samedi, novembre 15, 2008

EXCLUSIF !

W. : "Les Américains m'ont BEAUCOUP déçu."

Il est assis en tailleur, à même le sol recouvert d'épais tapis, confortablement adossé à des coussins brodés. Il nous convie à nous installer de la même façon. Le 5 Novembre dernier, il a tenu à rebaptiser la Maison Blanche "ad-dâr al-baïda" : "C'est ma façon à moi de prendre le maquis", nous confie-t-il avec l'air roublard d'un vieux voleur de poules. À cette heure de l'après-midi, le vaste bâtiment bruisse comme une ruche, mais ici, dans le Bureau Ovale, c'est le calme qui règne. Nous lui demandons l'autorisation d'enregistrer la conversation. Il acquiesce avec un petit geste de la main. Il a l'air pensif. Il se met à fumer la chicha : "Cela m'aide à relativiser", nous explique-t-il.

A.C. : Vous avez changé tout le mobilier ? C'est très sobre désormais : il n'y a plus en fait de meubles que cette grande table basse.
W : J'ai simplement fait évacuer le superflu. Autrement dit, je n'ai gardé que le bureau, dont j'ai fait bien sûr scier les pieds par commodité, puisque désormais il n'y a plus ni chaises, ni fauteuils.

W. verse le thé à la menthe dans les verres décorés d'arabesques. Il nous tend un plateau : "Tenez, goûtez-moi ces rahat-loukoums. Et ces cornes de gazelles ! Elles sont sublimes."
Nous acceptons volontiers de goûter les pâtisseries, qui sont en effet délicieuses. W. est visiblement ravi de voir qu'elles ont du succès : "Allons", nous encourage-t-il, "servez-vous, servez-vous, pas question qu'il en reste."

"Quand je me rends dans une poudrière, je n'oublie jamais mes allumettes."

A.C. : Tout le monde "assis par terre comme ça". L'égalité serait-elle à l'ordre du jour du nouveau Rêve Américain ?
W. : L'égalité, peut-être pas, mais un certain confort certainement : ces coussins en sont la preuve. Et pour tout vous dire, cela me ravit d'imaginer la tête de l'autre quand il va découvrir son nouveau bureau (W. étouffe un rire, il a l'air soudain malicieux). Je donnerais cher pour être là quand il entrera dans cette pièce.
A.C. : Voulez-vous dire que vous avez entrepris ces changements d'aménagement sans en parler à votre successeur ?
W. : En parler à l'autre ? Et puis quoi encore ? C'est encore moi le boss !
A.C. : Vous disiez que vous donneriez cher pour être là quand votre successeur prendra possession des lieux. Est-ce à dire que vous ne lui ferez pas l'honneur de votre présence ce jour-là ?
W. : Ce jour-là, je serai loin. J'en ai soupé de ce pays d'ingrats. Me faire ce coup-là, après tout ce que j'ai fait pour eux. Ils m'ont vraiment beaucoup déçu.
A.C. : Loin ? Au Texas ?
W. : Non m'sieur. Pas au Texas. À la minute où mon mandat se termine, je saute dans un avion, et hop ! Direction Peshawar.
A.C. : Peshawar ? Un voyage d'agrément ? Votre première visite à l'étranger en tant qu'ex-président ?
W. : Rien de tout ça. J'ai décidé de me retirer dans une madrassa. Méditer. (Il boit une gorgée de thé). Prendre enfin le temps. Vous savez, comme ce chanteur canadien, Léonard... (il claque des doigts comme pour stimuler sa mémoire)... Cohen ? C'est ça ?
A.C. : Léonard Cohen ne s'est pas retiré dans une madrassa, mais dans un monastère zen.
W. : Oui, bon, quelle différence ? Et vous avez vu le SUCCÈS de ce type avec les nanas ? Bon, d'accord, je ne chante pas, pas encore, mais je suis sûr qu'une retraite sera des plus bénéfiques à mon image.
A.C. : C'est, vraiment... surprenant.
W. : On a cru me rouler dans la farine de sarrasin, mais vous verrez, je n'ai pas fini d'étonner le monde.
A.C. : Et... vous vous rendez à Peshawar avec tout votre appareil de sécurité, bien sûr ? Certains proches vous accompagneront-ils ? Condi ? Karl ?
W. : Rien du tout. Pas de gardes du corps. Je veux être libre. Condi est gourmande comme une chatte, pas question que je l'emmène pour qu'elle écluse toutes les pâtisseries. Quant à Karl, il n'est pas au courant. D'ailleurs je ne connais personne qui s'appelle Karl, qu'on se le dise.
A.C. : Vous profiterez de cette retraite pour visiter la région ?
W. : Je me déplacerai très peu. J'ai décidé de donner l'exemple en matière d'économies d'énergie.
A.C. : Décidément, vous n'exagériez pas quand vous annonciez que vous alliez encore nous étonner.
W. : Je ne circulerai qu'en mobylette. J'ai racheté celle du mollah Omar. Une super occase. (De nouveau l'air malicieux) Et j'ai déjà la queue de renard qui va me permettre de la customiser !
A.C. :
Pensez-vous jouer un rôle diplomatique parallèle, servir de conseiller spécial dans cette région si troublée ?
W. : Quand je me rends dans une poudrière, je n'oublie jamais mes allumettes.
A.C. : Hé bien, cela nous promet de spectaculaires feux d'artifice.
W. : In shâ' allah.
A.C. : Merci pour cet entretien.
W. : Une corne de gazelle pour la route ?

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