mardi, novembre 20, 2012

vendredi, novembre 09, 2012



Le grenier du souvenir
À Régine Deforges, pour les surprises cachées dans ses pages,
et à Sibylle, qui sait que deux et deux font cinq.
Il avait trouvé à se garer sur le parking d’un petit supermarché qui n’existait pas à l’époque. Les choses avaient changé, forcément. Des lotissements de maisons-clones étaient sorties de terre. Les champs qu’il gagnait autrefois en quelques coups de pédales, à la sortie du bourg, avaient fait place à une “zone d’activité” couverte de bâtiments bas en béton devant lesquels dormaient des camions fatigués qui finissaient par s’ébranler avec des soupirs bruyants et des bouffées de fumées noires. Le ciel était couvert de petits nuages qui se poursuivaient.
Il avait passé quelques étés de son enfance dans cette petite ville de province, accueilli par Agnès, une lointaine cousine. Une “petite cousine”. Mais avouez qu’une petite cousine qui a trente ans quand vous en avez à dix peut difficilement être taxée de “petite”. Agnès était considérée comme l’originale de la famille. Elle ne s’était pas mariée, collectionnait les amants et les météorites, traversait de lointains déserts à dos de chameau, fumait des cigarettes américaines et roulait en 4 Chevaux blanche en chantant à tue-tête toutes vitres ouvertes. La première fois qu’elle avait été sollicitée pour “garder le petit pendant l’été bien sûr on te dédommagera tu comprends on a vraiment besoin de vraies vacances vraiment ça nous ferait du bien et à lui aussi” elle avait accepté avec quelque réticence. Mais elle avait accepté. Elle n’avait pas connu la maternité, ne la connaîtrait jamais, elle le savait. Il ne lui déplaisait pas d’en faire l’expérience le temps d’un été. L’expérience s’avéra positive, à tel point qu’elle fut renouvelée à trois reprises. Elle et l’enfant s’apprivoisèrent rapidement. Il y eut des pique-niques improvisés, des après-midi de soleil au bord de la rivière, des après-midi de pluie autour du jeu de Monopoly, des soirées inattendues au cinéma, Technicolor ! L’histoire du soir ne parlait pas de châteaux et de sorcières, mais de la rose du désert et des touaregs. Agnès croquait dans la vie comme dans une pomme, et avait pour règle d’être en tout franche et directe. Un après-midi, ils se promenaient le long de la rivière. Les nuages qui couraient dans le ciel depuis le début de la journée disparurent tout soudain. Le soleil offrit lumière et chaleur. L’eau fraîche devint vite tentante. On se trempa les pieds. La plage était isolée. Il n’y avait personne. C’est trop bête de n’avoir pas pris les maillots de bain. Mais cela ne nous empêchera pas d’en profiter, décida-t-elle. Elle se déshabilla. L’enfant la considérait, médusé. Cela la fit rire. “Et toi, tu vas rester tout habillé ? De quoi as-tu peur si tu te mets tout nu ? De faire peur aux coccinelles ? ” L’enfant rougit, détourna les yeux. Elle n’insista pas, entra dans l’eau. Elle l’appela : “Allons, viens, elle est délicieuse.” Il finit par céder à la tentation. Se déshabilla à son tour. Hésita au moment de retirer l’ultime sous-vêtement. Et puis tant pis pour les coccinelles ! Il rentra dans l’eau, vite. Frissonna, avança. Ils s’éclaboussèrent en riant. Les nuages revinrent, l’air fraîchit tout aussi soudainement qu’il s’était réchauffé. Quand ils ressortirent, elle réalisa qu’ils n’avaient pas non plus de serviette. Elle se sécha comme elle put, se frottant rapidement avec sa jupe, se rhabilla sommairement, l’appela : “Allons, viens vite !” Il se tenait debout, chair de poule et mains cachant son ventre. “Viens vite que je te sèche !” Il finit par obéir. Elle l’enveloppa d’une écharpe de soie largement dépliée et d’une veste de cotonnade, lui frottant les épaules, le dos et les cuisses à travers le tissu, embrassant ses cheveux mouillés en riant : “Voilà que j’ai un bébé sur les bras.” Après l’avoir bien bouchonné, elle le fit faire un tour sur lui-même pour vérifier que le séchage avait été complet : sa peau rougie en témoignait. Satisfaite, elle le laissa se rhabiller, non sans le gratifier d’une tape sur les fesses avec ce commentaire : “C’est trop tentant.” Le soir, à la maison, il y eut douche chaude et chocolat chaud. La baignade improvisée ne serait pas oubliée de si tôt.
Il marcha jusqu’à la maison. Il s’arrêta devant la grille. La cour, le jardin sur le côté, l’allée qui menait derrière, tout paraissait plus petit que dans son souvenir. Il y avait deux sonnettes. La maison avait donc été divisée en deux appartements. Les volets du rez-de-chaussée étaient fermés.
- Vous cherchez quelque chose ?
Il sursauta. Il n’avait pas vu s’approcher la femme qui le considérait avec suspicion de l’autre côté de la grille.
- Bonjour. Non. Je... J’ai connu quelqu’un qui vivait ici autrefois.
- Ah oui ? (un sourcil s’était arqué). Quel nom ?
- Oh je ne pense pas que vous connaissiez. Verdet.
- Verdet ? Non, m’dit rien.
Il comprit qu’elle ne décollerait pas de là tant qu’il ne serait pas parti. Il soupira.
- Au revoir madame. Bon après-midi.
Elle ne répondit rien. Il s’éloigna.

