vendredi, décembre 19, 2008

Le Maelström et les Gentils Coquelicots

Le temps. La Variable Vertigo. Insaisissable. Incompréhensible. Tapis roulant vers le Grand Inconnu. Inexorable courant vers les Chutes Finales. Tourbillon vers le Maelström. Temps. Toujours le même, jamais le même. Parfois complice, mais toujours traître de notre finitude. C'est au petit matin qu'il me fait le plus peur, lorsque rien ne vient troubler l'examen de son écoulement, le regard vers le passé qui remonte soudain si loin, si loin, et cette perspective trompeuse, qui vous fait apparaître la rive déjà lointaine si proche.
Mais heureusement, ce voyage impossible vers l'amont est simplement nostalgique.
Comme lorsque l'invitation est cette chanson des Poppys : "Noël 70".

















Pour ma part, je l'ai découverte à la sortie du disque, alors que j'avais l'âge de ces enfants. La semaine dernière, si vous préférez. Bon, disons le mois dernier. Il me suffit de fermer les yeux pour retrouver la lumière de l'hiver dans les rues de mon enfance. "Isabelle, je t'aime". Elle ne s'appelait pas Isabelle, mais je rêvais que je lui disais ces mots impossibles. Et puis quand je l'avais en face de moi, j'osais tout juste la regarder avec des yeux de merlan frit. "Des chansons pop..." qui me tournent toujours la tête. "Non, je ne veux pas faire la guerre", en cela je n'ai pas changé. "Love, lioubov, amour", bien avant que Sting ne nous le chante à son tour : les Russes aussi aiment leurs enfants. Oui, je les aime toujours autant, ces Gentils Coquelicots. Et c'est avec eux que je vous souhaite un

Joyeux Noël !



Illustration : Yan' Dargent.

jeudi, décembre 18, 2008


Obscures Boutiques Roses


Nelle Botteghe Oscure

solferinesi

vivono Arlecchini
,
servitori di due padroni
.

Servitori, padroni
:
sono la stessa cosa
,
tutti
.



samedi, décembre 06, 2008

Saint-Nicolas

“Là-bas, dans son pays de neige, les toits des maisons sont penchés”, dit le poète.

Oui, dans les pays de neige, les toits des maisons sont penchés. Et dans les pays de neige, pour fêter la Saint-Nicolas, on organise un grand défilé, un peu comme un corso fleuri, mais un corso fleuri d’hiver, avec des gros flocons blancs en guise de fleurs. Un drôle de saint, ce Saint-Nicolas. Il porte mitre et crosse, mais on ne le sent pas proche de la grenouille de bénitier. Encore moins du crapaud de bénitier. Non, lui, ce serait plutôt papillotes et chocolat. Son truc à lui, c’est d’arracher les petits enfants aux pattes rougeaudes du boucher malveillant. C’est sa légende, son karma. Ah oui, ne pas oublier : dans le défilé, il y a toujours le Père Fouettard. Il est sensé être terrible, redoutable. Mais en réalité il ne fait peur à personne, sauf peut-être aux tout petits, et encore, pas très longtemps. Avec sa robe de bure noire trop grande, sa fausse barbe de travers, son visage noirci au bouchon brûlé et ses pitoyables martinets déplumés, on a plutôt envie de lui jeter la pièce. Mais bien sûr, on fait semblant. Semblant d’avoir peur. Et lui fait semblant. Semblant d’être très méchant. Tout à l’heure, après le défilé, quand le jour déclinera, on retournera à la maison, et on mangera des jean-bonhommes en buvant du chocolat chaud.

Saint-Nicolas, que dirais-tu si le Père Fouettard soudain se prenait au sérieux, et prétendait répandre la poudre de boninsécurité sur le monde des enfants, cette poudre terrible qui fait apparaître les uniformes et les chiens-policiers jusque dans les écoles ?

Saint-Nicolas, que dirais-tu si le Père Fouettard menaçait d’envoyer les enfants au cachot ?

Oh, mais cela n’arrivera jamais. Jamais. Le Père Fouettard n’est qu’un fantoche, une baudruche.

Saint-Nicolas ne le permettrait jamais.

Jamais.

N’est-ce pas ?

Illustration : Carlo, dit Charleno.

mercredi, novembre 26, 2008

mercredi, novembre 19, 2008


Je ne sais plus très bien dans quel sens roule mon véhicule. Je m’arrêterai à la prochaine aire de repos :

OUI --------------- A

NON -------------- B


Au fait, où est passé le tableau de bord ? Et le volant, où est-il ?

60 km/h --------------------------- C

Un feu rouge clignotant -------D


Corrigé : Sens, contresens, quelle importance ? Tous les chemins mènent à Rome ! En revanche, l’occasion de voyager avec des passagères aussi aimables et bien disposées ne se représentera sans doute pas de sitôt. Je ne m’arrêterai donc pas à la prochaine aire de repos.

Par ailleurs, si je ne suis plus capable de retrouver le tableau de bord et le volant, il y a gros à parier que j’ai consommé des substances illicites en quantité non négligeable. Dans ce cas, le Code de la Route est sans équivoque : j’ai le droit de circuler à 60 km/h à condition de ne pas sortir de ma salle à manger. Un feu rouge clignotant m’avertira du passage à l’heure d’été.

Les bonnes réponses sont : B, C, et D.

samedi, novembre 15, 2008

EXCLUSIF !

W. : "Les Américains m'ont BEAUCOUP déçu."

Il est assis en tailleur, à même le sol recouvert d'épais tapis, confortablement adossé à des coussins brodés. Il nous convie à nous installer de la même façon. Le 5 Novembre dernier, il a tenu à rebaptiser la Maison Blanche "ad-dâr al-baïda" : "C'est ma façon à moi de prendre le maquis", nous confie-t-il avec l'air roublard d'un vieux voleur de poules. À cette heure de l'après-midi, le vaste bâtiment bruisse comme une ruche, mais ici, dans le Bureau Ovale, c'est le calme qui règne. Nous lui demandons l'autorisation d'enregistrer la conversation. Il acquiesce avec un petit geste de la main. Il a l'air pensif. Il se met à fumer la chicha : "Cela m'aide à relativiser", nous explique-t-il.

A.C. : Vous avez changé tout le mobilier ? C'est très sobre désormais : il n'y a plus en fait de meubles que cette grande table basse.
W : J'ai simplement fait évacuer le superflu. Autrement dit, je n'ai gardé que le bureau, dont j'ai fait bien sûr scier les pieds par commodité, puisque désormais il n'y a plus ni chaises, ni fauteuils.

W. verse le thé à la menthe dans les verres décorés d'arabesques. Il nous tend un plateau : "Tenez, goûtez-moi ces rahat-loukoums. Et ces cornes de gazelles ! Elles sont sublimes."
Nous acceptons volontiers de goûter les pâtisseries, qui sont en effet délicieuses. W. est visiblement ravi de voir qu'elles ont du succès : "Allons", nous encourage-t-il, "servez-vous, servez-vous, pas question qu'il en reste."

"Quand je me rends dans une poudrière, je n'oublie jamais mes allumettes."

A.C. : Tout le monde "assis par terre comme ça". L'égalité serait-elle à l'ordre du jour du nouveau Rêve Américain ?
W. : L'égalité, peut-être pas, mais un certain confort certainement : ces coussins en sont la preuve. Et pour tout vous dire, cela me ravit d'imaginer la tête de l'autre quand il va découvrir son nouveau bureau (W. étouffe un rire, il a l'air soudain malicieux). Je donnerais cher pour être là quand il entrera dans cette pièce.
A.C. : Voulez-vous dire que vous avez entrepris ces changements d'aménagement sans en parler à votre successeur ?
W. : En parler à l'autre ? Et puis quoi encore ? C'est encore moi le boss !
A.C. : Vous disiez que vous donneriez cher pour être là quand votre successeur prendra possession des lieux. Est-ce à dire que vous ne lui ferez pas l'honneur de votre présence ce jour-là ?
W. : Ce jour-là, je serai loin. J'en ai soupé de ce pays d'ingrats. Me faire ce coup-là, après tout ce que j'ai fait pour eux. Ils m'ont vraiment beaucoup déçu.
A.C. : Loin ? Au Texas ?
W. : Non m'sieur. Pas au Texas. À la minute où mon mandat se termine, je saute dans un avion, et hop ! Direction Peshawar.
A.C. : Peshawar ? Un voyage d'agrément ? Votre première visite à l'étranger en tant qu'ex-président ?
W. : Rien de tout ça. J'ai décidé de me retirer dans une madrassa. Méditer. (Il boit une gorgée de thé). Prendre enfin le temps. Vous savez, comme ce chanteur canadien, Léonard... (il claque des doigts comme pour stimuler sa mémoire)... Cohen ? C'est ça ?
A.C. : Léonard Cohen ne s'est pas retiré dans une madrassa, mais dans un monastère zen.
W. : Oui, bon, quelle différence ? Et vous avez vu le SUCCÈS de ce type avec les nanas ? Bon, d'accord, je ne chante pas, pas encore, mais je suis sûr qu'une retraite sera des plus bénéfiques à mon image.
A.C. : C'est, vraiment... surprenant.
W. : On a cru me rouler dans la farine de sarrasin, mais vous verrez, je n'ai pas fini d'étonner le monde.
A.C. : Et... vous vous rendez à Peshawar avec tout votre appareil de sécurité, bien sûr ? Certains proches vous accompagneront-ils ? Condi ? Karl ?
W. : Rien du tout. Pas de gardes du corps. Je veux être libre. Condi est gourmande comme une chatte, pas question que je l'emmène pour qu'elle écluse toutes les pâtisseries. Quant à Karl, il n'est pas au courant. D'ailleurs je ne connais personne qui s'appelle Karl, qu'on se le dise.
A.C. : Vous profiterez de cette retraite pour visiter la région ?
W. : Je me déplacerai très peu. J'ai décidé de donner l'exemple en matière d'économies d'énergie.
A.C. : Décidément, vous n'exagériez pas quand vous annonciez que vous alliez encore nous étonner.
W. : Je ne circulerai qu'en mobylette. J'ai racheté celle du mollah Omar. Une super occase. (De nouveau l'air malicieux) Et j'ai déjà la queue de renard qui va me permettre de la customiser !
A.C. :
Pensez-vous jouer un rôle diplomatique parallèle, servir de conseiller spécial dans cette région si troublée ?
W. : Quand je me rends dans une poudrière, je n'oublie jamais mes allumettes.
A.C. : Hé bien, cela nous promet de spectaculaires feux d'artifice.
W. : In shâ' allah.
A.C. : Merci pour cet entretien.
W. : Une corne de gazelle pour la route ?

samedi, novembre 08, 2008

On prend toujours un train pour quelque part

"On prend toujours un train pour quelque part
Un grand train bleu, un grand train blanc, un grand train noir",
disait la chanson d'Amade et Bécaud.
Qui n'a pas rêvé de prendre un train, par une belle après-midi, pour le Pays de l'Enfance, le pays de Zazie et de Bébert ? Un aller-retour, ni vu, ni connu, à la barbe du temps, promis, je serai de retour ce soir, non, j'ai pas oublié mon goûter.
Poussez la porte de la gare Stzuczki, asseyez-vous sur un banc de bois, et attendez. Un peu de patience. Le voilà ! Il n'est pas bleu, ni blanc, ni noir. Il est vert, comme les Tendres Paradis. En voiture ! Ne vous inquiétez pas, les soldats de plomb sont là, qui montent la garde, aucun risque d'erreur d'aiguillage. Les pigeons voyageurs font leur ronde, là-haut dans le ciel. Tout se passera bien. Bien sûr, quand le film sera fini, il faut vous engager à accepter le voyage de retour sans faire d'histoires. Mais après tout, rien ne vous empêchera d'y retourner, maintenant que vous connaissez l'adresse.
Je crois qu'Yves Robert aurait aimé ce voyage.

