lundi, décembre 31, 2007

Flash-back et colin-maillard




Plus de dix ans déjà que Liz découvrait les joies de colin-maillard. Oui, vous l'avez dit, le temps passe un peu trop vite.
Alors, il est le temps que vous organisiez une partie, histoire de mettre de l'ambiance sous le gui.
Les nouvelles règles du jeu sont détaillées ci-contre. Il vous suffit de cliquer sur l'image.

Bon Réveillon !

Et merci au magazine Elle pour son humour, pour la qualité de ses articles de fond et pour la beauté de ses photos :-)

dimanche, décembre 30, 2007

L'heure bleue

Voici venue l'heure bleue.
Bleue comme l'année qui tire à sa fin.
Bleue comme la Terre du poète.
Bleue comme l'humeur de ces deux vieux lions solitaires, perdus dans leur vie et dans la grande ville, à la recherche d'un Bar à Gazelles.
Bleue comme les oranges de Tintin.
Bleue comme la note du pianiste, qui répète dans la salle encore à peu près vide, sans remarquer la femme assise à une table et qui l'écoute, qui l'écoute...
Bleue comme la mer sous le ciel glacé de l'hiver.
Bleue comme le souvenir d'un baiser trop rapide pour être jamais oublié, un soir d'hiver, au cœur d'une ville d'un autre siècle.

Pour votre santé : sautez, dansez, embrassez qui vous voulez.

© Amour Cuisant Blue Note 2007

Photographie : ?

lundi, décembre 24, 2007

Le temps des bulles

"L'amour, mon vieux,
C'est tout comme

Du bubble, bubble gum."

Serge Gainsbourg

Voici venu le temps des bulles, et l'occasion de leur rendre hommage.
N'étant pas enclin à la fainéantise, enfin juste un peu, nous ne ferons que citer la bulle que l'on coince.
Nous laisserons la bulle phylactère aux férus de B.D., et la bulle papale aux dévots, vrais ou faux.
Nous en arrivons à la bulle de savon. Magique, elle naît d'un souffle. Elle apparaît, solitaire ou en chapelet, au bout d'un calumet de plastique coloré.
- Papa, j'y arrive pas...
- Donne-moi ça. Là, regarde. Il ne faut pas souffler trop fort.
- OUAHHH ! La belle ! Regarde, regarde, regarde ! Et là, toutes les petites !
Irisée, elle flotte comme une pensée joyeuse, elle fait le tour de la cuisine. On attend l'inévitable accident, le frisson, la rencontre avec l'iceberg qui la fera éclater. C'est un frisson gratuit. Nulle vaisselle ne sera cassée, et aussitôt on pourra recommencer. Et s'il fait beau, pourquoi ne pas aller dehors ? Dans le jardin, la bulle de savon s'échappe vers la liberté, comme un oiseau s'envole de la cage ouverte. Elle hésite, échappe aux épines du rosier, se laisse attirer par le bleu du ciel.
- Elle monte elle monte elle monte ! On la voit plus ! Elle est aussi haut que les avions ! À moi, donne !
- Attends, voyons ce que sait faire maman.
- OUAIS ! À toi m'man !
La bulle de savon est propice à l'harmonie familiale, aux jeux et aux ris. Bref, la bulle de savon, vous l'aurez compris, a toute notre sympathie.