Il se promena longtemps. Il était venu visiter une époque, pas un lieu. Le lieu n’était qu’un décor pour le théâtre de ses souvenirs. Le décor avait changé. Il ne parvenait pas à y trouver un passage vers la passé. 
La place au centre du bourg. Le marchand de journaux était toujours là, ou plutôt sa boutique. Il entra. Prit un quotidien au hasard, fit semblant de s’intéresser aux magazines. Là-bas, au fond, toute la partie du magasin autrefois réservée aux livres, à la papeterie et aux jouets avait été supprimée, fermée par une cloison. Il posa le journal sur le comptoir, ajouta un paquet de chewing gums “Hollywood”. On ne sait jamais, ils pourraient servir de madeleine ? Il sortit. Le bar-tabac en face avait été remplacé par un kébab. Il avait faim. Il alla se restaurer, pain chaud, viande en sauce et frites, soda sucré. Puis il reprit sa promenade. Passa devant la pâtisserie. Toujours là, et le même nom sur la porte vitrée ! Ce qu’on appelle une affaire familiale. Il entra. Même la clochette qui signalait l’ouverture de la porte n’avait pas changé. La pâtissière était jeune et souriante. Il commanda un Saint-Honoré “pour manger tout de suite”. Il reprit sa marche. Les nuages s’étaient dissipés, sans doute gourmandés par le soleil. Il se lécha les doigts. Le Saint-Honoré méritait le détour. Le quotidien qu’il tenait serré sous un bras le gênait, il l’abandonna sans même l’avoir ouvert dans une corbeille au pied d’un réverbère, en arrivant sur la place du marché. Il la traversa, entra dans le parc. 
Il suivit les allées jusqu’à l’aire des jeux. Le manège n’était ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. À cette heure-ci, il était à l’arrêt. Les voitures et les avions étaient bâchés. Il se rappela le paquet de chewing gums, en sortit un de son emballage. Il le mâchonna quelques secondes. Un goût éphémère de menthe. Il le jeta dans une corbeille qui ressemblait à une boîte aux lettres en plastique. Sur l’aire de jeux, les balançoires avaient disparu. Étaient apparus en revanche des canards à bascule et un bateau avec des filet. Le toboggan lui sembla avoir rapetissé. Il ne songea pas que c’était lui qui avait grandi. Il passa la main sur le métal. Il se rappela la brûlure sur les cuisses nues quand on glissait vite. Le mieux était de les lever légèrement, de glisser en appui sur les fesses protégées par le short. Autour du tourniquet à l’ancienne, le sable du sol avait été remplacé par une sorte de tapis synthétique. Il reprit l’allée jusqu’au bassin. 
Il y avait toujours un marchand de glaces-ballons-moulins à vent-sucres d’orge. Les statues d’inconnus célèbres s’ennuyaient comme autrefois. Il s’approcha du bord du bassin. Au centre, le jet d’eau s’élevait toujours au milieu des trois carpes en pierre. Il alla s’asseoir sur un banc. Ferma les yeux, se laissa aller. Les trilles d’un pinson répondaient au salut d’une mésange. Il revit son bateau de corsaire filer sur le bassin. À l’époque, croyez-le si vous voulez, ce bassin s’étendait jusqu’à la Mer des Sargasses, jusqu’aux Caraïbes.
- Monsieur ? Monsieur ? Vous allez bien ?
Il ouvrit les yeux. Deux écolières le considéraient d’un air un peu inquiet.
Il se redressa, se passa une main dans les cheveux, leur sourit.
- Oui, les enfants, tout va bien. Je m’étais assoupi je crois. Merci.
Le fillettes échangèrent un regard, puis s’éloignèrent en répondant à son salut de la main.
Il les suivit du regard. L’une était était en jean, blouson et baskets, l’autre en chandail, jupe courte et sandales. Même les vêtements hésitaient à croire au soleil d’octobre. Elles s’arrêtèrent un peu plus loin. Jean-blouson posa son cartable, s’accroupit, l’ouvrit, en sorti un objet qu’il ne distingua pas. Chandail-jupe regarda l’objet avec intérêt, se pencha vers sa camarade, lui parla à l’oreille. Toutes les deux se mirent à rire. L’objet mystérieux réintégra le cartable. Les écolières s’approchèrent du bassin. Chandail-jupe posa un pied sur le rebord et se pencha pour réajuster l’attache de sa sandale. Le mouvement fit glisser un peu sa jupe, dénudant un instant le haut de sa cuisse. Déjà elle s’était redressée, parlait en souriant à sa camarade.
Quels étaient leurs projets ? Où allaient-elles ? À l’école ? Peut-être avaient-elles décidé de faire l’école buissonnière ? N’était-ce pas le moment idéal pour l’école buissonnière, une journée d’automne, l’air frais et le soleil qui semble s’éveiller ? Mais les écoliers d’aujourd’hui avaient-ils encore l’audace de faire l’école buissonnière, quitte à affronter la punition au retour à la maison, ou plus tard, quand le délit aurait été signalé ? Ces deux écolières par exemple, imaginons qu’elles ne partent pas vers l’école mais vers un après-midi de liberté. Quel en sera le prix ? Jean-blouson est visiblement une enfant de la modernité. Il l’imagine environnée de mangas et d’écrans. Elle sera sans doute privée de console. Mais chandail-jupe ? Ses lectures sont sans doute plus classiques, qui sait même peut-être encore Bibliothèque Rose ou Verte, Comtesse de Ségur ou Enyd Blyton, Petites filles modèles et Club des Cinq ? Des livres bien rangés dans la bibliothèque de sa chambre. Certainement pas de télévision en accès permanent. Alors, elle aussi, privée d’écran ? Ses jambes nues pourraient bien inspirer une punition plus immédiate.
Une punition. Il autorisa sa pensée à vagabonder. Se pourrait-il que punition et bibliothèque forment une harmonie ? Il s’imagina rédiger un article à ce sujet pour une revue savante. Gros succès. Invité à la télévision pour exposer sa théorie. Et comment vous est venue cette idée ? Un jour, dans un parc, en voyant passer deux enfants, école buissonnière, association d’idées. 
L’endroit n’était pas tout à fait étranger à cette évocation de la punition. Les jambes nues de l’écolière, et l’endroit. C’est donc là que sa pensée voulait le mener ? Il la laissa faire. 