lundi, novembre 03, 2008

L'ombre de lui-même

Le spectateur attend en vain pendant l'heure et demie que dure la projection l'once de répit que lui a promis le titre du film. Il n'y a pas de répit. Le film va à la vitesse d'un jeu vidéo au galop, au point qu'on se demande si ce n'est pas avant tout la bande-annonce d'un jeu vidéo. Certes, on s'amuse, mais on s'amuse comme à un manège de Fête Foraine. On est loin, très loin de James Bond. On se dit que James Bond, c'est comme le Beaujolais Nouveau, et on se rappelle qu'il est arrivé par le passé que des indélicats mettent sur le marché du Beaujolais Nouveau frelaté. Alors, ce James Bond est-il tout simplement un James Bond frelaté ? À chacun d'en décider. En tout cas, no offense intended, Daniel Craig est certainement un grand acteur, mais, dans Quantum of solace, il a plus l'allure d'un sous-marinier de la Kriegsmarine que d'un agent secret de Sa Très Gracieuse Majesté. Ensuite, et surtout, les 7 règles de base d'un 007 sont négligées, oubliées. Je compte sur M pour les rappeler à la production du prochain épisode :
001 : de l'humour.
002 : au moins une séquence Moneypenny.
003 : au moins une vodka-martini. Au shaker, pas à la cuiller.
004 : au moins une fois la réplique "Mon nom est Bond, James Bond."
005 : au moins une séquence Q, ou à la limite R.
006 : au moins une séquence de casino. De préférence une partie de chemin de fer. Le sabot donne toutes les bonnes cartes à Bond et des coups de pied de l'âne au méchant qui bouillonne de l'autre côté du tapis vert, mais ne peut pas exploser, parce qu'il y a plein de monde autour, c'est bien fait pour lui, nananère, il avait qu'à être gentil.
007 : et bien sûr une histoire d'amour (impossible) dans l'histoire, et pas seulement quelques papouilles à la va-vite et sans conviction. Bond n'est pas (qu')une brute, nom de nom !

Sinon, la prochaine fois, quand l'agent d'la reine reviendra, ma parole nous on r'viendra pas.

vendredi, octobre 31, 2008

Mamie Lumière et Tante Cravache

La commémoration du centième anniversaire de la naissance de Françoise Dolto a donné lieu à la publication de bon nombre d'articles de presse, avec pour points communs ce présupposé : elle est à l'origine du "culte de l'enfant roi", et cette question : le temps est-il venu de remettre en cause son héritage ?
Ces articles étaient illustrés par des exemples relatant les expériences de "familles Dolto" et de "familles anti-Dolto". Les premières étant censées faire la part (trop) belle à la discussion et à l'explication, tandis que les dernières n'hésitaient pas à recourir aux "vieilles" méthodes, à l'instar du témoignage de cette architecte, qui évoquait sans amertume la badine familiale, surnommée "Tante Cravache", qui vous permettait d'expier vos fautes en vous fouettant un peu le sang.
Bien que n'ayant d'autre autorité en la matière que le sens commun, je me permets d'ajouter mon grain de sel : je crois totalement absurde d'opposer ainsi des modes de fonctionnement familiaux en les cataloguant en référence à Françoise Dolto, comme si celle-ci avait jamais prétendu nous présenter des Livres de Loi imposant des comportements types que nous étions priés de suivre à la lettre, ce qu'elle n'a jamais fait. Il y a peu de temps, le pédopsychiatre Aldo Naouri, dont je ne mets pas en cause bien sûr la valeur et la riche expérience, a publié un livre qui a eu droit à force publicité et fort peu de critique : ce livre, oui, me semble de l'anti-Dolto, pour deux raisons. D'abord justement parce-qu'il prescrit des comportements, de façon parfois totalement caricaturale et rigide, par exemple : "Il FAUT retirer le doudou à l'âge de DEUX ans SANS donner d'explications". Cela, je l'ai entendu le répéter dans diverses émissions de radio sans qu'un journaliste ne lui pose enfin la question : "Pourquoi pas plutôt à deux ans moins une heure, ou à deux ans plus une heure, ou à quinze ans, ou à trente ans ?" Quant aux explications, elles seraient dangereuses et anxiogènes. Ensuite, ce grand spécialiste nous assène ses théories, comme par exemple celle-ci concernant les caprices et les troubles du comportement du jeune enfant : ils surviendraient quand l'enfant prend conscience que "sa mère est en mesure de le tuer" (sic). Là encore, aucun journaliste n'a eu l'idée de lui demander d'où il sortait cette théorie, et surtout ce qui lui permettait de l'énoncer comme une vérité première. Voilà deux choses que Françoise Dolto ne faisait pas : prescrire des comportements rigides, et prêcher SA vérité.
Françoise Dolto n'a pas inventé le culte d'un enfant roi. Elle nous a simplement appris à mieux communiquer avec nos enfants. Françoise Dolto fait partie de ces penseurs et de ces philosophes qui ont permis à la société, par un travail qui a duré plusieurs siècles, de comprendre mieux l'enfant et l'enfance, de ne plus considérer l'enfant comme un adulte en modèle réduit, mais comme un être en devenir que l'on doit aider à s'épanouir. Il est vrai qu'aujourd'hui, la société semble en phase de régression sur cette conception de l'enfance, le meilleur exemple en étant le fait que la justice tend à nouveau à assimiler le comportement délinquant de l'enfant et de l'adolescent à celui d'un adulte, avec les conséquences que cela entraîne notamment sur la nature des réponses apportées à cette délinquance. On peut se demander, oui, c'est je crois une très bonne question, ce que Françoise Dolto aurait dit de cette "évolution".
Non, l'héritage de Françoise Dolto n'est pas celui d'une Mamie Gâteau.
L'héritage de Françoise Dolto est celui d'une Mamie Lumière.


Dessin : Rémi Malingrëy

samedi, octobre 25, 2008

Courteline ?
Non, Kafka.


Le monde est fou
C’est ce qu’on en dit

Mon chum pis moi

Mon chum pis moi

On n’est pas fous

Moi pis mon chum

Le squelette
Du Géant Beaupré

Pierre Huet - Le Géant Beaupré


Dans la presse écrite, un chroniqueur s’intéresse à l’intérêt que portent les français aux grandes figures de leur passé, au rang desquelles il cite pêle-mêle Dolto, Sartre, Sagan, et Mesrine. Euh... On a encore le droit de jouer à “Cherchez l’intrus”, ou on est obligé de prendre tout le lot ?

