vendredi, décembre 18, 2009

La Fayette, nous voilà !

Je vous souhaite un Noël aussi gourmand que joyeux.

Photographie : Jean-Paul Goude

jeudi, décembre 17, 2009

Publicité (dé)culottée ?

Peut-être avez-vous entendu cette pub à la radio ? Il s'agit de vanter les mérites d'une marque de comté, fromage il est vrai délicieux. C'est d'abord un monsieur qui s'y colle : "Moi, je le dévore." En arrière-plan, on entend un bruit rythmique ambiance atelier. Puis une dame à la voix douce nous confie : "Pour moi, c'est un trésor." Et avant le petit dernier, c'est le tour de la jeune fille, qui s'écrie :

- Oh ouuuui... encooore !

Et là, soulignant ce "Oh oui... encore !", le bruit rythmique en arrière-plan, est d'une toute autre nature. À la première écoute, j'ai cru que mon sonotone me jouait des tours : j'ai vraiment eu l'impression que ce n'est pas du comté, qu'elle redemande, mais bien une faisselle.

Je n'ai pas réussi à trouver le fichier audio sur le web, alors j'ai repiqué la pub à la radio comme j'ai pu. Le son n'est pas bon : il faut vraiment tendre l'oreille.
À vous de me dire si mon imagination me joue des tours ?


dimanche, décembre 13, 2009

dimanche, décembre 06, 2009

Amoureuse fessée !

Vous me direz : "Il fallait bien que ça arrive." Et je vous répondrai que vous n'avez pas tout à fait tort. Mais n'allons pas trop vite. Et tout d'abord...

Résumé des épisodes précédents - Aujourd'hui, le Père Fouettard est en mission d'appui aux côtés de Saint-Nicolas. Il s'ennuie ferme : les enfants ont tous été très sages, et ses martinets restent en berne. Aussi, quand le généralissime Issime lui demande de s'occuper personnellement du cas d'Amoureuse, laquelle est convaincue d'usurpation d'identité aggravée, il accepte avec une joie empressée. Peu après, venant de la chambre à l'étage, on entend tout un remue-ménage, des cris, des pas précipités. Une porte qui claque. Le Père Fouettard redescend l'escalier, l'air accablé.

On l'entoure, on s'enquiert : "Père Fouettard, que s'est-il passé ? Êtes-vous parvenu à faire entendre raison à cette écervelée ?" Le Père Fouettard se laisse choir dans un fauteuil, et d'un ton découragé, conte ce qui s'est passé :
- Je n'ai pas eu de difficultés à lui faire ouvrir sa porte : il m'a suffit de prétendre que je lui apportais des chocolats. Mais ensuite...
- Ensuite ?...
- Une fois entré, quand je lui ai annoncé qu'elle allait être fouettée d'importance, elle...
- Elle ?...
- Au lieu de se jeter à mes genoux pour implorer mon pardon, comme le veut la raison en pareille circonstance, la diablesse s'est mise à me traiter de vieux grigou, et même de...
- De ?...
- De vieux cochon ! Non mais... vous réalisez ? Et voilà qu'elle me donne des coups de pieds dans les tibias. Je l'attrape : elle me mord le poignet ! Regardez : on voit encore les marques !
- En effet.
- Elle a de bonne quenottes, la coquine !
- Et ensuite, Père Fouettard ?
- Elle s'est enfuie par la fenêtre !
- Par la fenêtre ?
- Elle est aussi souple et intrépide qu'un chat de gouttière !
- Et vous n'avez pas cherché à l'arrêter ? À la rattraper ?
- J'aurais eu quelques centaines d'années de moins, j'aurais sans doute pu espérer... Mais non, que voulez-vous : ces acrobaties ne sont plus de mon âge.

À cet instant, le Général Dourakine, qui se tient près de la fenêtre, s'écrie :
- Venez, vite. Je l'aperçois.
On se lève, on s'approche précipitamment, on se presse autour de lui, on écarte les rideaux pour mieux voir.
- Regardez, elle danse autour de ce grand escogriffe hispanique. Et là-bas, c'est l'autre, son ami bedonnant, qui approche en soufflant.

