jeudi, février 09, 2012

La fessée ressentie

Pour Myriam, qui aime les poules, les canards, les lapins, les pinsons, les abeilles et les coucous.

Il est beaucoup question ces jours-ci de la notion de “froid ressenti”. Mais saviez vous que cette notion est directement dérivée de celle de “fessée ressentie”, qui a fait l’objet d’une communication du professeur Shoubidoua aux Journées Scientifiques Amusantes de Cruchons-sur-Yvette en 1973 ? Le professeur Shoubidoua avait alors basé sa communication sur une lettre rédigée à son attention par une admiratrice nommée Pétronille. Nous avons obtenu l’autorisation de reproduire ce document qui, à n’en pas douter, saura nourrir votre réflexion.

"Cher professeur Shoubidoua,

Si je prends la plume aujourd’hui, c’est pour vous faire part d’un étrange phénomène. Seule votre science me semble en mesure d’élucider ce qu’il faut bien nommer un mystère. Mais le plus simple est sans doute que j’en vienne au fait.

Les voici.

Il y a des années de cela, quand j’étais petite, je passais tous les étés à la campagne, à la ferme de parents éloignés par ailleurs adorables. Le but de ces séjours était de me faire “profiter du bon air” et de me “donner de bonnes joues”. J’appréciais bien sûr la participation aux travaux de la ferme : je n’aurais entre autre pour rien au monde cédé ma place lors de la distribution des repas au poulailler et au clapier. Mais je ne vous le cache pas, c’est mon cousin Valentin qui était pour moi l’attrait principal de ces séjours. Il était un peu plus jeune que moi et, ne tournons pas autour du pot, en pinçait pour moi. Je l’acceptai comme amoureux à la condition qu’il accepte mes jeux, ce à quoi il s’appliqua avec dévotion. Mon jeu préféré était l’école. La salle de classe était un coin de la grange, des ballots de paille tenaient lieu tout à la fois de pupitre, de banc et d’estrade. J’étais la maîtresse, il était l’élève. J’écrivais les leçons à la craie imaginaire sur un tableau imaginaire. Je l’interrogeais. Bien sûr je m’arrangeais pour trouver des questions difficiles. Donc il ne savait pas, se trompait. Je le punissais. Je m’asseyais sur un tabouret de paille. Je lui annonçais que je n’avais d’autre choix que le fesser. Il approchait. Je déboutonnais tranquillement son pantalon ou ses culottes courtes et le déculottais soigneusement. Après quoi il s’étendait sans rechigner en travers de mes cuisses et acceptait sans broncher les claquades de ma main qui lui rougissaient la peau nue jusqu’à la couleur des écrevisses. Jusqu’au jour où nous fûmes surpris dans cette phase de notre jeu. On nous ramena dans la cour de la ferme. Il y eut des éclats de voix, des “comment” et des “pourquoi”, et il fut finalement décidé que je méritais le châtiment que je venais d’infliger à “ce pauvre Valentin”. Une fessée déculottée me fut donc appliquée sans plus tarder, au beau milieu de la cour, sous les yeux de tous les habitants de la ferme rameutés par le raffut, sous les yeux des poules, des canards et des lapins, et, plus gênant, sous les yeux de Valentin. Je fus terriblement vexée et gardai un souvenir cuisant de cette punition. À compter de ce jour, je choisis des jeux moins sujets à controverse, comme la chasse aux papillons ou les dominos.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Quelques années plus tard, la chasse aux papillons nous conduisit à une clairière éloignée. À ma grande surprise, Valentin me proposa de jouer à l’école “comme avant”, puisqu’ici nous étions “tranquilles”. Après avoir réfléchi un instant, je me laissai convaincre. Je repérai en bordure de la clairière quelques troncs coupés dont le bois embaumait l’air chaud. Je pris place sur l’un d’eux. Comme de bien entendu, Valentin ne savait pas sa leçon. Je lui demandai de s’approcher en vue de sa punition, ce qu’il fit avec nettement plus d’hésitation qu’autrefois, le rouge aux joues et les yeux brillants. Je suppose que moi aussi j’avais le rouge aux joues et les yeux brillants, en tout cas c’est avec quelque maladresse que je défis les trois ou quatre boutons qui retenaient son short. Lorsque je l’eus déculotté comme il se doit en pareille circonstance, force me fut de constater que quelque chose avait changé chez mon cousin. Je décidai prudemment de ne pas prolonger ma contemplation et, après avoir relevé bien haut ma robe - “pour être à mon aise” prétendis-je - j’aidai Valentin à se mettre en position en travers de mes cuisses nues. Valentin avait la peau mate et les muscles rebondis d’un coureur des bois. J’hésitai. Ni lui ni moi ne pipaient mot, l’air était empli du chant des pinsons et du vrombissement sourd de mille insectes invisibles. Un coucou appela au loin. Alors je levai la main et fessai Valentin. Je le fessai à main nue sur ses fesses nues, avec conviction, avec vigueur, et je vous l’avoue, avec délice. Et je remarquai que contre mes cuisses quelque chose enflait indéniablement. J’étais alors innocente mais je n’étais pas niaise : je savais ce dont il s’agissait. Bientôt, j’osai mêler des caresses aux claques. Sur ce mode, la fessée dura longtemps. Quand Valentin se releva, le spectacle qu’il offrait ne laissait aucun doute sur son émotion. Après cette correction il me sembla équitable de lui proposer de me rendre la pareille. En fait, je ne sais pourquoi, je mourais d’envie d’éprouver ce que je venais de lui infliger. Il prit ma place. Je pris la sienne. Il alla jusqu’à me trousser mais son audace s’arrêta là. Je dus insister pour qu’il me dénude comme je l’avais fait pour lui. Il me fessa au début avec maladresse. Les claques sèches pinçaient et brûlaient, pourtant je le laissai faire. Et puis sa main sembla trouver la forme de ma chair, les claques sonnèrent clair et devinrent plus chaleureuses que cuisantes. J’eus bientôt l’impression que mon ventre fondait ! Je me relevai, et sans lui demander son avis, je m’assis à califourchon sur ses genoux et je l’embrassai à pleine bouche. Je ne vous raconte pas ce qu’il se passa ensuite, et qui sort du cadre de ma présente interrogation.

Mon interrogation, la voici : comment la fessée peut-elle être à la fois si cuisante et détestable dans la cour de la ferme, et si délicieuse dans la clairière ?
Faut-il y voir l’influence des poules, des canards et des lapins ? Ou au contraire celle des pinsons, des abeilles et des coucous ?

Dans l’attente d’une réponse éclairée de votre part, je vous prie monsieur le professeur d’accepter les salutations d’une de vos lectrices parmi les plus fidèles,
Pétronille"



Voir aussi dans les Cahiers de l’Académie des Sciences Amusantes de Cruchons-sur-Yvette de 1973, p. 1054-1090, la communication du professeur Shoubidoua sur “La fessée ressentie”.

© Amour Cuisant à la campagne 2012.
Illustration : Benjamin Rabier.

2 commentaires:

Pastelle a dit…

Il y a les cours de ferme, les clairières, et aussi les appartements.
J'ai pensé à vous en lisant cela :

http://www.rue89.com/rue69/2012/04/28/comment-ecrire-son-voisin-trop-bruyant-quand-il-fait-lamour-231642

amourcuisant a dit…

Merci pour cette excellente trouvaille !