dimanche, janvier 06, 2013


Café gourmand
pour Cathy, qui aime les livres et les cafés gourmands

Il venait de verrouiller la porte quand elle arriva. Elle frappa à la vitre avec impatience. Il lui ouvrit. Elle entra avec une vague de l’air froid du dehors :
- Ah, merci ! Vous me sauvez la vie !
Ils se firent la bise. Il ne faisait pas la bise à toutes les clientes, mais elle, il la connaissait depuis un moment. Elle venait régulièrement, lui avait plusieurs fois demandé conseil. Ils avaient pris l’habitude d’échanger leurs vues sur les livres récemment lus. En somme ils jouaient au “Masque et la plume” teinté de flirt à chaque occasion. Il savait qu’elle vivait seule, divorcée. Elle savait qu’il vivait seul, ours tchékovien.
La situation était grave : elle était invitée le soir-même chez sa fille. Et pas de cadeau ! Elle avait tout simplement oublié, pouvez-vous croire cela ? Oublié !
Voyons, ils marchaient entre les tables, regardaient à droite, à gauche... Un roman ? Un livre d’art ? Un livre de photographies ? Elle est gourmande votre fille ?
- Si elle est gourmande ? Encore plus que moi, j’ose le dire !
- Ah oui, en effet. Elle est très gourmande.
Il lui montra le livre : “L’art du café gourmand”.
Mais il faut qu’elle aime le café bien sûr...
Elle aime !
Très belles illustrations.
- Cette photo est floue, non ?
- Ah mais voyons, c'est exprès. C'est là tout le secret du café gourmand. On ne sait plus trop si c'est un café, un dessert...

Recettes réalistes. Pas de pâtes feuilletées à préparer la veille. Que des petites chose simples et délicieuses.
- Je l’avais bien dit : vous me sauvez la vie !
Il fit un emballage cadeau.
Elle remarqua :
- Vous êtes doué.
Il haussa les épaules : "Disons que j’ai de l’entraînement."
Elle paya. Elle était pressée. Juste avant de sortir elle s’immobilisa, se retourna vers lui :
- Vous êtes fermé demain ?
L’expression le fit sourire :
- Oui, je suis fermé les jours de fête.
- Alors venez chez moi vers 14 heures.  Je vous en offre un. Un café gourmand ! Je vous dois bien ça...
- Avec plaisir, mais il y a un “mais”...
Elle eut l’air déçu :
- Vous êtes déjà pris ?
- Non : je n’ai pas votre adresse.
Elle porta la main à son front, “quelle étourdie”...

Deux semaines auparavant, il avait bien failli mettre un terme à leur amitié naissante. Elle avait chapardé un livre avec une maladresse consommée. Il avait fait semblant de ne pas la voir le glisser dans son sac. Mais il avait été déçu de cette petite trahison. C’était un livre de poche. Il fit sa petite enquête, comparant les titres du rayonnage devant lequel elle avait hésité pendant plusieurs minutes avec l’état de son stock, et trouva vite le titre manquant. Là, il comprit et au lieu d’être fâché, il fut plutôt désarmé.
Repenser à cet épisode lui donna une idée. Il décida de lui faire un petit cadeau.
Le lendemain, la ville était quasi déserte. Elle habitait un immeuble au bord du fleuve. Il sonna. L’interphone grésilla :
- Je vous ouvre, entrez, c’est au premier.
Quand elle l’eut installé au salon, elle disparut quelques instants avant de revenir avec un plateau. Café et pâtisseries format maison de poupée. Elle annonça :
- J’ai un peu triché, ce n’est pas moi qui les ai faites. Je les ai achetées.
Il la taquina :
- Il ne fallait pas le dire.
- Je n’aime pas mentir.

Elle prit place dans le canapé à ses côtés, servit le café. Elle vit seulement alors le petit paquet cadeau sur la table basse :
- Mais... qu’est-ce que c’est ?
- C’est pour vous.
Bien sûr elle dit :
- Oh, il ne fallait pas.
Elle le prit, défit le papier. Découvrit le livre. Rougit. Balbutia. Il se dit qu’il avait été maladroit, qu’il n’aurait pas dû, en effet. Tant pis, à présent, il allait assumer :
- Je vous ai vue l’autre jour. Je vous l’offre pour que vous sachiez que ce que... disons... vous puissiez enfin le lire la conscience tranquille. Rassurez-vous, j’ai très bien compris pourquoi vous l’avez fait.

Elle avait encore du mal à trouver ses mots :
- Oh mais non... je... je ne voulais pas... je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour-là...
- Vous aviez peut-être simplement envie de le lire ?
Elle rougit encore un peu plus :
- Écoutez, je crois... en fait c’est qu’il est... le titre est tellement incongru... c’est idiot...
- Vous l’avez lu finalement ?
- J’en lis des passages, le soir, dans mon lit. Avant de dormir. Au hasard. Mais je crois que finalement c’est le titre qui me plaît le plus. Je devrais dire qui m’émeut le plus.

Il se tourna vers un public imaginaire :
- Vous avez bien entendu, chers auditeurs du “Masque” ? Elle a bravé la loi pour un titre !
Elle prit l’air contrarié :
- Ne vous moquez pas de moi. S’il vous plaît. Je ne sais plus si c’est vous qui devez m’en vouloir ou moi qui doit vous en vouloir !