Un jour, dans ce parc, à cet endroit précis. Agnès l’avait emmené jouer au bassin. Voilier corsaire, à nous la Tortue. Elle lui avait acheté une barbe à papa. Il avait réclamé un de ces petits ballons attachés à une raquette par un élastique. “Pas aujourd’hui. Pour aujourd’hui, c’est la barbe à papa.” Il avait insisté, pris l’air boudeur. Elle avait tenu bon, et en avait été fâchée. Comme si soudain elle redécouvrait qu’elle avait à faire à un enfant, et qu’elle s’en voulait d’avoir à le redécouvrir. Ils s’étaient assis sur un banc, le même qu’aujourd’hui se peut. Deux gosses se chamaillaient de l’autre côté du bassin. Le plus grand poussa le plus petit qui tomba sur le derrière et se mit à brailler. Une mère puis deux intervinrent, grondèrent. Agnès dit : “Si c’était le mien, il aurait droit à une bonne fessée.”  Elle fut soulagée d’avoir dit cela, comme si l’avoir dit était un peu l’avoir fait, même si la fessée à laquelle elle pensait ne s’adressait pas à l’enfant grondé de l’autre côté du bassin, mais bien à celui qui était assis à ses côtés et l’avait agacé avec son caprice il y a instant. L’enfant en question ne répondit rien. Il se sentit envahi d’une gêne incommensurable. Ne pas parler de ça. Elle tourna la tête vers lui, posa la question qu’il redoutait : “Et toi, tu l’as déjà reçue, la fessée ?” Il fit semblant de ne pas avoir entendu. Se concentra sur la barbe à papa. Elle arqua un sourcil. “Tu ne vas pas me faire croire que tu ne l’as jamais méritée ? Que tu n’as jamais fait une seule grosse bêtise ?” Il s’entendit répondre “Non” d’une voix mal assurée. Elle fronça les sourcils : “Non quoi ? Non tu ne vas pas me faire croire, ou non tu ne l’as jamais méritée ?” Il aurait donné le reste de la barbe à papa pour qu’il se passe quelque chose, n’importe quoi, qui interrompe cette conversation, qui l’efface comme la gomme efface un trait de crayon maladroit. Elle lui passa la main dans les cheveux : “Eh bien ? Mon petit doigt me dit que tu n’as pas très envie d’en parler... Je me trompe ?” Il se sentit démasqué, se sentit rougir, sut qu’il était transparent, se sentit aussi nu que le jour de la baignade improvisée. Elle sourit tandis qu’il regardait fixement droit devant lui. Elle lui dit : “Tu sais, tout à l’heure, quand tu as insisté pour avoir ce ballon, et que tu as boudé pour me remercier de t’avoir offert une barbe à papa, j’ai eu bien envie de te baisser la culotte devant tout le monde et de te la donner, la fessée. Oui, tu n’es pas passé loin.” Elle ponctua cette constatation en lui donnant deux petites tapes sur le dessus de la cuisse, sur la peau laissée nue par le short, resta un instant silencieuse, puis ajouta, le regard dans le lointain : “Je ne sais pas ce qui m’a retenue.” Puis elle rit, haussa les épaules, se pencha pour lui embrasser la joue : “Allons, réveille-toi. C’est bien la première fois que tu perds ta langue.” Lui n’avait pas du tout envie de rire. Le mot “fessée” tournait dans sa tête. Certainement, tout le monde avait tout entendu. Tous les enfants alentour savaient. Avaient entendu le mot. Dit à lui par elle. Il avait menti, il l’avait reçue quelquefois il y a longtemps, bambin. Quelques tapes impatientes. Une fois après avoir été partiellement dévêtu comme il se doit en semblable circonstance pour que la punition soit plus cuisante. Il y a longtemps. Le mot faisait renaître en lui toutes les sensations de cet orage intime, le corps qui bascule comme dans un vertige, l’incongruité de ce déshabillage partiel, l’éclat sonore des claques, la brûlure et jusqu’au goût du sel dans la bouche aux premières larmes. Et c’est elle qui le disait, le prononçait. Il se revit nu sous ses yeux le jour du bain dans la rivière, et cette idée se superposa avec l’idée de la fessée par la main qui venait de lui caresser les cheveux, dont les longs doigts avaient tapoté la peau nue de sa cuisse. La main qui avait claqué ses fesses pour rire le jour de la baignade. Elle alluma une cigarette. Elle cessa de le taquiner. Elle avait fini par comprendre que ses piques avaient fait naître chez l’enfant une gêne sans mesure avec la portée qu’elle leur destinait. Elle décida pour autant de ne pas retirer ce qu’elle avait dit. Après tout, il l’avait cherché. Et puis l’idée de ce châtiment particulier, intime et donné aux yeux de tous, n’était pas pour lui déplaire, lui venait comme un écho de la sensation qu’elle avait éprouvée le jour du bain à la rivière, d’avoir pour un instant un bébé à elle, à bouchonner, à embrasser, et le cas échéant à fesser. Elle le laissa terminer sa barbe à papa avant de lui envoyer une bouée de sauvetage en regardant sa montre : “On discute et le temps passe ! Si on veut passer chez le marchand de journaux pour voir s’ils ont reçu ton livre, il faut y aller. À moins que tu n’aies pas envie ?” Il se leva d’un bond : “Ah si !” 
L’incident, puisque c’en était un, ne fut plus évoqué par la suite. Quelques jours plus tard, l’enfant eu droit à son ballon-raquette. Agnès y ajouta un petit moulin à vent : “On le mettra à la fenêtre de ta chambre.” 
Le moulin à vent resta un simple moulin à vent. Mais le ballon-raquette ne fut jamais un simple ballon-raquette. Ce jouet portait en aura le caprice et les mots qui avaient suivi. Le ballon-raquette était accompagné de la menace d’une fessée. Lorsqu’il faisait claquer le ballon contre la raquette de balsa, à chaque rappel de l’élastique, c’était une main qui claquait une fesse nue qu’il entendait. 
Trois étés plus tard, il l’aida à ranger le grenier. Elle faisait le tri de ce qui était à garder dans le bazar accumulé. Le moulin à vent fit soudain surface dans un des cartons ouverts pour l’occasion, suivi de près par la légère raquette. L’élastique était cassé. Le petit ballon, détaché, était dégonflé. Il retint son souffle. Elle cueillit la raquette, la considéra un instant, et dit : “Je me trompe ou c’est celle de la fessée ?”. Le coeur de l’enfant se mit à battre à toute allure. Elle n’attendit pas qu’il répondît, la lui tendit avec un léger sourire : “Garde-la. Tu verras, plus tard ça te fera un joli souvenir.”