“Y a pas d’héros (sic) dans la criminalité, y a qu’des hommes qui sont marginaux et acceptent pas les lois”, annonce d’une voix où l’on sent pointer la jubilation un acteur à la mode pour vanter la sortie d’un film consacré à un truand meurtrier, une “grande figure du passé”, tandis qu’un des auteurs du projet avoue à qui veut l’entendre que les mémoires de la “grande figure” lui servaient de livre de chevet quand il avait douze ans. Le réalisateur confie à propos de la “grande figure” : ” Je ne l'admire pas. Mais j'ai de l'affection pour lui. (...) Tout le monde s'accorde sur le respect qu'il imposait à ses amis comme à ses adversaires. Les policiers eux-mêmes lui reconnaissaient une certaine intelligence, un code d'honneur, une jovialité... (...) (Il) a appris le gangstérisme en regardant les films avec Gary Cooper et James Cagney, et en a tiré son propre code d'honneur.”
Autrefois, la canaille faisait frissonner la bourgeoise en mal d’émotions fortes, aujourd’hui elle fait léviter les dandys et les intellectuels à la page.

Dans les écoles, les enseignants se font écharper par les élèves ou leurs parents pour un regard de travers. Mais si un enseignant perd patience et a un geste de trop, ou si le simple soupçon d’un geste de trop pèse sur lui, il est aussitôt embarqué manu militari par les argousins en grand uniforme, sans aucune jovialité, scrongneugneu, ton compte est bon, mon gaillard !
Tout de même, ces enseignants : ils se font agresser par ceux qui seront peut-être les “grande figures de demain”, et ils ne sont pas capables de réaliser la chance qu’ils ont !

En raison d’une faute d’étourderie dans la rédaction d’un acte judiciaire, deux lettres écritent à la place de deux autres, un violeur récidiviste reconnu dangereux est remis en liberté. “On ne peut pas faire autrement, c’est IMPOSSIBLE, nous expliquent les Docteurs de la Loi.
Question : si demain un greffier facétieux écrit sur un acte du même type que “La Tour Eiffel doit être immédiatement démontée boulon par boulon”, est ce qu’ON NE POURRA PAS FAIRE AUTREMENT ? Ce sera IMPOSSIBLE ? Allez ! On démonte ! Tout de suite ! Tout de suite IMMÉDIATEMENT ! Comme c'est ÉCRIT ! Maktoub ! En plus, ça fera de la place pour construire des tours.

Pendant ce temps, bien au chaud dans leurs bulles dorées, les phynanciers ricanent en regardant les maisons du petit peuple se transformer en bulles de savon.

Y a pas d'éraus dans la criminalité, mais les zéros ont encore de beaux jours devant eux.

Le monde est fou.



jeudi, octobre 23, 2008

Il y a aujourd'hui cinquante ans que les lutins bleus nous aident à schtroumpfer le blues :
Happy Birthday Spanking !

vendredi, octobre 17, 2008

Et si, avant leurs matchs de foutte (diantre !), on leur faisait plutôt écouter ça ?





Après tout, les premières mesures sont les mêmes, mais reconnaissons que les paroles de cette version sont plus propices à l'entente cordiale. Et je ne crois pas impossible qu'ils n'aient besoin en effet que de cela.



Après le match,
ils auront le droit de faire un ou deux graffitis.







Et après ça, une tisane et au lit.


lundi, octobre 13, 2008

Blanche Neige et frissons

Prenez un bon thriller. Un thriller des frères Coen, par exemple. Non, plutôt des frères Grimm. Un classique. Disons "Blanche Neige". Vous savez, le genre d'histoire au titre innocent qu'on vous lisait autrefois pour vous endormir et qui vous empêchait de dormir toute la nuit. Et je parie que vous aussi, à votre tour, vous l'avez lue à vos enfants "pour les endormir". Mais là n'est pas le sujet. Donc, prenez Blanche Neige, le plus délicatement du monde, cela va de soi, et sortez-la du livre. Posez-la sur une scène. Confiez à Angelin Prejlocaj et son ballet l'impossible défi : recréer "pour de vrai" (bon en fait c'est pour de faux mais quand on le voit on croit vraiment que c'est pour de vrai, je vous assure) l'histoire de Blanche Neige. Et pas de droit à l'erreur, on n'est pas au cinéma ou dans un dessin animé. Pas de seconde prise. La musique symphonique de Mahler, exprimant une sorte de "Heimweh" flamboyante dont le thème nostalgique est le cœur de nos émotions les plus secrètes . Les costumes de Jean-Paul Gaultier : oui, je sais, moi aussi j'étais dubitatif, tant ce monde de la Haute Couture m'est étranger, mais il faut reconnaître que c'est une réussite. Ajoutez des décors fabuleux, le talent des danseurs, la chorégraphie riche en surprises. L'ombre de Thanatos vous fait frissonner. La flamme d'Eros vous éblouit. La magie est là. La magie fonctionne. Si vous avez la possibilité de voir ce spectacle au Théâtre National de Chaillot, profitez-en. Et puisqu'ensuite les danseurs du Ballet Prejlocaj partiront semble-t-il pour une tournée qu'on leur souhaite la plus longue possible, s'ils passent dans votre région, ne manquez pas d'aller les voir.

samedi, octobre 11, 2008

Simple comme bonjour :

1) Libérer et rabattre la toile de Nîmes

2) Suivre les indications du pictogramme

vendredi, octobre 03, 2008


Comme à la radio

En ces temps de crise, moi, parfois, j'avoue, je regarde la télé. Mais pas Yvan le gladiateur ni Julie Lescaut. À la télé, ce que je préfère, c'est regarder Howard Stern faire de la radio. Il a une façon tellement bien à lui de mettre ses invitées (je vous présente Kira Reed en noir, Taimie en blanc) à l'aise : ça vous réchauffe le cœur, non ?

