dimanche, février 26, 2012

La belle inconnue

Une image retrouvée dans un dossier oublié pendant des mois ou des années.
Qui est cette jeune fille ?
Sûrement j’aurai marqué son nom au dos de l’image. Non ! Pas de nom au dos de l’image. Rien qui permette de l’identifier. Allons bon. Pas question de la ranger sans avoir résolu l’énigme. Le mieux est de sauter dans ma Torpedo et de me lancer à sa poursuite.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Je roule pendant des heures à travers la campagne sans la trouver. Ah ! Une jeune fille se tient au bord de la route. Elle lit, appuyée au capot d’une 2CV de la grande époque. Je freine. Marche arrière. Je me gare, descends.
- Bonjour mademoiselle, êtes-vous en panne ? Puis-je vous aider ?
- Bonjour monsieur. Vous êtes bien aimable mais non, je ne suis pas en panne. Je lis une enquête auto de Margot. Je n’avais pas la patience d’être arrivée pour en connaître la suite alors je me suis arrêtée ici...
- Bien, dans ce cas, bonne journée mademoiselle.
Soudain, une intuition. Avant de remonter dans ma voiture, je montre l’image à ma lectrice :
- Connaissez-vous cette jeune fille ?
Elle se penche un peu, fronce les sourcils, réfléchit, puis :
- Elle est belle. Sa tête me dit quelque chose mais... non... son nom ne me revient pas...
Je lui souris :
- Tant pis. Bonne lecture mademoiselle. Je reprends ma route.
- Attendez...
- Oui ?...
- Vous devriez essayer d’aller à Saint-Nazaire.
- À Saint-Nazaire ?
- Oui, commencez par là.
- Très bien.

Durant mon escale à Saint-Nazaire, je fais la tournée des caboulots dans le quartier du port pour montrer mon image. J’obtiens des regards intéressés, des sifflets admiratifs, mais pas de nom. Un vieux loup de mer au yeux délavés s'approche de moi et me dit d’un air mystérieux :
- Chou Bidou Aaaaahhh !....
Désireux de ne pas le contrarier je prends l'air entendu et répète en faisant claquer mes doigts :
- Chou... Bidou... Aaaaahhhh !....
Et soudain c'est l'illumination : Shoubidoua ! Le vieux loup de mer a raison : le professeur saura, lui, comment résoudre cette énigme ! Je le remercie chaudement.
Il est déjà temps de quitter Saint-Nazaire.

En route !

Je roule, roule, roule.Je croise une voiture conduite par un jeune homme pressé. Il a une houppe, comme Riquet. Le passager est un capitaine qui m’a l’air un peu caractériel : alors qu’ils ont failli m’emboutir, il me traite de “bachi bouzouk” avec une voix de tonnerre ! Un comble ! Je me demande ce que ces deux-là vont chercher à Saint-Nazaire ? Allons, concentrons-nous sur la mission.

Me voilà chez le professeur. Il insiste pour que je partage son frugal repas. Je lui expose mon problème entre les truites et le sanglier aux truffes. Le professeur n’hésite pas longtemps sur la conduite à adopter :
- Nous allons placer cette image dans l’inverseur cyclique à berzingue compressée.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
L’inverseur cyclique se met à fonctionner à toute berzingue, ronronne, cliquette, fume.
- Ce n'est pas de la fumée, mais de la vapeur d'eau corrige le professeur en levant l'index.
Soudain l'inverseur se met à jouer le carillon de Big Ben.
- Cela signifie que l'énigme est résolue, déclare le professeur avec un grand sourire.
Et en effet, un tiroir s'ouvre avec un claquement métallique. Un album y est posé !
Comment est-il arrivé là ? J'hésite. Le professeur m'encourage :
- Allez-y, il ne vous mordra pas.
Je prends délicatement l'album. L'ouvre... ça alors, une dédicace à la Divine Comtesse ! Je le feuillette : pas de doute, la belle inconnue est là, le professeur l'a retrouvée !
- Professeur, comment vous remercier ?
- Mon ami, votre présence ici suffit grandement à me remercier du peu d'effort que m'a demandé la résolution de votre énigme. Cela dit, je ne déteste pas les pâtes de fruits.

P.S. Si vous n'avez pas sous la main d'inverseur cyclique à berzingue compressée, les aventures de Sophaletta sont disponibles dans toutes les bonnes librairies, aux éditions Glénat. Cette saga a pour toile de fond la Russie au début du siècle dernier. L'auteur, Erik Arnoux, explique en exergue du premier volume que l'inspiration lui est venue après la lecture d'une biographie d'une autre Sophie : Sophie Rostpchine. Alors si j'ose dire : à vos cassettes !
P.P.S. Vous pouvez envoyer vos dons en pâtes de fruit au siège de la rédaction, qui se chargera de les transmettre au professeur Shoubidoua.

Aucun commentaire: