vendredi, février 06, 2009

Au plaisir des curieux

“Et la discipline ? Les moines n’avaient pas attendu le Siècle des Lumières pour y trouver une source de jouissance. Rome dut à maintes reprises en limiter les abus. Nos conventines n’eurent qu’à se référer aux plus saints exemples pour découvrir que le plaisir n’est pas aidé par la rougeur seulement des joues.”
Roger Vailland - Extrait de la préface aux “Tableaux des mœurs du temps”, éditions de l’Or du Temps, 1969.

Il paraît que les princes qui nous gouvernent n’en pincent pas pour la Princesse de Clèves. Il paraît que les humanités n’ont pas la cote auprès des adorateurs de la cote boursière. Il paraît que l’enseignement dans notre pays ne fait plus la part belle aux classiques. Fallait-il vraiment oublier Ronsard pour faire de la place à Duras ? Après tout, on pouvait évoquer la seconde sans pour autant effacer le premier. Le comble : fallait-il oublier Rabelais pour faire de la place à Destouches ? Jetée aux orties, la rose de la mignonne. Abandonné aux ronces, le chemin de l’Abbaye de Thélème. En viendra-t-on bientôt à oublier Balzac et Hugo pour laisser la place à des salonnards parisien verbeux et à des aventuriers en carton-pâte soucieux avant tout de leur ego ? Quel dommage. Quelle erreur manifeste d’imaginer que la lecture des classiques est inutile, alors qu’elle permet d’accéder à ce qui manque tellement à notre époque toujours pressée et en mal de zapping : la mise en perspective. Et quelle erreur d’imaginer que la lecture des classiques est ennuyeuse. Non seulement ils ne sont pas ennuyeux, nos classiques, mais ils peuvent même être coquins. C’est vrai de Ronsard, et de bien d’autres. Tenez, prenez Crébillon Fils, par exemple. Celui des “Égarements du cœur et de l’esprit”.
Si on est un tout petit peu curieux, on découvre “Tableaux des mœurs du temps dans les différents âges de la vie”. Une friandise érotique en forme de pièce de théâtre, et un excellent remède à la mélancolie. En découvrant ce texte, nous sommes sans doute nombreux à avoir rêvé d'assister à sa représentation. Le rêve est devenu en partie réalité grâce à Éric-Gaston Lorvoire, qui a repris de larges extraits des textes de Crébillon Fils et en a tiré une pièce délicieuse : “Le plaisir”.











Espérons la retrouver bientôt à l’affiche, à Paris ou en province. Et pourquoi pas, un jour, l'intégralité des Tableaux ?

2 commentaires:

francois-fabien a dit…

L'ignorance des classiques tient peut être à ce qu'on croit a priori les connaître. Sous prétexte qu'on a vaguement étudié, au cours de sa scolarité, un quart de page de Rousseau ou de Stendhal on est persuadé tout en savoir. Et on porte sur eux des jugements définitifs. Quel bonheur pourtant que de les redécouvrir à petits pas et que de les savourer à petites bouchées gourmandes...

amourcuisant a dit…

François-Fabien, je partage tout à fait votre approche gastronomique de la littérature :-)