“Je me trompe ou c’est celle de la fessée ?”
Cette réflexion ouvrait des horizons inattendus. 
“Celle de la fessée”. Ainsi il n’avait pas été le seul à repenser à l’incident dans le parc, à cette fessée presque donnée, et qui était en quelque sorte devenue une réalité incarnée par le verbe. Combien de fois avait-il rejoué cette scène dans le secret de ses rêves éveillés ? Mais dans ses rêves, la fessée dans le parc ne restait pas à l’état de menace. La fessée avait lieu. Tantôt devant le marchand barbe à papa et de jouets, tantôt après, sur le banc. Dans le premier cas, Agnès fronçait les sourcils, disait “ça suffit”, et soudain se penchait vers lui, déboutonnait son short, le lui baissait en même temps que son slip avant de le courber sous son bras. Dans le second cas, Agnès fronçait les sourcils, disait “ça suffit” et l’entraînait jusqu’au banc où elle s’asseyait avant de le courber de force en travers de ses cuisses, dans la position requise pour cette punition, avant là encore de le déculotter. La barbe à papa tantôt tombait à terre pour plus de réalisme, tantôt disparaissait tout bonnement. C’était une vraie fessée, déculotté devant tout le monde. La sensation de la main claquant sa peau nue, il suffisait d’aller chercher dans le souvenir du bain dans la rivière, qui fournissait même la peau rougie. Cette claque, une vraie, avait pour écho celles du ballon contre le balsa. Ad libitum. La fessée durait parfois longtemps, parfois était brève. Et parfois le scénario connaissait une variation riche en possibilité : la fessée lui était promise dans le parc et lui serait donnée au retour à la maison. Lorsque la rêverie avait lieu dans son lit, il se tournait sur le ventre, baissait son pantalon de pyjama. Parfois il laissait le drap rêche en place, parfois il rejetait drap et couverture, sentait l’air frais sur sa peau nue. L’air frais de cette après-midi dans le parc. Son bassin dansait doucement, son ventre allait et venait contre le matelas comme dans la chaleur d’un giron, comme sous l’effet d’une lente fessée, tandis qu’une agréable chaleur naissait quelque part entre son sexe et son anus, irradiait son ventre, jusqu’au mouvement de trop qui la transformait irrémédiablement en éclair, en foudre délicieuse qui le transperçait tout entier. Il crut longtemps que ces sensations lui étaient particulières, ou en tout cas qu’il avait découvert un secret bien caché du corps humain probablement ignoré de tous. Après le rangement du grenier (il avait entre-temps compris que la masturbation n’était pas sa formule magique réservée mais était plutôt répandue), il ajouta un nouveau scénario qui gagnait en audace. La fessée lui était donnée le jour de la redécouverte de la raquette. Le prétexte était qu’il l’avait méritée trois ans auparavant et qu’il était juste qu’il la reçoive enfin. Intérêt et principal. Parfois, Agnès lui demandait même s’il était d’accord avec la logique de cette fessée différée. Là, tantôt il regimbait, tantôt il convenait de la nécessité du châtiment. Dans un cas comme dans l’autre, bien sûr, la conclusion était une fessée, dans la chaleur du grenier, sous la charpente odorante éclairée par les rayons de soleil infiltrés par les deux lucarnes. Cette variante du grenier prit bientôt une tournure inattendue, sans doute inspirée par la luminosité particulière et le caractère reclus du lieu. Agnès lui demanda de se déshabiller tout à fait : il faisait si chaud, et ce serait plus pratique. “Et puis que crains-tu en te mettant tout nu : effrayer les coccinelles ?” La chaleur ambiante conduisait d’ailleurs Agnès à se dévêtir elle aussi largement. Dans la réalité, elle s’était trouvée en jupe longue et légère de gitane et en chemisier sans manches, qui lui laissait nus bras et épaules. Dans la rêverie, le chemisier était ouvert sur les seins nus. La jupe était largement troussée. Il s’étendait, nu à effrayer les coccinelles, en travers des cuisses nues d’Agnès. Recevait une fessée magistrale dans le secret du grenier de son imagination. Agnès se rendait compte de l’émoi provoqué par le châtiment, il aurait été difficile qu’il en soit autrement, mais moins prude que mademoiselle Lambercier, elle ne s’en offusquait pas, bien au contraire. Il s’en suivait des caresses, des embrassades et un embrasement qui ne prenait fin que qu’à l’ultime mouvement du bassin, celui qui faisait perdre tout contrôle et déclenchait l’éclair devenu familier. 
Et parfois aussi, il se demandait si Agnès aussi rêvait des rêves voisins. Sûrement elle n’avait pas gardé pour rien la raquette. Et si celle-ci était devenue pour elle “la raquette de la fessée” il y avait une raison ? Sûrement elle aussi devait parfois repenser à ‘”l’incident” du parc. À la fessée presque donnée. La fessée qu’elle avait rendue réelle en la nommant, et en la donnant par avance le jour de la baignade. Qui lui avait piqué la main avant de piquer son imagination. 
Il se leva, reprit son chemin. 
Parvenu à la voiture, il regarda encore autour de lui, lentement, respira profondément, avant d’ouvrir la portière et de s’installer. Pas d'autoradio. Nuages, la lumière baissait, les premières gouttes de pluie. Feux de croisement et essuie-glace. 
Qui sait si certaines nuits ils n’étaient pas deux dans le grenier du souvenir ?
Sur le siège, à côté de lui, il avait posé un moulin à vent tout neuf acheté au parc. Il savait déjà sur quelle étagère il trouverait sa place, près d’une vieille raquette en balsa qu’il avait gardée en souvenir.
© texte et photographie Amour Cuisant remonte le temps 2012.