En ce qui concerne les dialogues, on n'est pas vraiment dans Shakespeare, mais après tout qui peut affirmer que Shakespeare aurait boudé Howard Stern ? Pour ceux d'entre vous qui ont séché les cours d'anglais, voici quelques sous-titres que je vous laisse le soin de placer au bon endroit :

Howard Stern : Vous allez rentrer et faire l'amour ensemble ce soir, n'est-ce pas ?
Copine En Blanc : J'espère bien...
J'ai Encore Oublié Ma Culotte : Hihihi
HS (à JEOMC) : Super. Bon, tu veux une fessée ?
JEOMC : OUI OUI ! S'il vous plaît !
HS : Avec un tambourin et un cable, ou juste ma main ?
JEOMC : J'aimerais bien votre main...
HS : Ma main ? Tu sais que cela risque de me faire de l'effet ?

Préparations. Quand JEOMC s'installe, elle remarque :
- C'est un rêve qui devient réalité.
HS : Et pour moi donc !

On s'installe bien confortablement. HS décide que ce serait mieux avec un petit scénario. Son assistant a une idée géniale et incroyablement originale : HS serait le professeur, et JEOMC l'étudiante qui n'a pas fait ses devoirs.

HS : Tu me désoles. Si tu ne fais pas tes devoirs, je vais être obligé de te mettre un zéro.
JEOMC : C'est pas d'ma faute, c'est juste que j'suis trop occupée par le sexe alors j'ai pas l'temps pour les devoirs.
HS : Soyons sérieux. Tu sais ce que paient tes parents pour cette fac ? Tu as une idée ?
JEOMC : Non...
HS : Probablement 45 000 $ par an. Tu es interne. Tu es sous ma responsabilité. Si tu n'es pas sérieuse, je vais devoir te virer !

L'assistant s'impatiente :
- Fesse-la !
HS : Je fais de mon mieux pour que ça sonne juste. Bon, je vais te fesser, et à chaque claque, je veux que tu me présente tes excuses,...
JEOMC : Oui monsieur.
HS : ... et que tu me demandes la claque suivante. Et dans ces conditions je passerai peut-être l'éponge.
JEOMC : Bien.
HS : Tu sens ma main sur tes fesses ?
JEOMC : Et comment
HS : Prête ?
JEOMC : Vi...

Il la fesse. Il la gronde. Elle n'a pas l'air de trouver cela trop désagréable. Sa copine non plus, puisque quand l'assistant remarque qu'une autre édudiante est présente et attend qu'on s'intéresse à ses notes, elle accepte bien volontiers de venir prendre la place encore chaude.
Soupir.
Comment fait-on pour devenir animateur de talk show à New York ? Il y a une école spéciale ? Sachant que j'ai déjà les lunettes de soleil, je commence quand ?

jeudi, octobre 02, 2008

Ce soir à la télé

Yvan le gladiateur sur M6. Julie Lescaut sur TF1. On ne sait que choisir.

Photo et texte trouvés ce soir sur la page d'accueil de Yahoo!
Comment dire ?... Ah oui : AU SECOURS !!!!!!!!!!
Fais comme l'oiseau ...

On se promène. On a passé la forêt et pris des chemins de traverse. On découvre une maison abandonnée. Il faut passer des ronces pour y accéder. Des fenêtres aux volets clos, d'autres béantes comme des yeux crevés. La porte est entrouverte. On la pousse, on entre. Un fatras de meubles oubliés, de vieilleries échouées. Là, par terre,
  • un gros cahier.
  • On l'ouvre. Des photos. Des photos surprenantes. On s'assied par terre, on prend le temps de feuilleter. L'herbe folle. La beauté. Les jouets oubliés. Les manèges qui n'en finiront jamais de tourner. La lumière complice. Et elle, si belle, sensuelle et pourtant irréelle par ses mises en scène. On repose le cahier pour que d'autres puissent le trouver et le feuilleter à leur tour. Il faut rentrer avant que la nuit tombe. On reviendra demain.

    Photographie : Cari Ann Wayman

    samedi, septembre 27, 2008

    Où vont les rêves ?

    Où vont nos rêves quand on les oublie ? J'aime à croire, comme Michel Jonasz l'a si bien chanté, qu'ils sont avec nos amours perdues, "au cœur de la nuit, derrière la lune suspendue". Nous avons tous fait l'expérience d'un réveil au petit matin, au sortir d'un rêve dont le souvenir semble net comme une séance de cinéma, et dont la magie s'évapore à mesure qu'on cherche à le traduire en mots. Et puis soudain il n'est plus là, la porte s'est définitivement refermée, on l'a oublié. Peut-être Shuji Terayama a-t-il trouvé le moyen de sauvegarder la magie, en traduisant ses rêves non pas en mots, mais en images ? Peut-être est-ce cela que l'on voit dans ses photographies ou ses films : ses rêves, qu'il a su saisir avant qu'ils ne s'évaporent ? Une promenade parmi ses images, c'est une promenade dans une forêt mystérieuse. Il y a bien longtemps, le magazine Zoom nous avait permis de découvrir quelques extraits de "La photothèque imaginaire", et ce fut la révélation d'un érotisme onirique tout à fait original, teinté d'un humour à la Monty Python. Le livre est aujourd'hui à peu près introuvable. Et c'est là que nous pouvons dire un grand merci, d'abord à Internet, et ensuite, merdre ! de par ma chandelle verte ! au
    Père Ubu, qui nous offre ce qui n'est sans doute pas loin d'être l'intégrale de l'album en images haute définition. Avec en prime l'accès à de nombreux films du même auteur. Un conseil : si vous voulez ressortir de la forêt et revenir ici nous donner vos impressions, n'oubliez pas de semer des petits cailloux le long de votre chemin. Attention, pas de miettes de pain : ç'est prouvé, ça ne marche pas !

