jeudi, janvier 10, 2008

À propos des Confessions, d'Enchantement, d'Eden, et de la fessée que reçut Dottie

"I've got my friends in the world,
I had my friends,

When we were boys and girls,

An the secrets came unfurled."

Neil Young -
Philadelphia


"J'ai des amis dans ce monde,
J'en avais autrefois,
Quand nous étions enfants,
Au temps où se dévoilent les secrets."

Parmi les souvenirs d’enfance, ceux liés à la construction de notre sexualité et de notre imaginaire érotique sont sans doute parmi les plus puissants, mais aussi parfois les plus difficiles à évoquer : parler de la sexualité naissante, de l’éros natif, est un exercice délicat. Bien souvent, dans la littérature ou le cinéma, le sujet est traité sur le mode de la comédie. Mais nous savons bien que dans la réalité, cela n’est pas toujours si drôle, et que cette construction-là cache bien des épines où nous nous sommes piqué le cœur. Il est significatif que dans la littérature classique, on en revienne toujours et encore à Rousseau et à Mlle Lambercier lorsqu’il s’agit d’évoquer l’étrange obsession de la fessée liée à l’enfance : c’est tout simplement qu’il n’existe guère d’autres sources. Il y a gros à parier que cette obsession fut, est partagé par bien d’autres auteurs, mais bien peu se sont risqués à traduire en mots, à décrire la genèse de cette obsession. Sur un plan littéraire à proprement parler, le seul autre exemple que je connaisse est celui de Daphne Merkin, bien sûr dans son célèbre article du New Yorker intitulé “Spanking, an unlikely obsession”, mais plus encore dans les lignes étincelantes consacrées à ce sujet dans le livre “Enchantment”.

Si les sources littéraires sont si rares, il n’est guère étonnant que les sources cinématographiques le soient plus encore : il est sans doute encore plus difficile de se livrer à un tel exercice par l’image que par les mots, lesquels offrent une palette de nuances incomparablement plus riches. La délicieuse séquence d’introdution du film “Exit to Eden” fait partie de ces oiseaux rares, mais il s’agit d’un simple clin d’œil humoristique. Sur un plan réellement élaboré, je ne connais qu’un seul exemple : le court-métrage de Todd Haynes, “Dottie gets spanked” (“Dottie reçoit une fessée”). Todd Haynes est à l’affiche en ce moment avec le film “I’m not there”, consacré à Bob Dylan. “Dottie gets spanked” date de 1994. Ce film court, largement autobiographique, raconte l’histoire d’un petit garçon, Steven, fasciné par une héroïne de show télévisé, Dottie (“Fofolle”), inspirée par la Lucille Ball de “I love Lucy”. Cet engouement n’est pas sans poser quelques problèmes, ce show étant prisé essentiellement par les petites filles et leurs mamans, tandis que les garçons sont sensés plutôt regarder les matchs de football ou de base ball avec leur papa... Donc des parents, un papa surtout, désemparés, et un Steven qui est, sinon le vilain, en tout cas le drôle de petit canard parmi ses camarades d’école. Un deuxième fascination vient encore compliquer les choses : celle que Steven se met à éprouver pour la fessée. Non pas la vraie, celle qui blesse et qui fait mal, mais la fessée imaginée, fantasmatique, qu’il met en scène sur l’écran noir de ses nuits blanches. La représentation de l’appropriation psychique de ce fantasme par le biais du rêve est un tour de force étonnant. Et quand les deux objets de fascination se télescopent, cela donne... une fessée pour Dottie.

“Dottie gets spanked” a longtemps été inédit en France. J’ai découvert - il y a quelques jours - qu’il a été projeté aux Rencontres internationales de cinéma à Paris, fin 2007, dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Todd Haynes. On peut espérer que cette rétrospective sera diffusée dans d’autres villes. Pour qui aimerait faire connaissance avec Dottie et sa fessée, le film est disponible en DVD, mais pour l'instant seulement en version originale.

6 commentaires:

amigospanko a dit…

Merci beaucoup par vos voeux 2008! Aussi pour vous et votre Blog.
Amitiés

Fer

amourcuisant a dit…

Merci de votre visite, amigo :-)

Aquarelle a dit…

Bonjour Amour Cuisant ,
Juste un petit bonjour en passant sur votre charmant blog ...
Je suis un peu isolée en ce moment en haut de ma montagne mais je rêve toujours de fessée bien que j'affirme le contraire de temps en temps sur un certain forum
bise affectueuse
Anne

amourcuisant a dit…

Anne, c'est toujours un grand plaisir d'avoir votre visite. Mais ne restez pas sur le pas de la porte : entrez ! Donnez-moi votre blouson, votre bonnet et votre écharpe, et allez vous installer près de la cheminée. Je vais vous servi un petit Génépi :-)

Meliemelo a dit…

"Quand nous étions enfants, Au temps où se dévoilent les secrets."

Alors si je crois qu'encore après on peut dévoiler des secrets, est-ce que cela signifie qu'on est toujours des enfants ?
Moi dans ces conditions, je veux bien encore dévoiler des secrets. Même dévoiler d'autres choses, toutes aussi secrètes. Du moment que le secret n'est pas dévoilé. Ou si peu.... :)

amourcuisant a dit…

Mélie, je crois que l'enfant que nous étions est toujours en nous. Mais je sais que vous le savez très bien, ce n'est donc pas un secret.
Euh... si tu m'dévoiles le tien, j'te dévoile le mien. Chiche ?