dimanche, octobre 21, 2012

                          

T'as l'bonjour de la Coulée Douce...

Picorée sur le répondeur d'une émission de radio, ce message en forme de fabliau. Une invitation à l'animateur de ladite émission, qui a eu le bon goût de ne pas la censurer, à enfourcher sa Harley pour aller voir là-bas si il y est ? Histoire de refaire le monde en faisant l'amour et plus la guerre, comme avant, au temps de la Coulée Douce ? Oui, je sais, je rêve. En tout cas, on applaudit Francine et Georges, et on attend la suite avec impatience.

vendredi, septembre 14, 2012


Qu'est-ce qui rime avec "été" ?

Euh... crème glacée ?

C'est ça ?

J'ai bon ?


Photographie (extrait) : Matt Jones
.

mercredi, septembre 05, 2012

Monsieur Pascal Thomas est demandé à l'Ile de Ré

Depuis quelques années, Pascal Thomas joue à faire des films policiers. Bon, je ne le nie pas, j'aimerais bien vraiment beaucoup que la prochaine fois il nous concocte une de ces chroniques intimistes douces-amères dont il a le secret et dont il semble avoir perdu l'envie. Oui mais nous monsieur Thomas, on en a très envie de revoir un de vos films tout simples et tellement excellents parce que si justes et si tendres et si drôles et même vous pouvez garder Catherine et André, et si en plus Bernard revient sur le grand écran grâce à vous ce sera encore mieux !

En attendant donc, Pascal Thomas joue à faire des films policiers. Il s'amuse bien, Catherine et André aussi, et donc, la bonne humeur étant communicative, nous aussi au bout du compte.
Qu'est-ce que je voulais dire à propos de ce film ?... J'ai de ces trous de mémoire... Ah oui, Catherine a trouvé un moyen infaillible de la stimuler. La mémoire, je veux dire. En tout cas pour la sienne c'est infaillible. Une fessée, figurez- vous ! Non non si si ! Je vous assure.
Résultat : une scène d'anthologie.
Dans un film policier pour rire.
Donc bravo, monsieur Pascal Thomas, et bravo à Catherine et André.
Et n'oubliez pas : la prochaine fois, on revient à la bonne vieille recette. Avec Catherine et André, et puis aussi Bernard s'il vous plaît.
N'oubliez pas, sinon...

Amour Cuisant 2012 qui a tellement aimé "Les maris, les femmes les amants" et tous les autres films de Pascal Thomas.

dimanche, juin 10, 2012

Éphémères délices

Bien avant d’aller traîner ses guêtres de sept lieues du côté de l’Épaule d’Orion sous la direction de Ridley Scott, Rutger Hauer a donné la réplique et la fessée à la belle et talentueuse Monique van de Ven dans “Turkish Délices” de Paul Verhoeven.

Ces délices n’auraient pu être qu’une bluette gentiment érotique comme il y en eut tant dans les années 70. Au lieu de cela, l’irruption du tragique, de l’incompréhensible, de l’inacceptable, bref, de la maladie et de la mort dans l’histoire donne au film une dimension simplement humaine, et sa singularité en devient inoubliable. Les pétales de fleurs autant que les claques joueuses colorent les fesses nues de la belle : les harmoniques de cette fessée, acmé d’un bonheur insouciant qui ne se sait pas encore fragile, vibrent entre Ronsard et Pasquale Festa Campanile.
La vie en somme.


Signé Amour Cuisant mange un eskimau chocolat-noisettes à l'entracte 2012.

Photographies : auteur inconnu
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lundi, mai 07, 2012

Batucada erotica

L'œuvre d'Apollinaire "Les onze mille verges" a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Éric Lipmann, sortie il y a bientôt trente ans. Il ne s'agit bien sûr pas d'une adaptation fidèle, d'ailleurs serait-elle possible ? Pour autant le film de Lipmann ne manque pas d'intérêt, ne serait-ce que par son anthologique scène d’ouverture, durant laquelle Yves-Marie Maurin, chef au “Crédit bancaire” d’une escouade de dactylographes redoutablement belles et court vêtues (au premier rang desquelles figure Marion Game) subit durant de longues minutes le feu nourri des armes du sexe faible au son de la “Batucada erotica” de Michel Colombier.

Dans la scène d’ouverture de “La horde sauvage” de Sam Peckinpah, des cavaliers avancent sur une route poussiéreuse. Ils passent à côté d’un groupe d’enfants accroupis autour d’une arène improvisée où ils ont enfermés deux scorpions condamnés à se confronter dans un combat à mort.

Caprice de la mémoire : la “batucada” s’est mêlée dans mon souvenir à l’image des cavaliers et du combat de scorpions, et j’ai été étonné de constater mon erreur à l’occasion d’une rediffusion télévisée du second film. Il m’a fallu attendre une rediffusion télévisée du premier pour redonner son juste décor à ce morceau.

Je n’ai pas demandé à mon inconscient pourquoi il avait établi cette correspondance, il ne m’aurait pas répondu de toute façon, étant très cachottier, ou s'en serait tiré avec une pirouette à propos d'éros et thanatos.