    mardi, septembre 23, 2008


    fraîche fleur de neige

    éclot en pétales pourpres

    sous les feux de l'aub
    e


    Amour Cuisant Haïku Nu 20008

    Photographie : Shuji Terayama

    samedi, septembre 13, 2008

    Châteaux de mémoire

    Notre mémoire est un château qui se bâtit au fil des jours. Le pont-levis, de quand date-t-il ? Et ces mâchicoulis ? Et cette tourelle, tout là-haut, quel souvenir renferme-t-elle ? Il y tant d’escaliers, tant de recoins. Il y a les pièces vastes et lumineuses dans lesquelles nous séjournons chaque jour, les cuisines où nous concoctons les souvenirs de demain, les débarras où sont les détails que nous hésitons à oublier. Il y a les pièces sombres que nous n’osons plus ouvrir. Il y a les pièces fermées à clef pour toujours. Il y a même des pièces dont nous avons oublié l’existence. Et si le château est si vaste, c’est que notre propre mémoire se nourrit de notre vie, mais aussi de celle des autres, ceux que nous croisons, ceux avec lesquels nous vivons, ceux aussi dont nous lisons les livres, dont nous écoutons la musique, dont nous admirons les œuvres. Combien sommes-nous à nous être approprié les images de Doisneau, au point de les avoir intégrées à notre propre mémoire ? Les rues de Paris dans la grisaille d’un jour d’hiver, les écoliers rêveurs, les galopins tireurs de sonnettes,
    les femmes au sourire mélancolique, les femmes au sourire lumineux, les amoureux rayonnants, les hommes prêts à tout dévorer, les hommes usés, les couples des guinguettes dansant sous les lampions d’une nuit qui ne finira jamais... Le monde de Doisneau doit habiter à peu près autant de mémoires que celui d’un certain jeune reporter audacieux à la houppe rebelle. Le documentaire “Doisneau tout simplement”, de Patrick Jeudy, est un voyage dans ce monde. Le commentaire est dit par Doisneau lui-même, et l’on comprend en l’écoutant ce que Jacques Prévert veut dire lorsqu’il parle de son humour fraternel et de son absence de tout complexe de supériorité. Le voyage comprend entre autres étapes le monde de l’usine, où Doisneau a commencé sa carrière, les marchés au petit matin, une promenade à Paris en compagnie de Prévert, le monde de la nuit du côté des Halles, celui des souteneurs, des infirmières de l’amour, des tatoués, de Riton Langue de Velours et de Margot la Béquille. Il y a les biffins. Il y a Pierrette, la belle accordéoniste que l’on suit de la rue Mouffetard au quartier des Halles, celle que les bouchers de la Villette, les tueurs couverts de sang, écoutent en pleurant quand elle chante : “Tu peux pas t’figurer comme je t’aime, c’est si doux d’être câlinée”. Il y a le passage Virginie et son frisson. Il y a le spectacle de Music Hall du Concert Mayol. Allez, venez faire un petit tour en coulisses : vous ne le regretterez pas. Il y a Picasso à l’humeur farceuse, et bien d’autres personnalités familières, écrivains ou artistes. On s’amuse à reconnaître Colette, Aragon, Malraux, et tant d’autres. Des séquences filmées viennent prolonger l’image. Le poulbot se laisse glisser le long de la rampe, la cour de récréation s’anime, la belle se poudre le visage en souriant furtivement. Mais de toute façon les photos de Doisneau ont si bien capturé le mouvement, la vie, que chacune d'elle laisse l'impression d'une lanterne magique. Laissons le dernier mot à Prévert : “Lorsque Robert Doisneau travaille à la sauvette, c’est avec un humour fraternel et sans aucun complexe de supériorité qu’il dispose son miroir aux alouettes, sa piégerie de braconnier et c’est toujours à l’imparfait de l’objectif qu’il conjugue le verbe photographier.”

    Photographies : Robert Doisneau, tout simplement.
    “ Doisneau tout simplement”, de Patrick Jeudy, est disponible en DVD (Éditions Montparnasse).


    dimanche, septembre 07, 2008

    À propos de "Lalla ou le chant des sables"

    Enfant, je me rappelle de longs moments passés à contempler le ciel des nuits d’été, allongé dans un champ, quelque part dans l’arrière-pays niçois. J’ai même eu droit à la vision d’un OVNI, si, je vous assure. Lorsque j’étais très jeune, je me perdais simplement dans la magnificence de la voûte étoilée. Un peu plus tard, au plaisir de la contemplation vint s’ajouter le vertige que l’on ressent en prenant conscience de l’impossible mystère de l’espace et du temps. Certaines des étoiles que je voyais briller n’existaient peut-être plus au moment où je les voyais, et de là-bas, très loin, on pouvait peut-être voir l’image de la terre telle qu’elle était hier, il y a cent ans, il y a mille ans. Le plaisir d’apprendre à connaître les étoiles, les constellations dont les noms à eux seuls sont une invitation au rêve. Et si on ne les connaît pas, rien n’empêche de laisser les étoiles libres d’en inventer de nouvelles. La lecture de
  • "Lalla ou le chant des sables",
  • d’Angèle Paoli, c’est un peu comme cela, c’est un peu comme la contemplation de la voûte étoilée, une nuit d’été. Si vous revenez au même endroit dans une heure, le ciel aura changé. Si vous relisez “Lalla”, le texte aura lui aussi changé, les mots auront glissé devant votre esprit comme les étoiles dans la profondeur de la nuit. C’est un texte dont on perçoit la respiration et les battements de cœur. Un texte parsemé de mystères dont les clefs sont cachées quelque-part, dans l’oasis, à moins que l’oasis ne soit un mirage. Vous pouvez suivre Lalla, mais elle est déjà bien trop loin pour que vous l’approchiez jamais. Elle part en quête comme un Petit Prince, et pas plus qu’un Petit Prince elle ne craint le serpent des sables. Le Petit Prince disparu, il nous reste son rire dans les étoiles. Lalla disparue, il nous reste le bruit du vent du désert.

    mardi, septembre 02, 2008

    C'est la rentrée !

    - Déjà ? Et nous avons complètement oublié...
    - ... de faire nos devoirs de vacances !
    - Que va dire Amour Cuisant quand il va l'apprendre ?
    - Il va sûrement nous donner...
    - ... plein de baisers ?
    - Oh, justement : le voilà !

    jeudi, juillet 31, 2008

    Deux ans de vacances !

