vendredi, décembre 19, 2008

Le Maelström et les Gentils Coquelicots

Le temps. La Variable Vertigo. Insaisissable. Incompréhensible. Tapis roulant vers le Grand Inconnu. Inexorable courant vers les Chutes Finales. Tourbillon vers le Maelström. Temps. Toujours le même, jamais le même. Parfois complice, mais toujours traître de notre finitude. C'est au petit matin qu'il me fait le plus peur, lorsque rien ne vient troubler l'examen de son écoulement, le regard vers le passé qui remonte soudain si loin, si loin, et cette perspective trompeuse, qui vous fait apparaître la rive déjà lointaine si proche.
Mais heureusement, ce voyage impossible vers l'amont est simplement nostalgique.
Comme lorsque l'invitation est cette chanson des Poppys : "Noël 70".

















Pour ma part, je l'ai découverte à la sortie du disque, alors que j'avais l'âge de ces enfants. La semaine dernière, si vous préférez. Bon, disons le mois dernier. Il me suffit de fermer les yeux pour retrouver la lumière de l'hiver dans les rues de mon enfance. "Isabelle, je t'aime". Elle ne s'appelait pas Isabelle, mais je rêvais que je lui disais ces mots impossibles. Et puis quand je l'avais en face de moi, j'osais tout juste la regarder avec des yeux de merlan frit. "Des chansons pop..." qui me tournent toujours la tête. "Non, je ne veux pas faire la guerre", en cela je n'ai pas changé. "Love, lioubov, amour", bien avant que Sting ne nous le chante à son tour : les Russes aussi aiment leurs enfants. Oui, je les aime toujours autant, ces Gentils Coquelicots. Et c'est avec eux que je vous souhaite un

Joyeux Noël !



Illustration : Yan' Dargent.

jeudi, décembre 18, 2008


Obscures Boutiques Roses


Nelle Botteghe Oscure

solferinesi

vivono Arlecchini
,
servitori di due padroni
.

Servitori, padroni
:
sono la stessa cosa
,
tutti
.



samedi, décembre 06, 2008

Saint-Nicolas

“Là-bas, dans son pays de neige, les toits des maisons sont penchés”, dit le poète.

Oui, dans les pays de neige, les toits des maisons sont penchés. Et dans les pays de neige, pour fêter la Saint-Nicolas, on organise un grand défilé, un peu comme un corso fleuri, mais un corso fleuri d’hiver, avec des gros flocons blancs en guise de fleurs. Un drôle de saint, ce Saint-Nicolas. Il porte mitre et crosse, mais on ne le sent pas proche de la grenouille de bénitier. Encore moins du crapaud de bénitier. Non, lui, ce serait plutôt papillotes et chocolat. Son truc à lui, c’est d’arracher les petits enfants aux pattes rougeaudes du boucher malveillant. C’est sa légende, son karma. Ah oui, ne pas oublier : dans le défilé, il y a toujours le Père Fouettard. Il est sensé être terrible, redoutable. Mais en réalité il ne fait peur à personne, sauf peut-être aux tout petits, et encore, pas très longtemps. Avec sa robe de bure noire trop grande, sa fausse barbe de travers, son visage noirci au bouchon brûlé et ses pitoyables martinets déplumés, on a plutôt envie de lui jeter la pièce. Mais bien sûr, on fait semblant. Semblant d’avoir peur. Et lui fait semblant. Semblant d’être très méchant. Tout à l’heure, après le défilé, quand le jour déclinera, on retournera à la maison, et on mangera des jean-bonhommes en buvant du chocolat chaud.

Saint-Nicolas, que dirais-tu si le Père Fouettard soudain se prenait au sérieux, et prétendait répandre la poudre de boninsécurité sur le monde des enfants, cette poudre terrible qui fait apparaître les uniformes et les chiens-policiers jusque dans les écoles ?

Saint-Nicolas, que dirais-tu si le Père Fouettard menaçait d’envoyer les enfants au cachot ?

Oh, mais cela n’arrivera jamais. Jamais. Le Père Fouettard n’est qu’un fantoche, une baudruche.

Saint-Nicolas ne le permettrait jamais.

Jamais.

N’est-ce pas ?

Illustration : Carlo, dit Charleno.