samedi, décembre 06, 2008

Saint-Nicolas

“Là-bas, dans son pays de neige, les toits des maisons sont penchés”, dit le poète.

Oui, dans les pays de neige, les toits des maisons sont penchés. Et dans les pays de neige, pour fêter la Saint-Nicolas, on organise un grand défilé, un peu comme un corso fleuri, mais un corso fleuri d’hiver, avec des gros flocons blancs en guise de fleurs. Un drôle de saint, ce Saint-Nicolas. Il porte mitre et crosse, mais on ne le sent pas proche de la grenouille de bénitier. Encore moins du crapaud de bénitier. Non, lui, ce serait plutôt papillotes et chocolat. Son truc à lui, c’est d’arracher les petits enfants aux pattes rougeaudes du boucher malveillant. C’est sa légende, son karma. Ah oui, ne pas oublier : dans le défilé, il y a toujours le Père Fouettard. Il est sensé être terrible, redoutable. Mais en réalité il ne fait peur à personne, sauf peut-être aux tout petits, et encore, pas très longtemps. Avec sa robe de bure noire trop grande, sa fausse barbe de travers, son visage noirci au bouchon brûlé et ses pitoyables martinets déplumés, on a plutôt envie de lui jeter la pièce. Mais bien sûr, on fait semblant. Semblant d’avoir peur. Et lui fait semblant. Semblant d’être très méchant. Tout à l’heure, après le défilé, quand le jour déclinera, on retournera à la maison, et on mangera des jean-bonhommes en buvant du chocolat chaud.

Saint-Nicolas, que dirais-tu si le Père Fouettard soudain se prenait au sérieux, et prétendait répandre la poudre de boninsécurité sur le monde des enfants, cette poudre terrible qui fait apparaître les uniformes et les chiens-policiers jusque dans les écoles ?

Saint-Nicolas, que dirais-tu si le Père Fouettard menaçait d’envoyer les enfants au cachot ?

Oh, mais cela n’arrivera jamais. Jamais. Le Père Fouettard n’est qu’un fantoche, une baudruche.

Saint-Nicolas ne le permettrait jamais.

Jamais.

N’est-ce pas ?

Illustration : Carlo, dit Charleno.

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