    - Allô ?
    -
    Amour Cuisant ?
    - Lui-même à l’appareil. La communication n’est pas très bonne.
    - Qu’est-ce que c’est que cette histoire de “deux ans de vacances” ?
    - Parlez plus fort ou coupez votre récepteur si vous ne l’avez pas fait : je vous entend très mal.
    - Je dis : qu’est-ce que c’est que cette histoire de “deux ans de vacances” ?
    - Eh bien... Mes vacances, tout simplement.
    - Il n’est pas question que vous preniez deux ans de vacances. Pourquoi pas cinq ou dix, pendant que vous y êtes ?
    - Mais enfin, selon mon contrat, il m’est loisible de ...
    - J’en ai maté de plus coriaces que vous !
    - Mais, et mon contrat ?
    - Considérez-le comme caduque !
    - Aqueduc ? Mais quel aqueduc ?
    - Vous fichez pas de moi, hein ?
    - Un site gallo-romain ? Mais je n’ai pas du tout l’intention de faire des fouilles !
    - Ne comptez pas vous en mettre plein les fouilles mon petit ami : le projet Amour Cuisant est avant tout culturel.
    - Alors c’est d’accord pour les deux ans ?
    - C’est hors de question. Vous avez un mois grand maximum.
    - Mais comment voulez-vous que je fasse en un mois tout ce que j’ai à faire : une virée en ballon, chasser le grand fauve, voyager à dos d’autruche...
    - Vous n’avez qu’à vous contenter d’aller manger des crêpes en Bretagne, comme d’habitude.
    - Je pourrai en prendre une muroise-frangipane ?
    - Si ça rentre dans le budget, pourquoi pas ?
    - Bon, alors dans ce cas, c’est d’accord.
    - Vous voilà redevenu raisonnable. À dans un mois.
    - À dans un mois.

    Illustration : Léon Benett.

    dimanche, juillet 27, 2008

    Éloge de la salade de carottes

    Cette salade vous a été préparée par Amour Cuisant, grâce à la
  • recette
  • dénichée par Mélie.

    samedi, juillet 26, 2008

    Et rosir de plaisir au jardin abandonné...

    Lou, tu es ma rose
    Ton derrière merveilleux n'est-ce pas la plus belle rose
    Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
    Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous
    Que l'on fouette comme la brise
    Fustige les fesses des roses dans le jardin
    Abandonné
    Lou ma rose ou plutôt mes roses
    Tu m'as envoyé des feuilles de roses
    Ô petite déesse
    Tu crées les roses
    Et tu fais les feuilles de roses
    Roses
    Petites femmes à poil qui se baladent
    Gentiment
    Elles se balancent en robe de satin
    Sur des escarpolettes
    Elles chantent le plus beau parfum, le plus fort le plus doux
    Lou ma rose ô ma perfection je t'aime
    Et c'est avec joie que je risque de me piquer
    En faveur de ta beauté
    Je t'aime, je t'adore, je mordille tes feuilles de rose
    Rose, reine des fleurs, Lou reine des femmes
    Je te porte au bout des doigts ô Lou ô rose
    Au bout des doigts, en te faisant menotte
    Jusqu'à ce que tu t'évanouisses
    Comme s'évanouit le parfum
    Des roses
    Je t'embrasse, ô Lou et je t'adore

    Guillaume Apollinaire - Lou ma rose



    dimanche, juillet 20, 2008

    La fessée de l'Enfant Roi
    ou les délices de l'impossible nostalgie ?

    Il serait injuste de réduire l'exposition "Traces du sacré" au seul tableau de Max Ernst, "La Vierge corrigeant l'Enfant Jésus devant trois
    témoins : André Breton, Paul Éluard et le peintre". Le visiteur est accueilli par une série de dessins, dont "Le phare des Casquets", de Victor Hugo, justifie à lui seul le déplacement.

    Il découvre ensuite une série d'œuvres qui vont du kitsch au génie, et dont les plus touchantes ne portent pas forcément une prestigieuse signature. Le tableau de Max Ernst se trouve au fond d'une alcove, en toute fin du parcours, en somme sur l'ultime case de cette marelle enchantée qui nous est offerte à Beaubourg jusqu'au 11 Août. Admirer une reproduction de cette œuvre est une chose. L'avoir soudain devant les yeux en est une autre. Pouvoir l'admirer dans toute sa dimension, toute sa force, sa plénitude lumineuse, pouvoir en apprécier jusqu'au grain, est un moment inoubliable. De très intéressants commentaires sont proposés au spectateur, par ailleurs largement développés dans le catalogue de l'exposition. Ils éclairent le spectateur sur l'histoire du tableau, liée à un souvenir d'enfance de Max Ernst, renvoient à son côté indéniablement iconoclaste, et proposent même un décryptage d'indices cachés. Mais on aurait envie de faire abstraction de ces savantes observations pour souligner cette évidence : le peintre est le seul des trois témoins à "voir" la fessée parce-que cette fessée-souvenir appartient à sa seule imagination, et qu'il nous la livre telle qu'il la rêve, magnifiée, et, il faut bien le dire également, non dénuée de sensualité. Il est bien connu que la vraie fessée ne peut, par définitinon, être vue par qui la reçoit. Seul l'imaginaire peut lui en offrir une représentation. C'est cette représentation que nous avons sous les yeux. En cela, on peut ne pas partager l'opinion qui souligne avec insistance le caractère offensant de l'œuvre. La Vierge correctrice n'est pas forcément incompatible avec la Vierge protectrice, loin s'en faut. Et dans la nudité provoquante de l'Enfant Roi - jusqu'à son auréole lui a été provisoirement retirée - on peut voir le symbole de sa pureté originelle, celle à laquelle le ramène cette cérémonie intime, cette "sacrée fessée". Et puisque de "traces" il est question, celles bien rouges que l'on voit sur ses fesses potelées témoignent de la vigueur du châtiment, mais aussi de la sensuelle nostalgie de l'imaginaire qui l'a recréé. L'auteur de ce tableau-rêve, le peintre, est le spectateur de sa propre fessée, dont l'image réelle lui est à jamais interdite. Il est le témoin de la fessée. Il est l'enfant fessé. La tentation est grande de penser qu'il est aussi l'autorité fesseuse, dans l'innocence que lui confère le choix allégorique. Et qui regarde le tableau est aussitôt convié à cette même trinité émotionnelle. Si vous avez la chance de passer par Paris, avec ou sans petit âne gris, avant le 11 Août, ne vous privez pas de l'expérience. Ensuite, pour la vivre, il vous faudra vous rendre au Musée Ludwig de Cologne.

