jeudi, juillet 31, 2008

Deux ans de vacances !

- Allô ?
-
Amour Cuisant ?
- Lui-même à l’appareil. La communication n’est pas très bonne.
- Qu’est-ce que c’est que cette histoire de “deux ans de vacances” ?
- Parlez plus fort ou coupez votre récepteur si vous ne l’avez pas fait : je vous entend très mal.
- Je dis : qu’est-ce que c’est que cette histoire de “deux ans de vacances” ?
- Eh bien... Mes vacances, tout simplement.
- Il n’est pas question que vous preniez deux ans de vacances. Pourquoi pas cinq ou dix, pendant que vous y êtes ?
- Mais enfin, selon mon contrat, il m’est loisible de ...
- J’en ai maté de plus coriaces que vous !
- Mais, et mon contrat ?
- Considérez-le comme caduque !
- Aqueduc ? Mais quel aqueduc ?
- Vous fichez pas de moi, hein ?
- Un site gallo-romain ? Mais je n’ai pas du tout l’intention de faire des fouilles !
- Ne comptez pas vous en mettre plein les fouilles mon petit ami : le projet Amour Cuisant est avant tout culturel.
- Alors c’est d’accord pour les deux ans ?
- C’est hors de question. Vous avez un mois grand maximum.
- Mais comment voulez-vous que je fasse en un mois tout ce que j’ai à faire : une virée en ballon, chasser le grand fauve, voyager à dos d’autruche...
- Vous n’avez qu’à vous contenter d’aller manger des crêpes en Bretagne, comme d’habitude.
- Je pourrai en prendre une muroise-frangipane ?
- Si ça rentre dans le budget, pourquoi pas ?
- Bon, alors dans ce cas, c’est d’accord.
- Vous voilà redevenu raisonnable. À dans un mois.
- À dans un mois.

Illustration : Léon Benett.

dimanche, juillet 27, 2008

Éloge de la salade de carottes

Cette salade vous a été préparée par Amour Cuisant, grâce à la
  • recette
  • dénichée par Mélie.

    samedi, juillet 26, 2008

    Et rosir de plaisir au jardin abandonné...

    Lou, tu es ma rose
    Ton derrière merveilleux n'est-ce pas la plus belle rose
    Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
    Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous
    Que l'on fouette comme la brise
    Fustige les fesses des roses dans le jardin
    Abandonné
    Lou ma rose ou plutôt mes roses
    Tu m'as envoyé des feuilles de roses
    Ô petite déesse
    Tu crées les roses
    Et tu fais les feuilles de roses
    Roses
    Petites femmes à poil qui se baladent
    Gentiment
    Elles se balancent en robe de satin
    Sur des escarpolettes
    Elles chantent le plus beau parfum, le plus fort le plus doux
    Lou ma rose ô ma perfection je t'aime
    Et c'est avec joie que je risque de me piquer
    En faveur de ta beauté
    Je t'aime, je t'adore, je mordille tes feuilles de rose
    Rose, reine des fleurs, Lou reine des femmes
    Je te porte au bout des doigts ô Lou ô rose
    Au bout des doigts, en te faisant menotte
    Jusqu'à ce que tu t'évanouisses
    Comme s'évanouit le parfum
    Des roses
    Je t'embrasse, ô Lou et je t'adore

    Guillaume Apollinaire - Lou ma rose



    dimanche, juillet 20, 2008

    La fessée de l'Enfant Roi
    ou les délices de l'impossible nostalgie ?

    Il serait injuste de réduire l'exposition "Traces du sacré" au seul tableau de Max Ernst, "La Vierge corrigeant l'Enfant Jésus devant trois
    témoins : André Breton, Paul Éluard et le peintre". Le visiteur est accueilli par une série de dessins, dont "Le phare des Casquets", de Victor Hugo, justifie à lui seul le déplacement.

