samedi, septembre 27, 2008

Où vont les rêves ?

Où vont nos rêves quand on les oublie ? J'aime à croire, comme Michel Jonasz l'a si bien chanté, qu'ils sont avec nos amours perdues, "au cœur de la nuit, derrière la lune suspendue". Nous avons tous fait l'expérience d'un réveil au petit matin, au sortir d'un rêve dont le souvenir semble net comme une séance de cinéma, et dont la magie s'évapore à mesure qu'on cherche à le traduire en mots. Et puis soudain il n'est plus là, la porte s'est définitivement refermée, on l'a oublié. Peut-être Shuji Terayama a-t-il trouvé le moyen de sauvegarder la magie, en traduisant ses rêves non pas en mots, mais en images ? Peut-être est-ce cela que l'on voit dans ses photographies ou ses films : ses rêves, qu'il a su saisir avant qu'ils ne s'évaporent ? Une promenade parmi ses images, c'est une promenade dans une forêt mystérieuse. Il y a bien longtemps, le magazine Zoom nous avait permis de découvrir quelques extraits de "La photothèque imaginaire", et ce fut la révélation d'un érotisme onirique tout à fait original, teinté d'un humour à la Monty Python. Le livre est aujourd'hui à peu près introuvable. Et c'est là que nous pouvons dire un grand merci, d'abord à Internet, et ensuite, merdre ! de par ma chandelle verte ! au
Père Ubu, qui nous offre ce qui n'est sans doute pas loin d'être l'intégrale de l'album en images haute définition. Avec en prime l'accès à de nombreux films du même auteur. Un conseil : si vous voulez ressortir de la forêt et revenir ici nous donner vos impressions, n'oubliez pas de semer des petits cailloux le long de votre chemin. Attention, pas de miettes de pain : ç'est prouvé, ça ne marche pas !

mardi, septembre 23, 2008


fraîche fleur de neige

éclot en pétales pourpres

sous les feux de l'aub
e


Amour Cuisant Haïku Nu 20008

Photographie : Shuji Terayama

samedi, septembre 13, 2008

Châteaux de mémoire

Notre mémoire est un château qui se bâtit au fil des jours. Le pont-levis, de quand date-t-il ? Et ces mâchicoulis ? Et cette tourelle, tout là-haut, quel souvenir renferme-t-elle ? Il y tant d’escaliers, tant de recoins. Il y a les pièces vastes et lumineuses dans lesquelles nous séjournons chaque jour, les cuisines où nous concoctons les souvenirs de demain, les débarras où sont les détails que nous hésitons à oublier. Il y a les pièces sombres que nous n’osons plus ouvrir. Il y a les pièces fermées à clef pour toujours. Il y a même des pièces dont nous avons oublié l’existence. Et si le château est si vaste, c’est que notre propre mémoire se nourrit de notre vie, mais aussi de celle des autres, ceux que nous croisons, ceux avec lesquels nous vivons, ceux aussi dont nous lisons les livres, dont nous écoutons la musique, dont nous admirons les œuvres. Combien sommes-nous à nous être approprié les images de Doisneau, au point de les avoir intégrées à notre propre mémoire ? Les rues de Paris dans la grisaille d’un jour d’hiver, les écoliers rêveurs, les galopins tireurs de sonnettes,
les femmes au sourire mélancolique, les femmes au sourire lumineux, les amoureux rayonnants, les hommes prêts à tout dévorer, les hommes usés, les couples des guinguettes dansant sous les lampions d’une nuit qui ne finira jamais... Le monde de Doisneau doit habiter à peu près autant de mémoires que celui d’un certain jeune reporter audacieux à la houppe rebelle. Le documentaire “Doisneau tout simplement”, de Patrick Jeudy, est un voyage dans ce monde. Le commentaire est dit par Doisneau lui-même, et l’on comprend en l’écoutant ce que Jacques Prévert veut dire lorsqu’il parle de son humour fraternel et de son absence de tout complexe de supériorité. Le voyage comprend entre autres étapes le monde de l’usine, où Doisneau a commencé sa carrière, les marchés au petit matin, une promenade à Paris en compagnie de Prévert, le monde de la nuit du côté des Halles, celui des souteneurs, des infirmières de l’amour, des tatoués, de Riton Langue de Velours et de Margot la Béquille. Il y a les biffins. Il y a Pierrette, la belle accordéoniste que l’on suit de la rue Mouffetard au quartier des Halles, celle que les bouchers de la Villette, les tueurs couverts de sang, écoutent en pleurant quand elle chante : “Tu peux pas t’figurer comme je t’aime, c’est si doux d’être câlinée”. Il y a le passage Virginie et son frisson. Il y a le spectacle de Music Hall du Concert Mayol. Allez, venez faire un petit tour en coulisses : vous ne le regretterez pas. Il y a Picasso à l’humeur farceuse, et bien d’autres personnalités familières, écrivains ou artistes. On s’amuse à reconnaître Colette, Aragon, Malraux, et tant d’autres. Des séquences filmées viennent prolonger l’image. Le poulbot se laisse glisser le long de la rampe, la cour de récréation s’anime, la belle se poudre le visage en souriant furtivement. Mais de toute façon les photos de Doisneau ont si bien capturé le mouvement, la vie, que chacune d'elle laisse l'impression d'une lanterne magique. Laissons le dernier mot à Prévert : “Lorsque Robert Doisneau travaille à la sauvette, c’est avec un humour fraternel et sans aucun complexe de supériorité qu’il dispose son miroir aux alouettes, sa piégerie de braconnier et c’est toujours à l’imparfait de l’objectif qu’il conjugue le verbe photographier.”