Et si un jour les sombres cavaliers passent de leur écran à celui des belles dactylographes ? Eh bien ils apprendront à faire l'amour au lieu de la guerre, pardi !
Le film d'Éric Lipmann n'a pas à ce jour été édité en DVD, mais il est possible de le visionner notamment sur Dailymotion.
Auteurs des photographies inconnus.

dimanche, avril 29, 2012

Pure pochade

- Et pour ce soir, ce sera ? Théâtre ? Comédie ? Comédie dramatique ? Documentaire ? Musique ?
- Non, ce soir je vais me contenter d'une pochade.
- Bien monsieur. Une pochade. Je vous sers cela tout de suite.

Oui, de temps en temps, je l’avoue, je regarde des pochades à la télé. Celle que nous propose Canal+ en ce moment, “WorkingGirls”, a pour recette l’humour du même nom, un fond de sauce bureau/machine à café (ce n’est pas ma préférée mais il faut savoir être audacieux), des protagonistes (n.f.) charmantes et des protagonistes (n.m.) qui ont parfois du mal à suivre le rythme des facéties de leurs collègues (n.f.), le tout servi en format court et assaisonné d’une pointe de coquinerie. La bande annonce en dit plus qu’un long discours.
Et à part ça, chez vous, il pleut aussi ?


jeudi, avril 19, 2012

Le retour de Loukoum

Quelle ne fut pas ma surprise ce matin en arrivant à la rédaction d'y trouver Loukoum, qui avait disparu depuis des années. J'ai appris entre temps qu'il s'était réfugié un temps chez
  • Bricabrac.
  • Mais depuis que Bricabrac est partie en vacances, plus de nouvelles. Je me faisais un sang d'encre. C'est vous dire ma joie quand j'ai retrouvé mon cher niglo perché sur mon clavier.
    Oui, comme vous le savez peut-être, Loukoum est grand amateur de clavier de micro-ordinateurs (qu'il confond avec des tablettes de chocolat blanc) : je profite donc de l'occasion pour vous demander d'avoir la gentillesse d'envoyer à la rédaction tous vos claviers inutilisés.
    D'avance merci.

    jeudi, avril 05, 2012

    Robot à ménager (mécanique aspirant par une rose inspiré ou quand le robot tique)

    Photographie (extrait) : Mert Alas et Marcus Piggott.

    dimanche, février 26, 2012

    La belle inconnue

    Une image retrouvée dans un dossier oublié pendant des mois ou des années.
    Qui est cette jeune fille ?
    Sûrement j’aurai marqué son nom au dos de l’image. Non ! Pas de nom au dos de l’image. Rien qui permette de l’identifier. Allons bon. Pas question de la ranger sans avoir résolu l’énigme. Le mieux est de sauter dans ma Torpedo et de me lancer à sa poursuite.

    Aussitôt dit, aussitôt fait.

    Je roule pendant des heures à travers la campagne sans la trouver. Ah ! Une jeune fille se tient au bord de la route. Elle lit, appuyée au capot d’une 2CV de la grande époque. Je freine. Marche arrière. Je me gare, descends.
    - Bonjour mademoiselle, êtes-vous en panne ? Puis-je vous aider ?
    - Bonjour monsieur. Vous êtes bien aimable mais non, je ne suis pas en panne. Je lis une enquête auto de Margot. Je n’avais pas la patience d’être arrivée pour en connaître la suite alors je me suis arrêtée ici...
    - Bien, dans ce cas, bonne journée mademoiselle.
    Soudain, une intuition. Avant de remonter dans ma voiture, je montre l’image à ma lectrice :
    - Connaissez-vous cette jeune fille ?
    Elle se penche un peu, fronce les sourcils, réfléchit, puis :
    - Elle est belle. Sa tête me dit quelque chose mais... non... son nom ne me revient pas...
    Je lui souris :
    - Tant pis. Bonne lecture mademoiselle. Je reprends ma route.
    - Attendez...
    - Oui ?...
    - Vous devriez essayer d’aller à Saint-Nazaire.
    - À Saint-Nazaire ?
    - Oui, commencez par là.
    - Très bien.

    Durant mon escale à Saint-Nazaire, je fais la tournée des caboulots dans le quartier du port pour montrer mon image. J’obtiens des regards intéressés, des sifflets admiratifs, mais pas de nom. Un vieux loup de mer au yeux délavés s'approche de moi et me dit d’un air mystérieux :
    - Chou Bidou Aaaaahhh !....
    Désireux de ne pas le contrarier je prends l'air entendu et répète en faisant claquer mes doigts :
    - Chou... Bidou... Aaaaahhhh !....
    Et soudain c'est l'illumination : Shoubidoua ! Le vieux loup de mer a raison : le professeur saura, lui, comment résoudre cette énigme ! Je le remercie chaudement.
    Il est déjà temps de quitter Saint-Nazaire.

    En route !

    Je roule, roule, roule.Je croise une voiture conduite par un jeune homme pressé. Il a une houppe, comme Riquet. Le passager est un capitaine qui m’a l’air un peu caractériel : alors qu’ils ont failli m’emboutir, il me traite de “bachi bouzouk” avec une voix de tonnerre ! Un comble ! Je me demande ce que ces deux-là vont chercher à Saint-Nazaire ? Allons, concentrons-nous sur la mission.