    Il découvre ensuite une série d'œuvres qui vont du kitsch au génie, et dont les plus touchantes ne portent pas forcément une prestigieuse signature. Le tableau de Max Ernst se trouve au fond d'une alcove, en toute fin du parcours, en somme sur l'ultime case de cette marelle enchantée qui nous est offerte à Beaubourg jusqu'au 11 Août. Admirer une reproduction de cette œuvre est une chose. L'avoir soudain devant les yeux en est une autre. Pouvoir l'admirer dans toute sa dimension, toute sa force, sa plénitude lumineuse, pouvoir en apprécier jusqu'au grain, est un moment inoubliable. De très intéressants commentaires sont proposés au spectateur, par ailleurs largement développés dans le catalogue de l'exposition. Ils éclairent le spectateur sur l'histoire du tableau, liée à un souvenir d'enfance de Max Ernst, renvoient à son côté indéniablement iconoclaste, et proposent même un décryptage d'indices cachés. Mais on aurait envie de faire abstraction de ces savantes observations pour souligner cette évidence : le peintre est le seul des trois témoins à "voir" la fessée parce-que cette fessée-souvenir appartient à sa seule imagination, et qu'il nous la livre telle qu'il la rêve, magnifiée, et, il faut bien le dire également, non dénuée de sensualité. Il est bien connu que la vraie fessée ne peut, par définitinon, être vue par qui la reçoit. Seul l'imaginaire peut lui en offrir une représentation. C'est cette représentation que nous avons sous les yeux. En cela, on peut ne pas partager l'opinion qui souligne avec insistance le caractère offensant de l'œuvre. La Vierge correctrice n'est pas forcément incompatible avec la Vierge protectrice, loin s'en faut. Et dans la nudité provoquante de l'Enfant Roi - jusqu'à son auréole lui a été provisoirement retirée - on peut voir le symbole de sa pureté originelle, celle à laquelle le ramène cette cérémonie intime, cette "sacrée fessée". Et puisque de "traces" il est question, celles bien rouges que l'on voit sur ses fesses potelées témoignent de la vigueur du châtiment, mais aussi de la sensuelle nostalgie de l'imaginaire qui l'a recréé. L'auteur de ce tableau-rêve, le peintre, est le spectateur de sa propre fessée, dont l'image réelle lui est à jamais interdite. Il est le témoin de la fessée. Il est l'enfant fessé. La tentation est grande de penser qu'il est aussi l'autorité fesseuse, dans l'innocence que lui confère le choix allégorique. Et qui regarde le tableau est aussitôt convié à cette même trinité émotionnelle. Si vous avez la chance de passer par Paris, avec ou sans petit âne gris, avant le 11 Août, ne vous privez pas de l'expérience. Ensuite, pour la vivre, il vous faudra vous rendre au Musée Ludwig de Cologne.

  • Pour en savoir plus

  • jeudi, juillet 03, 2008

    Lectures de vacances

    On cherche un livre sans le chercher. À cette heure de l'après-midi, même la bibliothèque fait la sieste, ronronnant de tous ses rayonnages chargés d'aventures, d'amours impossibles et d'images anciennes. On profite du temps libéré par l'été pour laisser le regard flâner sur les tranches colorées des livres, d'un titre à l'autre. On prend celui-ci, on l'ouvre comme on ouvrirait une boîte de chocolats, on feuillette. On lit un paragraphe, on le déguste. On remet le livre à sa place. Tiens, cet autre. Il nous avait apporté tant de plaisir. On retrouve le passage qui nous avait fait rire. On le relit. Le charme est intact. Le rire est au rendez-vous. Voilà à présent que nous pensons à ce livre que nous lisions, enfant, et qui a franchi les vagues du temps comme une coquille de noix franchit l'océan. Où est-il ? Il était... Voyons... Là ? Non. Plus haut, là ! Non. Disparu. La bibliothèque se réveille à demi. Elle saisit notre désarroi. Pleine de mansuétude, elle repousse légèrement le taquin qui enfin s'offre à notre attention. On le sort de sa cachette avec précaution. On l'emporte au jardin pour le lire au soleil. On sera ému, comme autrefois. On aura un peu peur, comme autrefois. Une peur délicieuse. Qui sait si entre les pages, on ne trouvera pas les miettes d'un lointain goûter ? Le soleil, lui, n'aura pas oublié.

    © Amour Cuisant qui Lézarde au Soleil 2008
    Photographie : Jean-Marie Périer