samedi, février 23, 2013


Le passager rouge...

... a disparu. Rideau tiré, porte close, pas de clef sous le paillasson. J'ignore les raisons qui ont poussé son auteur à fermer boutique, mais une chose est sûre, elle nous manquera. Elle nous manquera parce-qu'elle avait de l'originalité, du caractère, et surtout parce-qu'elle créait. Je n'ai pas enregistré son très beau texte de présentation, j'aurais assurément dû le faire. Il ne nous reste plus que la rumeur
de ses mots.
"Le passager rouge"... cela ferait un beau titre de blues.

Photographie : Amour Cuisant.

4 commentaires:

Latis a dit…

Le voici cher monsieur...

Mon passager rouge
J'aime bien Dexter, la série diffusée sur Shoxtime, d'après un roman de Jeff Lindsay. On y suit les aventures d'un tueur en série au code moral irréprochable (il ne s'attaque qu'aux "vrais" méchants), ce qui le rend, et c'est l'objectif, définitivement sympathique, en dépit de "sa faille".
Au fond de lui est enraciné un besoin de tuer irrépressible qu'il nomme son "dark passenger". En français, cela a été traduit de manière aproximative par hôte funeste. Je préfère la version originale.

Je n'ai jamais (encore?)  tué personne... Pas de face aussi sombre dans ma personne... Juste un "red passenger" qui vit au fond de moi depuis toujours: L'envie d'être fessée, le besoin de punition comme le summum de l'érotisme.
e veut aucun mal...

Latis a dit…

Je suis née dans les années 70, ait été éduquée à la mode des années 50. Au sein d'une famille nombreuse, dans laquelle comptaient par dessus tout les bonnes vraies valeurs catholiques. J'allais à la messe tous les dimanches, remplissant consciencieusement mes devoirs d'enfant de choeur; je sonnais la cloche, habillée d'une aube blanche. Mes parents donnaient de leur temps pour la paroisse, et j'ai souvenir d'avoir régulièrement préparé des gâteaux et des gaufres avec ma mère en vue d'une vente servant à financer la restauration du toit de l'église ou l'entretien de son parc.

"Qui aime bien châtie bien" donc... Un adage biblique qui fut de mise au sein de la maison familiale. Les corrections paternelles (bien moins souvent maternelles) étaient fréquentes. Je n'aurais jamais osé les discuter. Je ne les érotisaient pas plus. Jamais je n'ai apprécié les corrections parentales, au contraire, je les redoutais, les fuyait comme je pouvais.

Latis a dit…

A y avoir tant réfléchi, j'en ai conclu que l'attirance pour la punition qui fait partie de moi comme une liane finit parfois par se fondre dans le bois qui la porte vient du surplus d'émotion vécue à ces moments là.

Timide, fragile, hypersensible, la petite fille aux deux tresse sages que j'étais s'est trouvée très marquée par le trop de colère, de rage, de douleur ou d'empiètement de l'intime de ces moments là.

Paradoxe déjà dans lequel, si la fessée parentale était le moment à éviter à tout prix, je découvre vers l'âge de 6 ans, avec un ravissement jamais réellement démenti depuis, de délicieuses littératures pornographiques infantiles. La comtesse de Ségur a évidemment enchanté mon âme d'enfant, ainsi que le roman autobiographique de Roald Dahl "Moi Boy", et puis les bandes dessinées évidement... Nostalgique, j'ai emporté en déménageant une vieille édition de Buster Brown. Par la suite, j'en découvrirai d'autres bien sûr; Manara, dont je n'aurais, à l'époque, jamais osé faire l'acquisition (avec le temps, je me suis assumée, et il est présent et entourés d'autres dans ma bibliothèque).

J'étais une enfant timide, calme, rêveuse. Je me réfugiais dans un onirisme fantasque dont la violence contrastait avec ma douceur naturelle.
J'ai grandi sans histoires , mes rêves soigneusement calfeutrés au fond de moi, inavouables, inavoués.

A 12 ans, je ne savais rien du "grand mystère de la vie". Lors des repas familiaux, les enfants devaient garder le silence, "faute d'avoir des choses intéressantes à dire". Taiseuse à l'école, me taisant à domicile, je ne suscitais pas spécialement la confidence, et nul ne s'était entrepris de m'expliquer le pourquoi des différences garçons-filles.
C'est donc sur les bancs de l'école que j'apprendrai tout cela, lors du cours de vie affective et sexuelle. A mi-chemin entre étonnement et stupéfaction, je comprends alors ma méprise; les sensations délicieuses que je peux ressentir dans mon imaginaire lié à la fessée pourraient en fait, chez les gens "normaux" être liés à toute autre chose.

Damned! Je m'étais plantée depuis le début...
Et c'était bien trop tard pour revenir en arrière. Il s'était déjà fait une place en moi, mon passager rouge.
C'est un compagnon qui a su attendre longtemps... Exigeant souvent, parfois désespéré, il s'est, par moment, tu durant plusieurs mois et même plusieurs années. Caché comme on dissimulait autrefois les rejetons anormaux en les enfermant dans la cave, il a rongé son frein, sans savoir si un jour il pourrait s'exprimer.
J'ai tenté de le tuer bien souvent, mon ami dont j'avais honte. J'ai désiré par dessus tout être plus forte que lui.... jusqu'à ce que, petite fille timide devenue trentenaire, je l'autorise enfin à parler.
Un contrat clair, du moins le pensais-je: "Passager, tu t'exprimes une fois. Une seule et unique fois... Puis tu t'en vas. Pour toujours."

Il a parlé, crié, hurlé même. Des années de murmures et d'envie étouffées qui explosèrent en quelques minutes, me remuant corps et âme comme jamais et déclenchant des tempêtes inconnues dans mon ventre...

Et puis il est resté, mon étrange ami rouge. Nous n'avons pu nous résoudre à la séparation. Ni lui, ni moi. Nous qui vivons ensemble, siamois, depuis si longtemps je ne peux le quitter. Une tête pour deux.... Aucun de nous ne survivrait à l'opération.

J'ai appris à lui faire une place. Il fait partie de moi, il est en moi, il est moi.
Et surtout, surtout, il ne me veut aucun mal.

amourcuisant a dit…

Magnifique texte. Tout commentaire est superflu.
Merci pour ce cadeau Latis, du fond du cœur.