jeudi, mars 05, 2009

La piste aux étoiles

Il y a peu, un restaurateur a refusé l'étoile que lui avait décernée un guide rouge réputé. Pour ce chef, la seule rosette qui vaille est celle qui est servie sur assiette. Non, il ne changera pas sa vaisselle, non, il ne changera pas la déco de son restau, non il ne changera pas sa carte, non, il ne changera pas ses prix. Son plaisir, à lui, c'est d'être au piano, de faire la cuisine, de régaler sa clientèle, et pas de répondre "présent" à la distribution des prix. Bref, un homme libre, qui croit en sa bonne étoile et n'en demande pas d'autre.

Et à propos de piano, en musique aussi, il y a toutes sortes d'étoiles. Il y a celles que veulent nous vendre télés et radios : cela va du météorite qui ne chante qu'un été à la supernova dont on ne sait plus très bien si elle appartient à la galaxie musicale ou à celle du business. Et puis il y a des étoiles plus discrètes, qu'il faut aller chercher là où le ciel est bien clair, bien dégagé. Des étoiles qui n'intéressent pas les financiers du show-biz, et qui ne passent ni à la télé, ni à la radio. Ce qui ne les empêche pas de briller. Comme par exemple Laurent Desmurs et Éric Bouvelle, qui ont enregistré à quatre mains et deux pianos dont un à bretelles un disque magnifique. Un disque au répertoire aussi extensif qu'un soufflet de boîte à frissons : retrouver des maîtres de l'accordéon, comme André Astier et Joé Rossi, ou, sur le versant swing-musette, Jo Privat et Louis Corchia, n'est pas fait pour étonner. Mais il est moins banal de les voir côtoyer Bizet, Glébov et Liszt. Écouter ce disque, c'est un petit voyage dans les étoiles qui permet de découvrir aussi deux compositions d'Éric Bouvelle, dont on attend les suivantes avec impatience. Un voyage étincelant qui vous fait passer du "Prélude n°2 en ut mineur" de Jean-Sébastien Bach à "Oblivion" d'Astor Piazzola, le plus naturellement du monde. Un voyage que je vous recommande chaudement.

Illustration : Barbara Tutino

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