Photographies : Robert Doisneau, tout simplement.
“ Doisneau tout simplement”, de Patrick Jeudy, est disponible en DVD (Éditions Montparnasse).


dimanche, septembre 07, 2008

À propos de "Lalla ou le chant des sables"

Enfant, je me rappelle de longs moments passés à contempler le ciel des nuits d’été, allongé dans un champ, quelque part dans l’arrière-pays niçois. J’ai même eu droit à la vision d’un OVNI, si, je vous assure. Lorsque j’étais très jeune, je me perdais simplement dans la magnificence de la voûte étoilée. Un peu plus tard, au plaisir de la contemplation vint s’ajouter le vertige que l’on ressent en prenant conscience de l’impossible mystère de l’espace et du temps. Certaines des étoiles que je voyais briller n’existaient peut-être plus au moment où je les voyais, et de là-bas, très loin, on pouvait peut-être voir l’image de la terre telle qu’elle était hier, il y a cent ans, il y a mille ans. Le plaisir d’apprendre à connaître les étoiles, les constellations dont les noms à eux seuls sont une invitation au rêve. Et si on ne les connaît pas, rien n’empêche de laisser les étoiles libres d’en inventer de nouvelles. La lecture de
  • "Lalla ou le chant des sables",
  • d’Angèle Paoli, c’est un peu comme cela, c’est un peu comme la contemplation de la voûte étoilée, une nuit d’été. Si vous revenez au même endroit dans une heure, le ciel aura changé. Si vous relisez “Lalla”, le texte aura lui aussi changé, les mots auront glissé devant votre esprit comme les étoiles dans la profondeur de la nuit. C’est un texte dont on perçoit la respiration et les battements de cœur. Un texte parsemé de mystères dont les clefs sont cachées quelque-part, dans l’oasis, à moins que l’oasis ne soit un mirage. Vous pouvez suivre Lalla, mais elle est déjà bien trop loin pour que vous l’approchiez jamais. Elle part en quête comme un Petit Prince, et pas plus qu’un Petit Prince elle ne craint le serpent des sables. Le Petit Prince disparu, il nous reste son rire dans les étoiles. Lalla disparue, il nous reste le bruit du vent du désert.

    mardi, septembre 02, 2008

    C'est la rentrée !

    - Déjà ? Et nous avons complètement oublié...
    - ... de faire nos devoirs de vacances !
    - Que va dire Amour Cuisant quand il va l'apprendre ?
    - Il va sûrement nous donner...
    - ... plein de baisers ?
    - Oh, justement : le voilà !