Il posa sa main sur la sienne :
- Je ne moque pas de vous. En fait je vous trouve plutôt courageuse. Je pourrai vous poser deux questions ? Après le café ?
Elle posa le livre :
- Et après nous serons quittes ?
- Nous serons quittes.

Ils firent honneur au café gourmand. 
Elle lui dit que sa fille avait beaucoup apprécié le livre :
- Vous voyez : vous m’avez sauvé la vie.

Elle lissa machinalement sa robe sur sa cuisse :
- Et à présent... vos questions monsieur l’indiscret ?
- Pourquoi ce titre vous émeut-il tant ?
- Le fait que l’on accole ces deux mots : “éloge” et “fessée”. C’est un peu comme “éloge” et “folie”, a priori ça ne va pas ensemble. Et pourtant... Pourquoi cela m’émeut-il ? Vraiment, je ne sais pas... Je n’ai reçu qu’une fessée lorsque j’étais petite, et je crois que j’en veux toujours à mon père de me l’avoir donnée. C’était un matin, pendant les vacances, à l’heure du petit déjeuner, dans la salle à manger d’une pension de famille. À l’époque je ne mangeais rien, je chipotais sur tout. Je ne prenais aucun plaisir à manger. Je crois que cela inquiétait beaucoup mes parents. Bref, ce matin-là, je boudais une fois de plus le chocolat et les viennoiseries... et là, allez savoir ce qui lui est passé par la tête, mon père s’est levé, m’a levée de ma chaise, et m’a fessée. Je veux dire, vraiment. Il y avait d’autres personnes présentes dans la salle à manger, d’autres enfants. Une honte prodigieuse. Plus que la brûlure, la honte. Pourquoi ensuite, plus tard, ce mot a-t-il eu sur moi cet effet... bizarre... je ne sais pas. Je ne comprends pas. Peu importe sans doute ?
- Punition ou plaisir ? Café ou dessert ? Finalement c'est un peu comme le café gourmand... un peu flou.

Il posa à nouveau sa main sur la sienne :
- Vous êtes toujours d’accord pour une deuxième question ?
Elle fit “oui” de la tête.
- Ne pensez-vous pas que ce café gourmand serait encore meilleur avec une bonne fessée ? Une vraie ?

Elle resta un moment bouche bée. Puis elle se leva et dit :
- Oh, et puis après tout.
Elle alla se placer sur le côté du canapé, face à un accoudoir.
- Vous allez me trouver parfaitement ridicule, si ce n’est déjà fait. Mais figurez-vous que parfois je m’installe ici, en travers de cet accoudoir... la position de cette punition... je ferme les yeux... j’attends... j’attends je ne sais pas quoi : qu’il y en ait une qui tombe du plafond peut-être ?
Elle s’inclina, se laissa aller, ferma les yeux.
Il l’aida à s’installer. Il la troussa doucement. La caressa un moment. Elle portait un culotte de satin. Il passa les doigts sous l’élastique, la baissa largement.
- Vous avez de très belles fesses. Il est incompréhensible qu’elles n’aient jamais eu droit qu’à une seule et unique fessée.
Elle frappa le coussin du plat de la main, protesta :
- Je vous interdis !
- Vous n’êtes guère en situation d’interdire quoi que ce soit.
Il leva la main. Claqua la fesse droite. Une claque sonore. Elle poussa un petit cri. Il regarda la marque de ses doigts surgir sur la peau laiteuse. Il claqua la fesse gauche.
Elle dit :
- Non !
Elle se mordilla l’index.
Il avait posé son autre main au creux de ses reins. La maintenait fermement.
- N’avions-nous pas dit : une vraie fessée ?
Elle murmura :
- Oui...
Il leva à nouveau la main. Il la fessa. Pourpre sur pourpre.
Les éclats sonores... elle se cabra contre la brûlure, se mordit l’index, pensa "ça suffit, pas de nouveau, je ne voulais pas...oh mais... si... encore !" Une digue céda en elle. Elle s’abandonna. Et puis la tempête s’apaisa.
Après la fessée, il l’aida à se relever. Elle avait les yeux brillants. Elle dit :
- Même pas mal.

Il la déshabilla doucement. Quand elle fut tout à fait nue, il lui annonça :
- Et à présent au lit. Je crois que c’est comme ça que l’on complète ce genre de punition, non ?
Elle tapa du pied :
- Ah non, je suis assez punie !
Il lui claqua les fesses. Fort.
- Je ne veux pas vous entendre.
Elle se laissa entraîner jusqu’à la chambre contiguë.
Il la coucha.
Repartit au salon.
Quand il vint la rejoindre peu après elle lui dit :
- J’ai eu peur.
- Peur de quoi ?
- Que tu ne viennes pas.
Il l’embrassa. Lui caressa les épaules, le dos, les reins, les fesses encore brûlantes. Passa doucement sa main entre ses cuisses :
- Dis-donc, c’est vrai que la fessée t’émeut.
Cette fois ce fut elle qui lui donna une tape bien placée :
- Avoue que tu l’as cherchée.
Puis elle le guida en elle. L’amour fut comme le café : gourmand.

Le lendemain elle l’appela en fin de matinée.
Était-il libre entre midi et deux ?
- Oui ? Pourquoi ?
- Que dirais-tu d’un café gourmand ?

© Amour Cuisant gourmand 2013 qui vous souhaite une bonne année !