vendredi, juin 27, 2008

Balade à Apache Town

Si en ce début d'été vos pas vous mènent dans le Val de Loire, ne manquez pas d'aller à Vendôme et de vous offrir une petite flânerie photographique. Plusieurs lieux d'exposition sont aménagés dans divers lieux de la ville. Par exemple, au Musée de l'Abbaye, vous trouverez une gallerie consacrée à Émile Savitry. On s'y promène dans le Paris de Django et des apaches. On y croise Brassaï, Giacometti, Brigitte Bardot, Anouk Aimée à dix-sept ans, Anaïs Nin, et quelques muses aux fesses dodues, comme celle-ci :



qui semble attendre ce que lui réserve l'imagination du spectateur de hasard.

Allez non loin de là, dans l'ancien manège du Quartier Rochambeau. Vous entendrez peut-être l'écho des sabots d'une ronde de chevaux fantômes. Vous y verrez les images animées du chronophotographe de Georges Demenÿ : on imagine l'émerveillement de ceux qui découvrirent ces "apparitions" au temps des balbutiements du cinéma : les risettes de bébé, le sourire de l'enfant, la dame qui vous souffle un baiser, le fumeur de pipe, et même les danseuses de cancan.
Et plein d'autres choses, avec en plus l'accueil de gens chaleureux et passionnés.

Enfin, avec un peu de chance, le Carillon de Vendôme chantera pour vous :
"Mes amis, que reste-t-il

À ce dauphin si gentil ?

Orléans, Beaugency,

Notre-Dame-de Cléry,

Vendôme,

Vendôme."

Photographies : Émile Savitry

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  • mardi, juin 24, 2008

    On badine avec l'amour

    Le film date de 1968, mais il n'a pas pris une ride. Et en matière d'érotisme, il anticipe avec brio la célèbre année 69. Romy Schneider, lumineuse de beauté, sait à merveille agacer son Alain Delon. Elle sait qu'il suffit d'ébaucher un flirt avec Maurice Ronet, sous le regard embarrassé de Jane Birkin, pour que le samouraï ait envie de sortir son sabre. D'où cette scène, la nuit venue : dans le jardin désert, Delon prend Romy dans ses bras, l'entraîne jusqu'à la véranda doucement éclairée de la villa. La véranda est pourvue de deux fenêtres à claire-voie, en enfilade, et c'est par l'une d'elle que le spectateur indiscret assiste à la suite de la scène. La robe est vite défaite, le dos dénudé jusqu'au bas des reins. Delon ressort, à défaut de sabre va cueillir une fine branche de laurier, revient en l'effeuillant. Romy s'est appuyée dos à la fenêtre de la paroi opposée. Elle lui fait face. Elle nous fait face. Delon caresse son ventre et ses seins avec la badine improvisée :
    - Tourne-toi.
    Romy obéit. Se tourne. Attend. Delon l'admire. Le spectateur, lui, ne voit pas tout. La claire-voie l'en empêche. Mais ce qui est suggéré est parfois infiniment plus puissant que ce qui est montré. Romy, somptueuse Angélique offerte au fouet du pirate Delon. Un fouet qui se fait attendre. Juste le temps qu'il faut. Delon cingle les reins nus. Une fois. Deux fois. Romy se retourne, et c'est l'étreinte.
    Passionnée.
    "La piscine", mise en eau par Jacques Deray.
    On appelait ça le cinéma.



    mardi, juin 03, 2008

    Comme un bouquet de coquelicots

    Ce que nous voyons dans le miroir est déjà notre passé, et tout notre passé est derrière le miroir.
    Nous pouvons prendre le temps de nous asseoir et de le contempler, mais nous ne pouvons passer de l'autre côté, sauf bien sûr dans les contes de fées.
    Tout notre passé est de l'autre côté du miroir, et tous ceux qui ont traversé notre vie.

    Le miroir ne juge rien, mais il montre tout.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit son image, ses joies, ses sourires, ses illusions, ses faiblesses, ses erreurs, ses lâchetés.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit le bonheur et le temps partagé, la futilité et le temps perdu.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit ceux qui ont traversé sa vie, et parfois il voit dans leur image la vérité qui lui avait échappé dans la réalité.

    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler voit les jours du passé comme un bouquet de coquelicots.
    Celui qui prend le temps de s'asseoir et de contempler comprend que la vie est un éclat de lumière dans le miroir.

    Alors, il est temps qu'il se lève, qu'il se détourne du miroir, et qu'il aille se servir une bière de Bohème.

    © Amour Cuisant au Miroir 2008