.

- Oh, déjà rebelle à l’époque. Donc toi aussi tu as eu un savon ?

- Plus que ça.

Il se pencha, lui chuchota quelques mots à l’oreille.

- Non ? fit-elle en roulant des yeux incrédules.

- Si.

- J’aurais bien voulu voir ça !

- Cruelle !

- Oh mais si, cela m’aurait permis de te découvrir sous un jour pittoresque et original.

- Tu es une peste sans pitié. Pour te punir, tu vas me l’apprendre, cette poésie. Et si tu te trompes en la récitant...

- Si je me trompe ?...

Il se pencha à nouveau, chuchota.

Elle s’écria :

- Au secours, je vais épouser un fou !

- Je savais que tu n’aurais pas le cran.

- Pas le cran ? C’est ce qu’on va voir !

- Tu relèves le défi ?

- Oui monsieur.

- Tope là !

Ils topèrent.


Elle demanda deux minutes pour apprendre le texte. Il lui en accorda cinq, lui dit qu’il l’attendait au salon. Lorsqu’elle l’y rejoignit, il l’attendait assis sur le canapé. Elle lui tendit le cahier. Il le posa à son côté. Elle mit les mains derrière son dos, prit sa récitation, s’apprêta à commencer.

- Ah non, l’arrêta-t-il. Tu viens t’installer ici.

Il tapota ses cuisses.

- Mais ce n’est pas les termes du contrat.

- Bien sûr que si. Chaque faute sera sanctionnée immédiatement. Et si tu en fais plus de deux, tu auras une prime.

- Bon. Mais je te préviens, je ne tolérerai pas la moindre injustice.

Il mit la main sur le cœur :

- Mademoiselle, soyez assurée que je n’abuserai pas de la situation.

Elle le regarda avec un petit air de défi :

- Et pour te prouver que tes enfantillages ne me font pas peur...

Elle déboutonna son jean et le retira. Elle n’eut pas à hésiter quant à l’opportunité de faire de même avec un éventuel sous-vêtement : elle n’en portait pas. Il l’aida à s’installer en travers de ses cuisses, les jambes et le torse en appui sur le canapé, le plus confortablement possible étant donnée la situation, posa la main droite très doucement sur les fesses charnues et douces :

- Mademoiselle, je vous écoute.


Elle commença.

Il leva la main la première fois en disant :

- Ce n’est pas “l’air”, qui est beau , mais ton cul nu.

- Je voulais dire “clair” et tu es un goujat.

- Tu l’as dit trop tard et de toute façon tu aimes les goujats.

Il claqua la fesse droite, une claque vive et sonore qui provoqua un cri de surprise (“Monstre!”), fit frémir l’orbe du muscle, et laissa apparaître le dessin de ses doigts sur la peau offerte.

Elle poursuivit.

Pour la deuxième fois il l’interrompit :

Il n’est pas question de “caille”, mais de “bête”.

- Reconnais que “caille” irait très bien.

- Là n’est pas la question.

Il claqua la fesse gauche, une claque plus retentissante que brûlante. Le joli cul tressauta comme en signe de remerciement. Elle serra les dents et reprit.

Pour la troisième fois elle se trompa :

- Ils ne “rient” pas, ils “crient”.

Il claqua aussitôt la fesse droite.

Elle cria, elle aussi.

La suite vint avec quelques hésitations, mais sans autre erreur.

Quand elle eut fini, il la caressa longuement, lentement, son dos sous le T-shirt largement remonté, ses cuisses et ses mollets à l’arrondi si doux, les fesses à peine rougies. Il lui rappela :

- Mademoiselle, plus de deux fautes, vous avez une prime.

- Mais, je croyais que c’était justement ce que vous étiez en train de me donner, monsieur ?

- Non, mademoiselle. Votre prime, la voici.

Il la fessa. Une fessée crépitante, primesautière, joyeuse. Elle joua des jambes, se cambra, son joli cul vint boire les claques. Elle riait. Il cessa la fessée. Caressa. Sa main se glissa entre les cuisses, trouva le sexe en rosée. Elle soupira. Se retourna. L’aida à se dévêtir. Ils s’enlacèrent, se nichèrent tant bien que mal sur le canapé, se nichèrent tant bien que bien l’un dans l’autre et firent l’amour comme on le fait au printemps. Juste après le plaisir, elle murmura à son oreille :

“Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

Et s'est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.


Il n'y a bête ni oiseau,

Qu'en son jargon ne chante ou crie :

Le temps a laissé son manteau !


Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie,

Gouttes d'argent d'orfèvrerie,

Chacun s'habille de nouveau:

Le temps a laissé son manteau !”


Il lui dit, lui aussi dans un murmure :

- Ma parole, mademoiselle, mais vous savez votre récitation sur le bout du doigt ! Ma méthode a donc du bon.

Elle lui tira la langue.
Ils s’embrassèrent.


© Amour Cuisant 2007

jeudi, avril 19, 2007




















Digital Versatile Disque

D'abord il y a la ritale. Celle qui naquit un jour sous les doigts de Jo Privat en clin d'œil à François Cavanna. Une mélodie qui dès la première écoute est familière, peut-être parce-que la mélancolie teintée d'optimisme qu'elle exprime, les nuages qui glissent sur les notes, sont en chacun de nous. Et puis il y a les feuilles mortes, celles de Prévert et Cosma : Montand et Gainsbourg se retrouvent autour d'une anisette pour parler d'Art Mineur en la mineur avant une pétanque sous le soleil du Midi. "D'accord pour la pétanque", dit Serge, "mais à condition que cette nuit tu m'accompagnes dans la tournée des Grands Ducs." Et il y a la boîte à frissons de Jean Corti qui nous les fait apparaître sous nos oreilles, comme un vol de colombes délurées sortant du chapeau d'un magicien. On croise Django, on fait un tour Place Montmartre en sifflotant la Javanaise, j'en passe et d'aussi bonnes.
La belle vie !
Tu vois, Michel : pas besoin d'aller en Floride à Miami.

vendredi, avril 13, 2007

- Vendredi 13... Pourvu qu'il n'ait pas oublié ce qu'il m'a promis si je n'arrêtais pas de fréquenter ce petit chat noir...