    Me voilà chez le professeur. Il insiste pour que je partage son frugal repas. Je lui expose mon problème entre les truites et le sanglier aux truffes. Le professeur n’hésite pas longtemps sur la conduite à adopter :
    - Nous allons placer cette image dans l’inverseur cyclique à berzingue compressée.
    Aussitôt dit, aussitôt fait.
    L’inverseur cyclique se met à fonctionner à toute berzingue, ronronne, cliquette, fume.
    - Ce n'est pas de la fumée, mais de la vapeur d'eau corrige le professeur en levant l'index.
    Soudain l'inverseur se met à jouer le carillon de Big Ben.
    - Cela signifie que l'énigme est résolue, déclare le professeur avec un grand sourire.
    Et en effet, un tiroir s'ouvre avec un claquement métallique. Un album y est posé !
    Comment est-il arrivé là ? J'hésite. Le professeur m'encourage :
    - Allez-y, il ne vous mordra pas.
    Je prends délicatement l'album. L'ouvre... ça alors, une dédicace à la Divine Comtesse ! Je le feuillette : pas de doute, la belle inconnue est là, le professeur l'a retrouvée !
    - Professeur, comment vous remercier ?
    - Mon ami, votre présence ici suffit grandement à me remercier du peu d'effort que m'a demandé la résolution de votre énigme. Cela dit, je ne déteste pas les pâtes de fruits.

    P.S. Si vous n'avez pas sous la main d'inverseur cyclique à berzingue compressée, les aventures de Sophaletta sont disponibles dans toutes les bonnes librairies, aux éditions Glénat. Cette saga a pour toile de fond la Russie au début du siècle dernier. L'auteur, Erik Arnoux, explique en exergue du premier volume que l'inspiration lui est venue après la lecture d'une biographie d'une autre Sophie : Sophie Rostpchine. Alors si j'ose dire : à vos cassettes !
    P.P.S. Vous pouvez envoyer vos dons en pâtes de fruit au siège de la rédaction, qui se chargera de les transmettre au professeur Shoubidoua.

    jeudi, février 09, 2012

    La fessée ressentie

    Pour Myriam, qui aime les poules, les canards, les lapins, les pinsons, les abeilles et les coucous.

    Il est beaucoup question ces jours-ci de la notion de “froid ressenti”. Mais saviez vous que cette notion est directement dérivée de celle de “fessée ressentie”, qui a fait l’objet d’une communication du professeur Shoubidoua aux Journées Scientifiques Amusantes de Cruchons-sur-Yvette en 1973 ? Le professeur Shoubidoua avait alors basé sa communication sur une lettre rédigée à son attention par une admiratrice nommée Pétronille. Nous avons obtenu l’autorisation de reproduire ce document qui, à n’en pas douter, saura nourrir votre réflexion.

    "Cher professeur Shoubidoua,

    Si je prends la plume aujourd’hui, c’est pour vous faire part d’un étrange phénomène. Seule votre science me semble en mesure d’élucider ce qu’il faut bien nommer un mystère. Mais le plus simple est sans doute que j’en vienne au fait.

    Les voici.

    Il y a des années de cela, quand j’étais petite, je passais tous les étés à la campagne, à la ferme de parents éloignés par ailleurs adorables. Le but de ces séjours était de me faire “profiter du bon air” et de me “donner de bonnes joues”. J’appréciais bien sûr la participation aux travaux de la ferme : je n’aurais entre autre pour rien au monde cédé ma place lors de la distribution des repas au poulailler et au clapier. Mais je ne vous le cache pas, c’est mon cousin Valentin qui était pour moi l’attrait principal de ces séjours. Il était un peu plus jeune que moi et, ne tournons pas autour du pot, en pinçait pour moi. Je l’acceptai comme amoureux à la condition qu’il accepte mes jeux, ce à quoi il s’appliqua avec dévotion. Mon jeu préféré était l’école. La salle de classe était un coin de la grange, des ballots de paille tenaient lieu tout à la fois de pupitre, de banc et d’estrade. J’étais la maîtresse, il était l’élève. J’écrivais les leçons à la craie imaginaire sur un tableau imaginaire. Je l’interrogeais. Bien sûr je m’arrangeais pour trouver des questions difficiles. Donc il ne savait pas, se trompait. Je le punissais. Je m’asseyais sur un tabouret de paille. Je lui annonçais que je n’avais d’autre choix que le fesser. Il approchait. Je déboutonnais tranquillement son pantalon ou ses culottes courtes et le déculottais soigneusement. Après quoi il s’étendait sans rechigner en travers de mes cuisses et acceptait sans broncher les claquades de ma main qui lui rougissaient la peau nue jusqu’à la couleur des écrevisses. Jusqu’au jour où nous fûmes surpris dans cette phase de notre jeu. On nous ramena dans la cour de la ferme. Il y eut des éclats de voix, des “comment” et des “pourquoi”, et il fut finalement décidé que je méritais le châtiment que je venais d’infliger à “ce pauvre Valentin”. Une fessée déculottée me fut donc appliquée sans plus tarder, au beau milieu de la cour, sous les yeux de tous les habitants de la ferme rameutés par le raffut, sous les yeux des poules, des canards et des lapins, et, plus gênant, sous les yeux de Valentin. Je fus terriblement vexée et gardai un souvenir cuisant de cette punition. À compter de ce jour, je choisis des jeux moins sujets à controverse, comme la chasse aux papillons ou les dominos.

    Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Quelques années plus tard, la chasse aux papillons nous conduisit à une clairière éloignée. À ma grande surprise, Valentin me proposa de jouer à l’école “comme avant”, puisqu’ici nous étions “tranquilles”. Après avoir réfléchi un instant, je me laissai convaincre. Je repérai en bordure de la clairière quelques troncs coupés dont le bois embaumait l’air chaud. Je pris place sur l’un d’eux. Comme de bien entendu, Valentin ne savait pas sa leçon. Je lui demandai de s’approcher en vue de sa punition, ce qu’il fit avec nettement plus d’hésitation qu’autrefois, le rouge aux joues et les yeux brillants. Je suppose que moi aussi j’avais le rouge aux joues et les yeux brillants, en tout cas c’est avec quelque maladresse que je défis les trois ou quatre boutons qui retenaient son short. Lorsque je l’eus déculotté comme il se doit en pareille circonstance, force me fut de constater que quelque chose avait changé chez mon cousin. Je décidai prudemment de ne pas prolonger ma contemplation et, après avoir relevé bien haut ma robe - “pour être à mon aise” prétendis-je - j’aidai Valentin à se mettre en position en travers de mes cuisses nues. Valentin avait la peau mate et les muscles rebondis d’un coureur des bois. J’hésitai. Ni lui ni moi ne pipaient mot, l’air était empli du chant des pinsons et du vrombissement sourd de mille insectes invisibles. Un coucou appela au loin. Alors je levai la main et fessai Valentin. Je le fessai à main nue sur ses fesses nues, avec conviction, avec vigueur, et je vous l’avoue, avec délice. Et je remarquai que contre mes cuisses quelque chose enflait indéniablement. J’étais alors innocente mais je n’étais pas niaise : je savais ce dont il s’agissait. Bientôt, j’osai mêler des caresses aux claques. Sur ce mode, la fessée dura longtemps. Quand Valentin se releva, le spectacle qu’il offrait ne laissait aucun doute sur son émotion. Après cette correction il me sembla équitable de lui proposer de me rendre la pareille. En fait, je ne sais pourquoi, je mourais d’envie d’éprouver ce que je venais de lui infliger. Il prit ma place. Je pris la sienne. Il alla jusqu’à me trousser mais son audace s’arrêta là. Je dus insister pour qu’il me dénude comme je l’avais fait pour lui. Il me fessa au début avec maladresse. Les claques sèches pinçaient et brûlaient, pourtant je le laissai faire. Et puis sa main sembla trouver la forme de ma chair, les claques sonnèrent clair et devinrent plus chaleureuses que cuisantes. J’eus bientôt l’impression que mon ventre fondait ! Je me relevai, et sans lui demander son avis, je m’assis à califourchon sur ses genoux et je l’embrassai à pleine bouche. Je ne vous raconte pas ce qu’il se passa ensuite, et qui sort du cadre de ma présente interrogation.

    Mon interrogation, la voici : comment la fessée peut-elle être à la fois si cuisante et détestable dans la cour de la ferme, et si délicieuse dans la clairière ?
    Faut-il y voir l’influence des poules, des canards et des lapins ? Ou au contraire celle des pinsons, des abeilles et des coucous ?

    Dans l’attente d’une réponse éclairée de votre part, je vous prie monsieur le professeur d’accepter les salutations d’une de vos lectrices parmi les plus fidèles,
    Pétronille"



    Voir aussi dans les Cahiers de l’Académie des Sciences Amusantes de Cruchons-sur-Yvette de 1973, p. 1054-1090, la communication du professeur Shoubidoua sur “La fessée ressentie”.

    © Amour Cuisant à la campagne 2012.
    Illustration : Benjamin Rabier.

    dimanche, janvier 29, 2012

    Au temps des Peaux-Rouges

    En ce temps-là, la fessée faisait partie de l’environnement domestique au même titre que l’huile de foie de morue, ce que reflète bien sa représentation dans la quantité pléthorique de documents (publicités, cartes postales, etc...) reproduits dans ce livre. Représentation sur le mode humoristique dans la plupart des cas, le premier degré n’étant tout de fois pas absent et parfois même légèrement dérangeant. L’écrasante majorité des documents est d’origine anglo-saxonne au sens large, ce qui n’est sans doute pas sans signification. On y découvre cependant un étonnant bas-relief du château de Blois qui démontre s’il en était besoin que ce geste maternel marque l'esprit des artistes depuis belle lurette, ce qui n'a rien d'étonnant vu son caractère éminemment pittoresque. Pour en revenir à l'ancrage anglo-saxon des sources de ce livre, je ne me rappelle pas avoir vu dans mon enfance des publicités pour des produits courants tels que Vérigoud, Pschitt ou Mistral Gagnant mettant en scène la "fessée domestique" : sa représentation est d’ailleurs rare en France dans l’imagerie populaire, et dans le domaine publicitaire cette représentation fait plutôt référence sur le mode égrillard à la fessée amoureuse. Il reste que ce livre vaut le détour, ne serait-ce que pour son illustration de couverture, qui est d'ailleurs sans doute la plus joyeusement piquante de la collection offerte au lecteur.

    Amour Cuisant joue au "Masque et la Plume" 2012.

    samedi, janvier 07, 2012


    Pincemi et Pincemoi

    Qu’est-ce qu’un film charmant ? Un film qui a du charme. Ou plutôt qui a un charme, au sens magique du terme. Une magie sans ostentation, qui se contente par exemple de vous faire passer de l’autre côté de l’écran grâce à quelques artifices qui font se croiser le rêve qu’est le film et la réalité du spectateur. C’est ce charme-là qui est à l’oeuvre dans “Le nom des gens”, où l’on retrouve des personnages et des ambiances de la vraie vie qui sont là pour nous ouvrir la porte de l’histoire et nous inviter à entrer. Tiens, on croise même Jospin, qui a sans doute été en politique aussi rare que les canards mandarins le sont sur l’Ile Adorée, puisqu’il est le seul à avoir pris le risque d’ouvrir les portes des placards auxquelles on est prié de ne pas toucher, et c’est sans doute ce qui lui a valu de se faire évincer avec le concours actif de ses “bons amis”. Bons amis qui ont dû pousser un “ouf” de soulagement en le voyant quitter définitivement la mare dont il avait commencé à troubler l’eau. Et tant pis pour la république. Mais là n’est pas le sujet du film, quoique... Alors le sujet du film, c’est quoi, nom d’un petit canard mandarin ?


    C’est Pierrot la Lune/Jacques Gamblin/Pincemi
    qui marche sur les nuages et qui se brûle aux étincelles d’Esmeralda/Sara Forestier/Pincemoi. Poésie pétillante et érotisme décalé saupoudrés d’humour, le tout servi au deuxième degré bien chaud. Et même au troisième si vous voulez.

    À table !





    Amour Cuisant qui vous souhaite une bonne année 2012.

    Photographies : auteur(s) inconnu(s)