Peut-on en dire autant de la bulle suivante ? J'ai nommé, la bulle de bubble gum. Celle-là, c'est un drôle de numéro. Elle est sans fioritures, pas question de nuances irisées dans son cas. Et pourtant, elle se mérite. Il faut en mâcher, des bubble gum, il faut en passer, du temps à faire de misérables petits pets du bout de la langue, avant d'arriver enfin à la PREMIÈRE BULLE RÉUSSIE. Cette première bulle a valeur initiatique. Il y a la vie avant et après la première bulle. Avant, on se dit, "coûte que coûte, j'y arriverai". Parfois on désespère, "il faut se rendre à l'évidence, c'est trop difficile." Jusqu'au jour, jusqu'au moment où enfin, ça marche ! Que dire de ce que l'on éprouve à ce moment-là ? Sans doute ce que l'apprenti sorcier éprouve lorsqu'il réussit son premier sortilège. On recommence, pour être sûr que l'on maîtrise vraiment enfin la chose. Pas de doute. Cette fois, on sait. Dès lors, nul besoin de pratiquer en permanence cet art nouvellement acquis. Il suffit de savoir que l'on sait, que l'on peut, le moment venu, faire une bulle. On sais, on peut, si les circonstances l'exigent, la faire gonfler comme la grenouille de la fable. Faire gonfler la grenouille rose jusqu'à éclatement : tel est notre nouveau pouvoir. Autre chose. On a bien remarqué que cet art suscitait la désapprobation de notre entourage. La bulle de bubble gum est une provocation. Elle est impertinente. On peut imaginer que si l'insolence décidait un jour de se faire bulle, nul doute, elle choisirait la bulle de bubble gum. Nous tenons là un moyen d'exprimer l'insoumission et la révolte. Un moyen beaucoup plus aisé à mettre en œuvre que le déploiement d'un encombrant drapeau rouge ou noir sur la marmite. Et attention, on ne plaisante pas ! On tient là une arme véritable. On n'est plus dans le monde du pistolet à bouchon : c'est de pistolet à plomb dont il s'agit. Car la bulle de bubble gum peut blesser. On apprend vite à quel point, bien utilisée, elle peut faire rapidement monter la pression. C'est un fleuret non moucheté. Il y a parfois danger à l'utiliser, et ce danger fait toute sa saveur, toute sa valeur. Il faut être subtil, savoir ne pas aller trop loin. Cela requiert la finesse et l'audace d'un pilote de Formule 1. Et gare à celle ou à celui qui appuiera trop sur le champignon, qui ne saura pas négocier le traître virage. La bulle de bubble gum, ronde pâleur rose. L'éclatement de trop, ce bruit de claque sur une peau nue. On a là tous les éléments susceptibles de suggérer, voire, fuyons s'il en est encore temps, de provoquer une réaction qui fera écho en tout point à l'action. Mais que serait la bravoure sans l'odeur de la poudre ? Quand on vous disait qu'on jouait là aux apprentis sorciers. Et bien plus tard, on saura rappeler à l'amoureuse les dangers du bubble gum. Des dangers, allez savoir comment, devenus délicieux.

Nous ne nous quitterons pas sans que je vous souhaite à toutes et tous une Joyeuse Fête de Noël, avec beaucoup de chaleur et d'amour. Soyez prudents si vous décidez d'utiliser malgré tout un bubble gum.
Et à présent, place aux bulles de nos vins de Champagne !

© Amour Cuisant 2007
Photographie : American Apparel

jeudi, décembre 20, 2007

Comme une femme exactement

Il y a bien longtemps que je n'avais écouté une chanson de Dylan. Et voilà l'autre jour que passe à la radio "Just like a woman". Cette chanson, dans mon souvenir, comme sans doute dans celui de bien des gens de ma génération, I'm talkin 'bout my ge- ge- ge- generation, c'est blonde sur blonde en vinyl noir et la tignasse de Dylan sur la pochette. La voix qui la chantait à la radio était reconnaissable entre toutes, et ce n'était pas la voix d'une blonde. Celle qui chantait, j'oserais dire qu'en France, on se sent tous un peu partie de sa famille. C'est vrai : on a connu sa maman il y a si longtemps, quand elle a débarqué avec ses jupes bohème, ses paniers en osier, son accent délicieux, sa bonne humeur communicative et cet art si rare de savoir ne pas se prendre trop au sérieux. Et son papa, le Musicien Perdu dont les chansons en accords mineurs sont depuis si longtemps sur les rayons de nos émotions musicales majeures. On la connaît depuis qu'elle est bébé, depuis qu'elle était haute comme trois pommes. Y faudrait pas que ça grandisse ? Eh bien, si, elle a drôlement bien fait de grandir, Charlotte. Actrice, elle joue bien. Et chanteuse, elle chante bien. "Just like a woman", elle la chante comme la fille de Serge et Jane qu'elle est. Elle la chante tout simplement, l'air de ne pas y toucher. Et on se dit en l'écoutant : "Bon Dieu, mais c'est bien sûr ! C'est comme ça qu'il fallait la chanter !"
Résultat des courses : je me suis précipité chez mon disquaire préféré, et je me suis offert la B.O. du film de Todd Haynes, "I'm not there". Et depuis, je me passe en boucle "Just like a woman". Oh, le reste du double album vaut le détour. Juste avant Charlotte par exemple, il y a Sufjan Stevens, qui interprète "Ring them bells" comme en léger différé d'une soucoupe volante planant dans une galaxie parallèle. Mais la meilleure, et de très loin, c'est elle. C'est Charlotte.
Qui chante comme une femme exactement.

Photographie : Mario Sorrenti

dimanche, décembre 16, 2007

Cette fois, il fait vraiment frisquet !

N'oublie pas ton cache-col !


Que je ne t'y prenne pas à sauter dans les flaques...

C'est par les pieds qu'on attrape le rhume de cerveau.

Photographie : Ellen von Unwerth

jeudi, décembre 06, 2007

Éloge de l'éloge

En ce jour de Saint-Nicolas, le débat fait rage sur les ondes et dans les journaux de France : pour ou contre la fessée ? On peut dire que l’Union des familles en Europe a bien choisi son jour pour publier son étude. Le Père Fouettard va être tellement occupé à faire sa revue de presse qu’il va en oublier d’aller distribuer ses coups de martinet. C’est toujours ça de gagné !
Mais ce n’est pas de cette fessée-là que je veux parler. Je veux bien sûr parler de l’autre, celle dont un jour Jacques Serguine a fait l’éloge. J’ai lu à propos de son livre une intéressante critique chez
  • Écrits Pourpres.
  • Intéressante, mais me semble-t-il bien sévère. Vous me direz que c'est la moindre des choses d'être sévère lorsque l'on critique l'éloge de la fessée. Tout de même, j'ai eu envie d’y répondre par quelques commentaires. Après tout, le jour semble bien choisi. La première fois que j’ai entrevu le livre “Éloge de la fessée”, c’était sur un tourniquet de librairie de gare, il y a bien longtemps. J’étais fort jeune à l’époque. Il s’agissait de l’édition de poche, celle qui a en couverture la très belle photo de Walter Carone. Je n’en ai pas cru mes yeux. Est-ce que j’avais bien lu le titre ? Je savais qu’il existait un “Éloge de la folie”, mais de la fessée ? Il faut dire que, n’en déplaise aux pycho-quelque-chose de tout poil et de tout acabit, et tant pis pour la bien-pensance, j’ai cette fascination pour la fessée en moi depuis l’enfance. Et que depuis l’enfance j’éprouve un trouble délicieux à la croiser dans un livre, au détour d’une page. Bon, à cette époque, je n’étais plus un enfant, je vous rassure. J’étais étudiant. Et jusqu’à ce jour, je n’avais fait avec la fessée littéraire que des rencontres très fortuites et très limitées. Je m’étais promis mille délices de la lecture de Sade et de Pauline Réage : je me suis vite rendu compte que j’avais frappé à la mauvaise porte en ouvrant leurs livres, lesquels me sont rapidement tombés des mains. Non, je ne cherchais pas de donjons, de chaînes ou de fouets. Je ne cherchais qu’un retroussis de jupes et un joli derrière rosissant sous quelques claques sonores et joyeuses. Mais il fallait bien se rendre à l’évidence : il était plus facile de trouver dans la littérature l’ombre des donjons et le cuir des fouets que l’éclat printanier d’une fessée champêtre. Tout simplement, je ne cherchais pas au bon endroit, mais cela évidemment, je ne le savais pas encore. Bref. Donc, l’Éloge de la fessée. J’ai fini bien sûr par oser l’acheter. Et cette fois, le livre ne m’est pas tombé des mains. Certes, l’auteur a ses côtés agaçants, et je n’ai jamais partagé son goût de la systématisation de la fessée. J’aime trop la fessée improvisation, la fessée jazz, pour admettre que la fessée devrait avoir son jour, comme le poisson. Mais il n’empêche. Ce livre contient quelques passages admirables. La fessée nocturne de Michèle en est un, sans doute mon préféré. Plus loin, les considérations gourmandes sur le déculottage sont un régal : ce pantalon qui évoque “une pâtisserie, mélange indécis et imprécis de sorbet et de tarte couverte à l’italienne.” Le pantalon sera baissé, la culotte aussi, et à la fin, le derrière de Michèle aura pris “la couleur émue, veloutée et brûlante d’une framboise claire dans le soleil.” Non, je n'ai pas adopté la méthode proposée. Mais oui, j’ai pris un très grand plaisir à sa lecture. Serguine a beaucoup écrit, et parmi ses érotiques, les deux derniers parus me semblent pour le moins sujets à polémique, puisque s’y court-circuitent deux univers qui n’étaient pas destinés à se rejoindre, celui justement de l’Éloge, et celui de fantasmes sans doute venus de fort loin (peut-être de fort lointaines blessures ?), et qui avaient été exprimés avec talent dans “Cruelle Zélande” ou dans “Délit du corps”. Mais c’est là une autre histoire.
    Et puis, ne doit-on pas être reconnaissant à Serguine de s’être mouillé le premier ? Car à l’époque, la fessée littéraire n’était pas encore à la mode, loin s’en faut. Elle était reléguée sous le manteau, et Pierre Mac Orlan n’a pas été le seul à en parler avec art, mais sous pseudo. Pour Joë Bousquet, combien a-t-il fallu attendre avant que ne soit enfin publié “Le cahier noir”, pourtant un texte magnifique, mais qui semble-t-il était entaché pour les ayants droit d’une suspicion de... De quoi au fait ? De ridicule ? D’infantile ? D’inadmissible ? D’innocence trop manifeste pour être littérairement bien portée ? Alors oui, on peut être reconnaissant à Serguine de s’être mouillé, de s’être livré aussi intimement. D’avoir réussi à publier un livre qui porte un si joli titre. Et lui être reconnaissant aussi de l’objet lui-même, car avant même d’être ouvert, ce livre est une curiosité qu’il m’enchante toujours autant d’entrevoir dans un rayon de librairie, sous l'un de ses trois habits.