jeudi, janvier 27, 2011

L'érotisme est dans la boîte aux lettres

L’érotisme, c’est bien connu, n’est pas toujours où on l’attend. Il semble même que plus il est revendiqué et plus il s’éloigne, il suffit pour s’en convaincre de feuilleter les magazines qui lui sont consacrés ou de parcourir une fois dans sa vie les allées d’un de ces salons dont il est le thème alléchant. Non, l’érotisme n’est pas là où on l’attend. Il est bien plus souvent dans l’image entrevue lors d’une promenade, au détour d’une page dans un livre sage, dans une scène inattendue d’un film par ailleurs innocent. Et il est parfois dans la boîte aux lettres. Car même ces encarts publicitaires glissés entre deux lettres qui périodiquement nous incitent à faire le plein de linge de maison, de draps et de taies d’oreiller nous proposent parfois de charmants tableaux. Je n’ai pas de mal à m’imaginer les trois suisses en question. Ils sont assis dans des fauteuils à haut dossier. La quiétude du salon, doucement dorée par la lumière de lampadaires aux lourds abat-jour, n’est guère contrariée que par les sorties régulières du coucou méthodique et zélé. L’un d’eux fume sa pipe, l’autre nettoie soigneusement ses bésicles, le troisième lit son “Neue zürcher Zeitung” en mangeant du Toblerone. J’imagine leur conversation :

- Je trouve que cette petite est bien déraisonnable de se vêtir si peu par ce froid.
- D’autant plus déraisonnable qu’il y a une action sur le blanc, elle devrait en profiter pour s’acheter des sous-vêtements bien chauds, ou bien ?
- M’est avis qu’elle n’use pas de sous-vêtements. En tout cas, peuchère, je suis prêt à parier qu’il n’y a pas de blanc sous ce short.
- "Peuchère" ? Voilà qui sonne plus Vieux Port que Quatre Cantons !
- C’est que je suis de Marseille, té. Je ne suis suisse que d’adoption.
- Je me disais aussi que tu galéjais beaucoup pour un zurichois.
- Pour en revenir à ce short, je trouve que cette petite l’a choisi un tantinet trop petit.
- Tu ne comprends donc rien ? Elle l’a fait exprès !
- Exprès ? Quelle drôle d’idée ?
- Mais ma parole, tu serais plus à ta place à Berne, chez les ours. Tu ne connais donc rien à l’âme féminine ?
- En quoi un short trop petit permettrait-il d’appréhender l’âme féminine, je te prie ?
- Mais c’est un accroche-cœur, rien de plus.
- Si c’est un accroche-cœur, reconnaissez tous les deux qu’il est bizarrement situé.
- Oh tiens, tu me fatigues. Même le coucou a plus d’intuition que toi.
- Une chose est sûre, si cette demoiselle était ma fille, je lui ferais comprendre que des accroche-cœurs comme ça en plein hiver sont la meilleure assurance d’attraper un rhume.
- Et tu crois sérieusement qu’elle t’écouterait ?
- Je saurais bien lui faire entendre raison !
- Ah oui ? Et comment ? En lui promettant de lui apprendre la recette de la bouillabaisse ?
- Ma bouillabaisse vaut bien tes röstis, ou bien ?
- Si vous voulez mon avis, et même si vous ne le voulez pas, je crois que vous faites fausse route tous les deux. Je crois que cette demoiselle n’a besoin ni de conseils ni de bouillabaisse. Ce qu’il lui faut, c’est une bonne fessée.
- Il est vrai que sa position gentiment penchée en avant, sur la pointe des pieds pour mieux tendre ce petit short qui suggère plus qu’il ne cache, ce sourire mutin...
- Non mais je rêve ! Vous allez vous arrêtez ? Vous vous imaginez que vos divagations vont être publiées sur un blog sérieux ?
- Coucou, coucou, coucou, coucou.
- Quelqu'un veut un morceau de Toblerone ?
- C’est ce qu’on appelle le mot de la fin, ou bien ?

© Amour Cuisant 2011, ou bien ?
Photographie ?

2 commentaires:

Natoune a dit…

Je m'étais dit la m^me chose en recevant mon catalogue... Cette phot est soit incroyablement ingénue, soit pernicieusement provocante...
Mais certainement belle et adorable.

amourcuisant a dit…

Natoune, j'opterais pour "délicieusement provocante".
Merci pour votre commentaire :-)