  • Pour en savoir plus

  • jeudi, juillet 03, 2008

    Lectures de vacances

    On cherche un livre sans le chercher. À cette heure de l'après-midi, même la bibliothèque fait la sieste, ronronnant de tous ses rayonnages chargés d'aventures, d'amours impossibles et d'images anciennes. On profite du temps libéré par l'été pour laisser le regard flâner sur les tranches colorées des livres, d'un titre à l'autre. On prend celui-ci, on l'ouvre comme on ouvrirait une boîte de chocolats, on feuillette. On lit un paragraphe, on le déguste. On remet le livre à sa place. Tiens, cet autre. Il nous avait apporté tant de plaisir. On retrouve le passage qui nous avait fait rire. On le relit. Le charme est intact. Le rire est au rendez-vous. Voilà à présent que nous pensons à ce livre que nous lisions, enfant, et qui a franchi les vagues du temps comme une coquille de noix franchit l'océan. Où est-il ? Il était... Voyons... Là ? Non. Plus haut, là ! Non. Disparu. La bibliothèque se réveille à demi. Elle saisit notre désarroi. Pleine de mansuétude, elle repousse légèrement le taquin qui enfin s'offre à notre attention. On le sort de sa cachette avec précaution. On l'emporte au jardin pour le lire au soleil. On sera ému, comme autrefois. On aura un peu peur, comme autrefois. Une peur délicieuse. Qui sait si entre les pages, on ne trouvera pas les miettes d'un lointain goûter ? Le soleil, lui, n'aura pas oublié.

    © Amour Cuisant qui Lézarde au Soleil 2008
    Photographie : Jean-Marie Périer


    vendredi, juin 27, 2008

    Balade à Apache Town

    Si en ce début d'été vos pas vous mènent dans le Val de Loire, ne manquez pas d'aller à Vendôme et de vous offrir une petite flânerie photographique. Plusieurs lieux d'exposition sont aménagés dans divers lieux de la ville. Par exemple, au Musée de l'Abbaye, vous trouverez une gallerie consacrée à Émile Savitry. On s'y promène dans le Paris de Django et des apaches. On y croise Brassaï, Giacometti, Brigitte Bardot, Anouk Aimée à dix-sept ans, Anaïs Nin, et quelques muses aux fesses dodues, comme celle-ci :



    qui semble attendre ce que lui réserve l'imagination du spectateur de hasard.

    Allez non loin de là, dans l'ancien manège du Quartier Rochambeau. Vous entendrez peut-être l'écho des sabots d'une ronde de chevaux fantômes. Vous y verrez les images animées du chronophotographe de Georges Demenÿ : on imagine l'émerveillement de ceux qui découvrirent ces "apparitions" au temps des balbutiements du cinéma : les risettes de bébé, le sourire de l'enfant, la dame qui vous souffle un baiser, le fumeur de pipe, et même les danseuses de cancan.
    Et plein d'autres choses, avec en plus l'accueil de gens chaleureux et passionnés.

    Enfin, avec un peu de chance, le Carillon de Vendôme chantera pour vous :
    "Mes amis, que reste-t-il

    À ce dauphin si gentil ?

    Orléans, Beaugency,

    Notre-Dame-de Cléry,

    Vendôme,

    Vendôme."

    Photographies : Émile Savitry

  • Demandez le programme !



  • mardi, juin 24, 2008

    On badine avec l'amour

    Le film date de 1968, mais il n'a pas pris une ride. Et en matière d'érotisme, il anticipe avec brio la célèbre année 69. Romy Schneider, lumineuse de beauté, sait à merveille agacer son Alain Delon. Elle sait qu'il suffit d'ébaucher un flirt avec Maurice Ronet, sous le regard embarrassé de Jane Birkin, pour que le samouraï ait envie de sortir son sabre. D'où cette scène, la nuit venue : dans le jardin désert, Delon prend Romy dans ses bras, l'entraîne jusqu'à la véranda doucement éclairée de la villa. La véranda est pourvue de deux fenêtres à claire-voie, en enfilade, et c'est par l'une d'elle que le spectateur indiscret assiste à la suite de la scène. La robe est vite défaite, le dos dénudé jusqu'au bas des reins. Delon ressort, à défaut de sabre va cueillir une fine branche de laurier, revient en l'effeuillant. Romy s'est appuyée dos à la fenêtre de la paroi opposée. Elle lui fait face. Elle nous fait face. Delon caresse son ventre et ses seins avec la badine improvisée :
    - Tourne-toi.
    Romy obéit. Se tourne. Attend. Delon l'admire. Le spectateur, lui, ne voit pas tout. La claire-voie l'en empêche. Mais ce qui est suggéré est parfois infiniment plus puissant que ce qui est montré. Romy, somptueuse Angélique offerte au fouet du pirate Delon. Un fouet qui se fait attendre. Juste le temps qu'il faut. Delon cingle les reins nus. Une fois. Deux fois. Romy se retourne, et c'est l'étreinte.
    Passionnée.
    "La piscine", mise en eau par Jacques Deray.
    On appelait ça le cinéma.



    mardi, juin 03, 2008

    Comme un bouquet de coquelicots

    Ce que nous voyons dans le miroir est déjà notre passé, et tout notre passé est derrière le miroir.
    Nous pouvons prendre le temps de nous asseoir et de le contempler, mais nous ne pouvons passer de l'autre côté, sauf bien sûr dans les contes de fées.
    Tout notre passé est de l'autre côté du miroir, et tous ceux qui ont traversé notre vie.

    Le miroir ne juge rien, mais il montre tout.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit son image, ses joies, ses sourires, ses illusions, ses faiblesses, ses erreurs, ses lâchetés.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit le bonheur et le temps partagé, la futilité et le temps perdu.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit ceux qui ont traversé sa vie, et parfois il voit dans leur image la vérité qui lui avait échappé dans la réalité.

    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit les jours du passé comme un bouquet de coquelicots.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler comprend que la vie est un éclat de lumière dans le miroir.

    Alors, il est temps qu'il se lève, qu'il se détourne du miroir, et qu'il aille se servir une bière de Bohème.

    © Amour Cuisant au Miroir 2008