Vous l'aurez compris : Amoureuse, grisée par sa fuite audacieuse, est en train de s'en prendre à M. Quichotte, lequel passait par là à grandes enjambées de ses longues pattes de faucheux, suivi à quelque distance par un M. Pança trottinant aussi vite qu'il le peut. Elle lui tire la langue, lui fait les cornes, sautille autour de lui en ricanant, puis, perdant toute mesure, elle tire sa barbichette !
M. Quichotte, qui jusque-là était resté immobile, décontenancé par ce manège inattendu, décide alors que les bornes sont dépassées. Il lance un long bras devant lui. Amoureuse lui échappe de peu. Comprenant qu'elle est allée un peu loin, elle se décide à détaler. Mais M. Quichotte a la foulée redoutable. Il a tôt fait de rejoindre l'inconsciente.
- Regardez, il la tient ! jubile le Père Fouettard.
- Il la courbe sous son bras...
- On dirait bien qu'il la trousse, et même qu'il cherche à...
- À lui baisser sa...
- Elle ne se laisse pas faire...
- Oui, mais on dirait bien qu'il est parvenu à ses fins.

Quelqu'un a entrouvert la fenêtre. M. Quichotte a levé la main bien haut, et soudain...
- Ce bruit...
- Oui, pas de doute, elle la reçoit sur la peau nue !
- Si seulement ils se tournaient de l'autre côté, on ne voit rien...
- Général ! Enfin ! Je vous en prie !.
- Elle se débat comme un diable dans un bénitier...
- Il la tient bien.
- C'est un faux maigre !

Eh oui ! Amoureuse a droit à sa fessée, et croyez le si vous voulez, elle n'oubliera pas de sitôt la longue main du chevalier. Là-bas, M. Pança s'est arrêté. Il considère la scène avec incrédulité, et lui est placé du bon côté, si l'on peut dire. Ah, il faut bien l'avouer, ce tableau-là a plus de pittoresque et, il ne peut s'empêcher de s'en faire la remarque, plus de piquant que les moulins à vent.
Et le bras de M. Quichotte semble aussi infatigable qu'une aile de moulin à vent, justement. Lorsqu'enfin la fessée se termine, c'est un champ de coquelicots qui s'offre au regard brillant de M. Pança. M. Quichotte relève la tête, prend conscience de la présence de son ami. Il relâche aussitôt son étreinte, recule, comme sortant d'un rêve éveillé. Il semble dire : "Qu'ai-je fait ? Que s'est-il passé ?" Amoureuse ne demande pas son reste. Elle rajuste ses vêtements, court chercher refuge à la maison : tout plutôt que risquer d'affronter à nouveau l'ire imprévisible de ce grand échalas d'hidalgo !

C'est l'heure du goûter. On boit du chocolat fumant. M. Quichotte, convaincu d'avoir agi trop vivement, s'est décidé à venir proposer une réconciliation. Il a apporté des nonnettes au miel fourrées de confiture d'orange, des nonnettes venues tout droit de Bételgeuse, où, le chevalier l'affirme, on trouve les meilleures nonnettes de tout l'univers. Il n'a peut-être pas tort : Amoureuse, qui, après avoir séché ses larmes, s'était bien juré de ne jamais pardonné un tel affront, a oublié sa rancune à la première bouchée. "Après tout, ce n'est pas si grave", se dit-elle en se resservant. Elle est d'autant plus rassérénée que M. Pança a laissé entendre qu'il n'avait pas vu précisément ce qui s'était passé : "Vous comprenez, je suis myope comme une taupe." Quant au Père Fouettard, il montre fièrement à qui veut bien les admirer les marques sur son poignet, comme s'il s'agissait de blessures acquises à la guerre : "Oui, elle a de bonnes quenottes, la coquine !" s'exclame-t-il régulièrement. Puis, se frappant bruyamment sur les cuisses , il ajoute : "Quelle journée, mes amis ! Quand je vais raconter tout cela à Saint-Nicolas... Non mais, quelle journée !"

© Amor Caliente de la Mancha 2009
Illustración : Pablo Picasso, desde luego.